Ch n°2 Le messager

Zahéra, la petite bohémienne

au Royaume de la Chakra

 

« Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE »

 

Chapitre n°2

Le messager

 

 

Tout l’après midi, Zahéra, raccommoda les habits déchirés. Ensuite, elle nettoya les roulottes, fit les lits et la vaisselle. Puis, elle prépara le repas du soir. Des lasagnes aux brocolis, accompagnés de morceaux de poulets grillés. Pour le dessert, elle devait confectionner une grande tarte fourrée de fromage et truffée de fruits confits divers, cueillis dans les vergers environnants.

Sa tante lui interdisait de goûter aux plats, elle lui avait laissé les portions exactes pour la réalisation des recettes.

 

Excédée par tous ces efforts, la jeune fille alla se balader, pieds nus dans la nature inondée de soleil, chargée de parfums exhalés par les troènes, les citronniers et les orangers.

Elle se rendit près du lac de Côme aux eaux bleu-vert. Puis, elle somnola, allongée dans le pré, à l’ombre d’un olivier, auprès des deux chevaux de traits qu'elle venait de panser. Elle avait souvent fait cette activité avec son père et souri en pensant aux bons moments passés.

Son père la soulevait, et la faisait tourbillonner en lui disant, en riant : «Tu es ma petite princesse du lac de Côme ». Il la déposait dans l’herbe, alors qu’elle avait encore la tête qui tournait.

 

Soudain, dans le lointain, une trompette retentit. Zahéra se redressa et courut rejoindre le campement. La foule se pressait autour d'un jeune garçon en uniforme de garde-champêtre. Muni d’un parchemin enroulé à sa taille, il martelait vigoureusement sur son tambour. Un garde royal se tenait à ses côtés et soufflait dans une trompette.

- Ôyé ! Oyé ! Peuple du cirque Bénita, cria t-il en rangeant ses baguettes. Je suis Jacopo, le messager du château de Côme.

 

Il prit le parchemin, le déroula lentement et commença la lecture à haute voix.

- Dans trois jours, Sa majesté le Roi Augusto Vittore, organisera un concours de spectacles entre les gens du cirque, pour honorer le souvenir de notre merveilleuse Reine Inès et de sa douce fille, la Princesse Iana, qui aimaient beaucoup le cirque.

Un marchand de Côme expliqua à son voisin, que depuis six mois, la reine et sa fille avaient disparu mystérieusement.

- Je me souviens, répondit un manouche, que les habitants de la ville les avaient recherché pendant des mois sans aucuns résultats.

- Comme le roi doit être triste, lança Zahéra à Zico un jeune clown. Mes parents ont disparu eux aussi l'année dernière.

- Je comprends ton chagrin.

 

Le Roi restait enfermé dans son château et ne participait à aucune activité.

- Je vous lis maintenant le message, de notre Roi bien aimé Augusto.

« Chers amis du cirque Bénita, vous êtes tous invités au château de Côme après le spectacle, où vous attend une grande réception.

Les festivités se dérouleront pendant une soirée à l'intérieur de la grande cour de Pline l’Ancien, dans l’aile ouest du château. Le spectacle le plus drôle et le plus joyeux sera récompensé par une gratifiante donation. Que le meilleur gagne ! »

- Il s’agit de quel cadeau ? Demanda une vieille femme.

- D’un présent unique et précieux, répondit le messager.

 

Les manouches discutaient entre eux. Le messager frappa de nouveau son tambour. Le silence se fit. Il sortit un petit encrier et une longue plume d’oie, qu’il trempa dans l'encre.

- Oyé ! Oyé ! Amicaux participants, donnez-moi maintenant vos noms.

Les jongleurs de la famille Zigzag se mirent en avant et s'inscrivirent. La famille des Vols Planés, comprenant les acrobates et trapézistes les suivirent. Le représentant de chaque famille signa au bas du parchemin.

Zahéra hésitait. Si elle participait au concours, elle serait toute seule à actionner les marionnettes, tandis que ses parents étaient deux. De plus, le spectacle commencera dans trois jours. Elle n'avait que trois marionnettes très mal en point, deux étaient défigurées et une estropiée.

Puis, elle se dit, que le roi donnait un spectacle en l’honneur de ses proches disparus, elle se devait d’honorer leur mémoire. Ses parents aimaient bien faire la fête, ils auraient certainement aimé participer au spectacle s’ils étaient encore vivants.

Elle se décida et leva la main en improvisant :

- La famille…euh ! Mario-Fête, celle des marionnettes !

Le messager inscrivit aussitôt son nom et Zahéra s’avança et signa le parchemin.

Zico et une voisine madame Anita, la regardèrent interloqués, tout en sachant qu'il n'y avait plus de famille de marionnettes dans le cirque depuis l'année dernière.

Puis, la famille des clowns Clique Claque émargea.

- Oyé ! Oyé ! Gens du cirque Bénita, maintenant la liste est close.

L’envoyé du roi repartit avec le sceau royal en musique, escorté du trompettiste.

 

La manouche s'approcha de Zahéra.

- Pauvre petite, comment vas-tu faire pour préparer ton spectacle en si peu de temps ?

En as-tu parlé à ta tante de cette participation hâtive ?


- Surtout, ne lui dites rien de cela madame Anita, répondit vivement Zahéra, je préfèrerai lui en parler moi-même, le moment venu.

 

Cachée derrière des tonneaux de vins, sa cousine Digna qui revenait du marché, avait entendu toute la conversation.

Elle s'éloigna rapidement, en direction de la roulotte familiale, pour tout raconter à ses parents.

Son père Doncho était furieux. Il serra le poing et brailla d'une voix menaçante.

- Elle ne franchira jamais les portes du château avec ses marionnettes. Comme elle nous avait bien caché son jeu cette petite peste, rétorqua Drusilla.

 




Suite le vendredi 24 septembre


 

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