Chapitre n°3 Le fer de lance 3/3 Partie 1 et 2

Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE "

 

Emi Kane et les incantations

du Shogun d’Edo

 

Chapitre N°3

3/3 Partie 1 et Partie 2


 Jun Wataru se réveilla lorsque les derniers rayons du soleil filtraient à travers les panneaux coulissants de la fenêtre qui avait bloqué. Il entendait souffler le bruit du vent dans la charpente. Le marchand de fruits tremblait, car, il n’avait pas pris à la légère, les menaces du samouraï.

C’est vrai, qu’après avoir décacheté et lu la lettre qui ne lui était pas adressée, il fut gêné et se sentit très mal à l’aise. Il comprenait Emi qui portait un lourd secret, et n’avait jamais pu le révéler.

Il ne pouvait garder les informations pour lui.

La faim le tenaillait. Il se leva, se dirigea dans la cuisine et remarqua rapidement qu'il n'y avait personne chez lui. Il souleva le couvercle d’une casserole. Sa tante Arisa Wataru lui avait réservé sa part de poissons frits avec des haricots. Il se mit à table, et remarqua sous son assiette, un petit mot écrit.

« Jun, ton oncle et moi avons reçu un message de ma sœur. Nous devons nous rendre dans sa demeure de toute urgence. Nous reviendrons tard, car ton oncle aura besoin du chariot demain soir. Veille à le lui apporter. Demain après-midi nous irons chez le docteur Kimanoru. Tu dois revenir à 14 heures. Prends soin de toi. Ta tata Arisa»

Il mangea en repensant au samouraï. La vision d’Emi sautant sur le soldat, le marquait.

Soudain, il se précipita dans sa chambre, ouvrit sa commode, prit un sac et y plaça des vêtements. Ils sont à l’autre bout de la ville.

Puis il stoppa ses gestes.

Bon, ils reviendront cette nuit.

Je n’ai pas peur, je n'ai pas peur, répéta t-il plusieurs fois à voix haute, comme pour se rassurer.



L’archiviste Gen Hayao Kazuhisa quitta le chashitsu, puis dévala rapidement l’allée du jardin et se dirigea vers le kiosque. En cette fin d'après midi, les rayons du soleil, rasaient l'horizon. Il passa par un petit pont au dessous duquel coulait un ruisseau. L’homme reprit sa respiration, s’appuya à la rambarde en observant l’eau claire. Il prit un mouchoir dans sa veste et s’essuya le front.  Des shubukin et des ryukin nageaient autour de grosses pierres enrobées de mousse.

La cérémonie du thé se déroulait normalement. Elle avait été riche en informations. Cependant, elles ne venaient pas de lui mais de son hôte, le maître du thé, ce qui le contrariait au plus au point. Avant de rejoindre ses invités pour partager le repas, il eut juste le temps de demander des explications à Miyu Hina au sujet du ruban noir aux bandes dorées qui s’était envolé auparavant sous sa fenêtre.

Il était persuadé que le nœud devait entourer une lettre importante.

La jeune fille sera-t-elle au rendez-vous ? Se demanda t-il. Si je ne la trouve pas, je la renverrai, décida l’homme, sûr de lui. Il fit quelques pas dans le jardin ombragé. En cette fin d’après midi, le soleil déclinait. Lorsqu’il s’approcha du kiosque sombre, une mince silhouette, portant un éventail, se détachait au fond. C’est étrange elle paraissait plus grande.

Il l’apostropha.

-    Mademoiselle Miyu Hina ?

Lorsqu’elle se retourna, il fut surpris de voir Emi Kane.

-   Que faites-vous ici ? Où est votre amie ?

- La gouvernante avait besoin de son service, Maître. Je peux parfaitement la remplacer.

-      Je vois que vous devez être au courant de ce que je recherche. Vous avez en votre possession un message diplomatique.

-      En effet, Miyu Hina, m’a tout expliqué, Maître Gen Hayao Kazuhisa, puisque j’accompagnais mon amie lorsque le ruban s’est envolé.

-   Donnez-moi le document !

-   Il ne vous était pas destiné Maître.

- Comment le saviez-vous, vous l’avez ouvert ? J’aimerai le consulter, mademoiselle Kane. Immédiatement ! Dit-il en haussant le ton.

Il s’approcha et remarqua un changement dans les habits de la jeune fille qui avait revêtu une autre tenue. Une lueur brillante reflétait partiellement sous sa manche lorsqu’elle s’éventait.

-   Il doit y avoir une contrepartie, assura Emi Kane.

-   Je ne comprends pas, répondit l'homme dépité.

Je dois garder mon calme, pensa t-il. Elle n'est même pas impressionnée par mes ordres.

- Maître, dois-je vous rappeler que je suis l’archiviste qui classe les documents et les traités dans les rayons du troisième étage. Je vous redemande la contrepartie.

Le maitre archiviste voyant que la jeune fille connaissait les termes des accords lui demanda.

