Chapitre n°3 La punition

Zahéra, la petite bohémienne

au Royaume de la Chakra

 

« Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE »

Chapitre n°3

La punition

 

Quelques heures plus tard, la rage au cœur, sa tante,Drusilla, appela Zahéra pour mettre le couvert de la famille.

Lorsqu’elle entrouvrit la porte de leur roulotte, elle vit son oncle, sa tante et sa cousine en conversation animée. Mais, le silence se fit aussitôt qu’elle entrât dans la roulotte.

Zahéra n'était pas à l'aise, car elle n’avait pas le droit de s’assoir à leur table. Elle fit le service correctement, et les regarda  s'empiffrer avec envie. Elle débarrassait la table, lorsque Digna lui fit sournoisement un croc-en-jambe.

Zahéra tomba lourdement, en lâchant le récipient de sauce qui se brisa au sol.

- Tu as cassé mon beau plat, s’exclama sa tante ! Connais-tu sa valeur petite inconsciente ?

- C'est Digna qui m'a fait tomber, se défendit Zahéra.

- Menteuse, répondit celle-ci.

Drusilla en profita pour empoigner Zahéra par les cheveux, en l’invectivant et en la giflant. Tu te prends pour qui ? Ma fille m’a parlé d’un comportement indigne de ta part, pour t’immiscer dans une fête royale ! Je vais t’apprendre les bonnes manières !

 

Pendant que Digna et Doncho ricanèrent méchamment, elle l’entraîna dans sa roulotte, en lui tirant l’oreille.

- Tu n'es qu'une bonne à rien. Tu n'auras pas à manger ce soir. Le plat que tu as cassé équivaut à un repas. Tu vas te mettre au travail immédiatement. Tu tresseras dix corbeilles en osier pendant trois jours. Tu ne sortiras de ta roulotte, uniquement que le matin à six heures pour nous préparer notre petit déjeuner, et nos repas de la journée.

Après avoir effectué toutes les tâches matinales, tu iras l’après midi, confectionner les paniers. C'est compris ? Hurla Drusilla en lui secouant énergiquement les épaules.

Zahéra acquiesça en tremblant.

- Digna t'apportera tes repas. Ton oncle te donnera les brins d’osier pour fabriquer les corbeilles et les paniers afin de les vendre au château pendant la fête.

Puis, sa tante sortit en l’enfermant à double tour dans la roulotte.

Et voilà ! Encore une fois, j'ai été punie injustement, se plaignit Zahéra. Je dois fabriquer dix corbeilles en trois jours seulement. Ce sera impossible à faire toute seule et ils vont encore me battre. Je n’y arriverai jamais à préparer les marionnettes pour le spectacle.

 

Elle commença à tisser une corbeille. Le temps passa très vite.

- Bon, il est tard, cela ne sert à rien de continuer, je terminerai demain. Je vais m'occuper de mes marionnettes.

Elle ouvrit le coffre et sortit les plus grandes figurines. Avec un canif affûté, elle commença par sculpter leurs visages. Plus de deux heures passèrent. Zahéra était contente de son travail. Il ne restait que les bouches à terminer.

Oh ! Que j'ai faim, soupira t-elle. Elle ouvrit son placard et ne trouva qu’un petit croûton de pain rassis qu’elle dévora. J’ai encore la fringale constata t-elle, dépitée.

 

Elle sortit la petite figurine. Je dois te réparer, mais, il me faut du bois pour te refaire un bras et une jambe.

 

Tout à coup, une articulation se détacha de la marionnette et roula dans la pièce. Zahéra, se dirigea au fond de la roulotte, déplaça le coffre ainsi que la commode bancale et souleva un tapis troué. Soudain, étonnée, elle remarqua une trappe.


Je vais pouvoir quitter cet endroit pour chercher de la nourriture. Elle savait pourtant qu’elle ne pourrait pas aller bien loin.

Elle ouvrit doucement la trappe, se déchaussa et se faufila par l’étroite ouverture, en se glissant sous la roulotte. Elle rampa sur l'herbe humide et resta immobile un long moment dans cette position, à l’écoute du moindre bruit.

 

Ce passage serait très utile en cas de danger. Elle se souvenait des paroles de son père : « Zahéra, ma chérie, il faut toujours avoir une sortie de secours dans un lieu clos ».

Son père avait fabriqué ce passage, elle en était persuadée.


Il était plus de minuit, le clair de lune éclairait le campement.

J'espère qu'il reste encore à manger, se dit-elle en sentant son ventre gargouiller.

Elle se rendit devant la roulotte de sa tante. La porte principale restait fermée, mais une fenêtre se trouvait légèrement entrebâillée. Zahéra appuya de ses deux mains pour se hisser. Elle se retrouva à l'intérieur. Elle entendit les sifflements aigus de sa tante, et les ronflements irréguliers de son oncle. On dirait que l’un répondait à l’autre, en faisant un concert, à qui mieux mieux.

 

En s’avançant doucement dans le petit couloir sombre, elle se rendit à la cuisine sur la pointe des pieds. Elle ouvrit la porte grinçante du four en même temps que les ronflements de Doncho, ce qui lui permit d’atténuer le bruit de la porte. 

Elle s’accroupit et mangea, avec avidité dans le large plat de lasagnes. Puis, elle trouva sur une étagère dans une barquette, quelques morceaux de poulet qu’elle avala goulûment. Vingt minutes passèrent, le repas était délicieux et il ne restait que des os à ronger. Elle remit à leur place les ustensiles vides.

 

La petite bohémienne s’apprêtait à quitter les lieux, lorsqu’elle découvrit sous une serviette posée sur la table de la cuisine, un gros morceau de tarte aux citrons. Elle se servit une bonne part en l'enroulant dans un sachet.

 

Soudain, elle s'arrêta, car elle n'entendait plus les ronflements de sa tante. La peur l'envahie. Elle stoppa tout mouvement et s'attendait à la voir surgir d'une seconde à l'autre.

Heureusement, quelques instants plus tard les sifflements reprirent.

Zahéra fut soulagée. Elle reprit délicatement le chemin du retour en passant par la fenêtre.

 

Au lieu de regagner sa roulotte, elle prit un sentier broussailleux en direction du lac de Côme, à la recherche de quelques morceaux de bois pour restaurer ses marionnettes. La silhouette dépareillée des arbres se détachait sur la chaussée.

 

Soudain, derrière elle, deux yeux gris, luisants, l'observaient dans le noir. Une forme étrange bougeait dans l’obscurité, et la suivit rapidement.

 

 

 

 


 

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