Chapitre n°5 Les esprits tourmentés

Zahéra, la petite bohémienne

au Royaume de la Chakra

 

« Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE »

Chapitre n°5

Première partie

 

Les esprits tourmentés

 

Une belle journée ensoleillée s’annonçait, lorsque Zahéra Floricel traversa des champs d’oliviers et de mûriers. Le vent faisait frissonner les branches. Des senteurs exotiques et de jasmins embaumaient l’air. La jeune enfant s’arrêta, pour admirer la belle vue sur le lac de Côme, où, des grèbes et des cygnes nageaient.

Elle arriva devant un décor magnifique, et demeura fascinée par l’extraordinaire beauté du paysage. Des reflets bleutés apparaissaient sur le lac.

Quatre mûres détachées d’un mûrier, tombèrent dans son panier de linge. Elle en mangea deux, très savoureuses, et mit les deux autres dans sa poche.

 

Tout en cheminant, elle pensait à sa filiation maternelle, et se demandait pourquoi cette lignée ressentait tant d’irascibilité envers elle ? Il devait y avoir de la jalousie par rapport aux nombreux succès de ses parents avec leur spectacle de marionnettes, autrefois très prisé dans les régions qu’ils traversaient.

 

Si ses parents adoptifs prenaient le temps d’observer les bonnes choses autour d’eux, et de la considérer autrement, qu’une bouche de plus à nourrir, ce serait merveilleux. Zahéra voulait demeurer optimiste. Cependant, cela s’avérerait difficile.

 

Au loin, des canards sauvages aux cris nasillards se régalaient de sandres et de carpes. Une couvée de cygnes se suivait en file indienne sur l’eau.

Par cette belle matinée, plusieurs manouches se rendaient au lavoir. Ce lieu permettait aux mères de familles de discuter de la vie des caravanes, et des derniers potins de la ville.

 

- Tiens, voilà la famille Mario-Fête, ironisa une manouche, en apercevant Zahéra, la seule enfant présente dans ce lieu.

-      Tu participes au concours, alors qu’il en faudrait trois marionnettistes pour assurer ton spectacle !

-  Tu vas ridiculiser notre cirque !

-      Comment vas-tu faire pour actionner quatre marionnettes durant un spectacle ?

-      Des bras vont lui pousser au corps, comme une statuette asiatique ?


Cette remarque déclencha l’hilarité des bohémiennes.

 

La petite nomade haussa les épaules, et ne fit plus attention aux commérages.

-      Ce n’est pas bien de vous moquez d’elle de la sorte, s’indigna une manouche, qui désigna à la jeune fille, un emplacement à côté d’elle, pour laver son linge.

Zahéra la rejoignit, et la remercia de l’avoir défendu.

 

Pendant que la jeune bohémienne lavait le linge de sa cousine Digna Tomescue, elle pensait que celle-ci avait bien de la chance d’aller à l’école.

Elle espérait peut être un jour, rejoindre les enfants qui partaient tôt le matin, pour étudier dans la grande bâtisse en pierre et en bois, au centre de la ville.

A ma majorité, cette injustice sera réparée, pensa t-elle. Une conversation l’intéressa soudain

-      Le roi de la région est parait t-il inconsolable, depuis que sa femme et sa filles ont disparu près du lac.

-      Que dis-tu ? Il parait qu’elles étaient chez des amis et elles sont reparties dans un mauvais carrosse.

-         Non, elles ont été enlevées il y a un an ! Et par qui ?

-      Je crois plutôt à la version que j’ai entendu récemment affirma une grosse femme en tordant un torchon.

 

Il parait que la reine Inès et sa fille la Princesse Iana, se promenaient quelque fois en bateau, sur le lac de Côme. Le roi Augusto attendait toujours leur retour, près du belvédère en fer forgé qui se trouve là bas. Il empruntait souvent l'escalier en bois sculpté qui débouche sur l'embarcadère privé.

 

Un soir, en sillonnant le lac, elles ont disparu. Les soldats du roi ont dragué l’étang dans ses moindres recoins, sans succès.

 

-                Quelle tristesse, compati une jeune femme en étalant son linge, sur une grosse pierre blanche.

Trente minutes après avoir étendu sa lessive, Zahéra s’éloigna hâtivement du lavoir.

Avec ce beau soleil le linge sera sec vers onze heures, j’ai le temps de me promener et de nager au moins jusqu’à cet îlot, pensa t-elle….

 

 

Elle se déshabilla au même endroit que la veille. Elle enfila son maillot de bain, puis plongea dans le lac.

 

Après plusieurs minutes de nage, elle n’apercevait toujours pas l’îlot. Soudain, une nappe de brouillard couvrit tout à-coup le lac.

Zahéra se retourna et ne vit plus la côte. Le vent soufflait. Épuisée, elle commençait à perdre pied.

Brusquement, une barque franchit la brume. Debout dans l’embarcation, une silhouette emmitouflée dans une longue cape noire, ramait.

- Au secours ! Je vais me noyer, cria Zahéra en faisant de grands signes.