- Que voulez-vous que je vous donne, contre ce document, sollicita l’homme visiblement au courant de ce genre de transaction.

-   Je veux que vous sauviez la vie de mon ami. Il est en grand danger.

Gen Hayao Kazuhisa en alerte proposa à la jeune nippone de s’assoir sur le banc. Puis, il fit mine d’écouter attentivement son récit.

- Qu’est-ce qu’une fille de son âge connaissait des subtilités de la diplomatie internationale ?

Il la regardait Emi Kane parler, et ne pensait qu’au document qu’il avait hâte d’avoir entre ses mains.



Chapitre N°3

3/3 Partie 2

 

 Jun Wataru, stressé, avait changé d'avis. Il s'approcha de la porte d’entrée de sa maison. Et si le samouraï l’avait suivit au moment de sa fuite ? Il savait qu’Emi n’allait jamais lui donner son lieu d'habitation, mais, il n’était pas rassuré pour autant.

Il ouvrit la porte et aperçut une ombre près du camphrier. Anxieux, le cœur battant, il décida de retourner dans sa chambre pour s'enfermer à double tour.



Dans le jardin de la bibliothèque Amaterasu, l’archiviste Gen Hayao Kazuhisa installé à côté d’Emi Kane, ne la regardait plus. Il pensait uniquement au message qu'il devait absolument lire.

Qu’est-ce qu’elle est bavarde cette petite. Elle a classé et lu dans la bibliothèque trop de courrier. Et maintenant, elle me parle d'un samouraï ?

-         Il poursuit mon ami.

Pardi, pensa l'homme, énervé.

-         Votre ami ?

-         C’est Jun Wataru.

-         Le marchand de légumes ?

-         Oui maître.

L’archiviste fronça les sourcils.

Elle me fait perdre mon temps avec ses élucubrations. Un samouraï poursuit un va-nu-pieds ? Je ne dois pas m’attarder ici car mes invités de la cérémonie du thé m’attendent.

Dès demain, je demanderai à notre gouvernante de la déplacer au rayon de la nature, et des végétaux, pensa l'homme, content de son projet.

Emi Kane observait l’archiviste.  Depuis un bon moment son regard se portait vers le ruisseau, il ne l'écoutait plus, et il fixait les poches de son kimono.

Pourquoi souriait-il  ? Alors qu’elle venait de lui raconter l’agression du samouraï envers son ami Jun.

Elle ne lui faisait plus confiance.


-         Quand allez-vous me donner la lettre Emi ? Sans un peu de bonne volonté, je ne peux rien pour votre ami.

-         Vous avez des relations, maître, vous pourriez le protéger !


Soudain, le gokenin, tendit la main.

-         Donnez-moi la lettre au ruban noir et aux bandes dorées et je protégerai votre ami.

Emi Kane fit mine de fouiller dans la poche de son kimono.

-         Je me souviens de l’avoir placé ailleurs.

-         Où ?

Emi devait obtenir des gages de la protection de son ami.


-         Maître Gen Hayao Kazuhisa, j’ai besoin de deux hommes de main.

-     Et puis quoi encore ? Déclara l’homme méfiant.

Cependant, il se ressaisit et la rassura.

-         Bien sûr. Ils seront à votre disposition dès que vous me donnerez la lettre.

Soudain, Emi se leva et  sortit son va-tout. Elle lui tint ces propos.

-         Le lieu où j’ai mis la missive est assez dangereux. Donc, vos serviteurs doivent m’accompagner et être à ma disposition pour récupérer la lettre.


L’homme se leva très agacé.

Elle se prend pour qui ? Elle est effrontée cette Emi Kane. Il la regardait de haut en bas.

Qui l’a donc recrutée pour travailler dans ma bibliothèque ?


Il se tourna vers le ruisseau en réfléchissant, et regarda quelques instants couler les flots. Les feuilles colorées des copalmes se balançaient au gré du vent. Il avait appris que la précipitation ne lui apportait parfois que des ennuis.


Apaisé, l’homme se retourna.

- Comme s’appelle le samouraï ?

- Dosan Hidenori.

Gen Hayao Kazuhisa fut intrigué de cette révélation.


-   C’est d’accord. Dans vingt minutes ici même, deux de mes gardes seront à votre disposition. Et je vous donne 12 heures pour me rapporter la lettre.

-  J'ai besoin de 24 heures ! Affirma Emi Kane décidée.


 Il hésita.

La cloche de la fin de la cérémonie du thé résonna.

- D'accord, et pas une heure de plus !

Merci maître.

-    Je dois rejoindre la cérémonie. A bientôt mademoiselle Kane.


Il partit précipitamment, puis s’arrêta subitement, et sans se retourner lui dit d’une voix rude.

-         Je n’ose imaginer ce qui se passera mademoiselle Kane, si je n’ai pas cette lettre dans ces prochaines heures .


Emi frémit en entendant ces  mots prononcés, comme une funeste menace.




 Le chapitre 4 prochainement.

 





 

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