Emi Kane et les incantations du Shogun d’Edo - Chapitre 1 Suite

 

Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE "

Emi Kane et les incantations

du Shogun d’Edo

Chapitre N°1 2/3(Suite)

L’étrange voyageur

 

Jun Wataru profita de l’absence d’Emi Kane, pour fouiller les affaires du samouraï Dosan Hidenori, qui avait perdu connaissance.

Il le regarda avec haine. Il revoyait sa détresse à la mort de ses parents. Des paysans, expulsés de leurs terres par les troupes du shogun d'Edo. Pourquoi le shogun Tokugawa avait -il-partagé le pays en fief ? Si ce n'est que pour apporter le malheur, au quotidien.

 

Il sortit les objets de la sacoche, et remarqua trois missives entourées de rubans noirs. Il souleva l’une d’elle et fut effrayé par le nom du destinataire. C’était un courrier japonais adressé à l’empereur de Kyoto. Il regarda un autre lettre diplomatique, adressée à l’empereur Kômei, et qui provenait de l’administration américaine. Il découvrit des courriers pour des particuliers.

 Qu'est ce qu'un simple samouraï faisait avec des courriers officiels et pour les civils ?

Comment était-ce possible ? Il savait que  les relations et les communications entre le Japon et les autres nations,  demeuraient strictement limitées et même  interdites. La  sakoku (1) s'étendait, et la population japonaise vivait dans des frontières fermées. Les européens, les américains et les espagnols, risquaient la peine de mort s’ils s’aventuraient et communiquaient au Japon.

 

Les hollandais, seuls étrangers qui correspondaient,  pouvaient commercer librement au Japon.

Plusieurs courriers provenant de la Hollande,  se trouvaient au fond du sac. Cependant, un étui à parchemin, scellé par un sceau du shogunat l’intrigua, car il ressemblait à un ordre de mission d’une grande importance, dont l’auteur était le Sensei Yama.

 Que venait accomplir l’homme blessé qui gémissait ? A qui avait-il volé cette sacoche ?

 

Soudain, Jun leva les yeux vers la bibliothèque Amaterasu. Il distinguait dans une des façades, Emi Kane, en train d’entrouvrir les fenêtres d’une petite chambre, située au troisième étage. Celle-ci observait l’allée du jardin et fit un signe à Jun. Aussitôt, celui-ci-comprit que quelqu’un se dirigeait vers le bâtiment.

Il s’empressa de saisir une vieille cape dans l’atelier, qui servait pour le jardinage et recouvrit rapidement le soldat. Puis, il plaça plusieurs feuilles mortes sur elle.

 

      - Que fais-tu ici Jun ? Demanda la gouvernante Senami Izumi ? N’as-tu plus de fruits pour vendre au marché ?

     - Heu... je viens ramasser des feuilles et je m’apprêtais à les jeter.

      - Je te remercie de ton attention, lui dit-elle. Comme c’est étrange, toi à qui je dois demander deux ou trois fois, chaque automne de nettoyer l’allée. Tu sembles avoir déjà entrepris ce travail ?

 

Subitement, elle s’approcha et se baissa pour ramasser la couverture, mais fut interrompu dans son geste par Emi arrivant avec sa chaise à porteur, roulant sur trois roues grinçantes.

        - J’ai placé tes cageots de fruits dans la cuisine, cria Emi à Jun.  La gouvernante te paiera à son retour.

       -  Oh ! Vous êtes ici madame Izumi,  s’exclama la jeune fille, qui faisait mine de la voir maintenant. 

Elle salua la dame en se penchant.

- Madame, j’ai demandé à Jun de m’aider à nettoyer l’allée, car nos invités pour la cérémonie du thé vont bientôt arriver.  Je lui ai promis de le payer avec des sacs de riz.


La gouvernante, mécontente, se redressa. Elle ne répondit rien. Elle avait déjà beaucoup à faire aujourd'hui. Puis, pressée, elle se dirigea rapidement vers la cuisine en maugréant.

 

(1)    Sakoku, fermeture du pays sur lui-même.







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