Chapitre n°2 Les préparatifs du chanoyu 3/3

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Emi Kane et les incantations

du Shogun d’Edo

Chapitre N°2

Les préparatifs du chanoyu

3/3

 

-        Il n’y est pour rien ! Lâchez-le espèce de brut ! Cria Emi Kane en empoignant le Chon-Mage du samouraï.

Soudainement, l’homme lâcha prise, reprit ses esprits, et se mit en boule sur son lit.

Jun Wataru, le petit marchand se frotta la gorge en toussant.

     -         Il a voulu me tuer ! Il est dangereux !

-        Je ne lui aurais fait aucun mal, dit l’homme en se radoucissant. Puis il rajouta :

-  J’ai remarqué qu’il me manquait des lettres extrêmement importantes dans ma sacoche. Elles y étaient quand je vous ai rencontré. Mon travail consiste à n’en perdre aucune.

-         Pourquoi vous y prendre de cette façon ? S'étonna Emi, en réconfortant son ami qui respirait bruyamment.

-         Je veux savoir où se trouve mes lettres !

- Je n’aime pas être agressé, dit difficilement le marchand de fruits. Je ne vous dirais rien !

Le samouraï fit mine de vouloir le corriger, lorsque Emi Kane s’interposa entre eux.

- J’ai les lettres ! Elles sont tombées de votre sacoche. Et je vous les donnerai qu’à la seule condition que vous me disiez exactement d’où vous venez.

L’homme acquiesça, il semblait à bout de force. La jeune fille remarqua son visage fatigué.

- Je viens d'un petit village de pêcheur du nord du Japon. Je suis en mission secrète, bref, vous raconterai ma vie, plus tard, car je dois récupérer les documents.

Elle se dirigea vers un bonsaï, le souleva. Elle lui donna le paquet de lettres.

- Pendant que vous dormiez, je les avais dissimulées pour vous les donner par la suite.

L’homme eu une lueur d’espoir qui disparut lentement lorsqu’il regarda les lettres. Il ferma les yeux, essuya son front dégoulinant de sueur, et dit tout bas.

- Veuillez excuser mon comportement envers votre ami, mademoiselle Kane. La fièvre m’a fait agir de la sorte. Mais je ne lui aurais jamais fait de mal. Je suis strictement le bushidô (1).

        -         Et pourtant...

       -         Non, je voulais juste l’effrayer. Je suis sous tension depuis plusieurs semaines. Et j’ai une grande mission à accomplir.

-    Celle d’étrangler les jeunes enfants ? dit Emi irritée.

- Je connais parfaitement les moindres points de pression du corps, ainsi que les points sensibles et mortels. Je ne lui aurai jamais fait du mal.

Puis, il regarda encore les lettres, et virulent s'adressa au marchand :

        -         Tu n’aurais jamais dû lire cette lettre ! Quand vas-tu me les remettre ?

Emi Kane comprit tout de suite, que la sacoche entrouverte trouvée dans le jardin, avait été fouillée par son ami.

      -         Tu me déçois Jun.

       -         Je voulais la rendre, dit-il en baissant la tête, penaud.

- Ne t’a-t-on pas appris de ne pas prendre ce qui ne t’appartiens pas, dit le samouraï mordant. J’ai été capturé deux fois. Même sous la torture, je n’ai jamais dévoilé le contenu des documents. Je dissimulais  toujours ma sacoche, en disant, que je ne savais pas ce que l’on cherchait. Mais toi, tu es vulnérable maintenant, si l’on te questionnait, tu révélerais immédiatement tout ce qui devait rester caché. Comprends-tu cela petit voleur ?

- Je ne suis pas voleur, mais un marchand ! Dit l’enfant en sortant sous son chemisier les lettres qu’il envoya au pied du lit.

- C’est tout comme, avec ce que tu viens de faire, répondit l’homme en regardant une lettre décachetée.

-         J’ai fait quoi ? Dit Jun en haussant les épaules.

-         Tu as lu un document confidentiel. Qui n’était pas destiné pour toi !

-         Que disait le document ? Demanda Emi Kane curieuse.

-         Il parlait d’incantations et...

- Tais toi donc ! Hurla l’homme en colère qui ne voulait rien connaître du contenu de la lettre.

Le silence se fit.

Soudain, le gong annonçant l’ouverture de la cérémonie fit sursauter les enfants anxieux.

-          Et la signature ? Qu’as tu remarqué ? Continua l’homme.

-         Il y avait des drôles de chiffres.

-         De quelle couleur ?

-         C’était rouge, oui de l’encre rouge.

-         Non mon garçon, c’était du sang !

-         Pourquoi signer avec du sang ? S’étonna Emi Kane.

-         Tu n’aurais jamais du voir cette lettre, répliqua l’homme en secouant la tête.

Il se leva en maintenant son pansement, fouilla dans sa sacoche, et sortit un petit flacon. Il se dirigea vers la fenêtre, écarta légèrement le voile pour regarder les invités qui se pressaient à la cérémonie du thé.

En tournant le dos aux enfants, il s'adressa d’une voix grave au marchand.

-         As-tu de la famille Jun ?

-         Non, car des Asano ont tué mes parents !

-         Des frères et sœurs ? Dit l’homme en se frottant le visage.

-         Non, je vis qu'avec mes parents proches, les Wataru.

-   Pourquoi ces questions ?

-         Alors, tu ne manqueras qu’à eux.

-         Comment cela, demanda Emi Kane inquiète.


Brusquement, l’homme se retourna, la tête barbouillée de traces noires.  Ses yeux devenues des traits fins, les fixaient durement avec deux ronds brillants à l'intérieur, comme s’il voyait les enfants pour la première fois.

-         Qu’avez-vous sur le visage ? S’écria Emi Kane.

-         C’est mon camouflage. Ce soir, nous partirons.

-         Quoi ? S'écria Wataru étonné.

-         Toi, pauvre marchand. Ton sort est lié au mien, maintenant.


En entendant ces mots, Jun s’enfuit à toutes jambes, en balançant la dernière lettre aux pieds du samouraï.

-    Laissez moi tranquille! Voila toutes vos lettres !

-         Ha ! Je savais qu’il m’en manquait une, dit l’homme rudement.


-         Et pourquoi voulez vous l’emmener avec vous ? Demanda Emi.

-         De gré ou de force il partira avec moi. Il en sait trop !

Emi Kane devait trouver un moyen pour lui faire changer d’avis. La nipponne était bien décidée à éviter le départ de son ami avec ce forcené, même si pour cela elle devait avertir les autorités.

 

 

(1)               Le bushidô est le code du guerrier

 

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