Ch n°1 Le camps des bohémiens

(Publication partielle)

Zahéra, la petite bohémienne

au Royaume de la Chakra

 

« Tous droits réservés par Joëlle JEAN-BAPTISTE »

 

 

Chapitre n°1

Le camp des bohémiens

 

 

Plusieurs roulottes de romanichelles s’installèrent au bord du splendide lac de Côme, le long d’un sentier bordé de citronniers et d’orangers, mûrissants au soleil.

Les habitants de Côme se réjouissaient de l’arrivée du cirque international Bénita, dans leur charmante ville italienne, avec ses rues attrayantes, et ses jolies places pittoresques.

Depuis deux jours, sous l’immense chapiteau, enfants et parents, assistaient émerveillés aux nombreux spectacles. Les clowns, les trapézistes, les dompteurs de fauves et d’éléphants, obtenaient d'immenses grands succès avec leurs représentations.

 

Zahéra Floricel une petite roumaine, habitait toute seule à l'intérieur d’une roulotte délabrée. Très affectée de la perte de ses parents, Natalia et Adam Floricel, l'année dernière au même endroit, la fillette repensait au bonheur d’avoir vécu auprès d’eux.

Ceux-ci possédaient un stand de marionnettes. Leurs spectacles avaient toujours été très appréciés dans toutes les villes qu’ils sillonnaient.

 

La jeune fille aimait flâner avec Natalia, sur les bords du lac de Côme, pour ramasser des brins d’osier. Elles enlevaient les écorces, taillaient des fines lanières et les trempaient dans l’eau pour les assouplir. Ensuite, elles confectionnaient de beaux paniers qu’elles vendaient aux alentours.

Son père, Adam possédait un savoir-faire hors pair, dans la fabrication des marionnettes qu’il sculptait habilement. Zahéra et sa mère s’occupaient de la finition et de l'habillement des poupées.

 

En effet, elles faisaient souvent la tournée des tisserands pour récupérer des étoffes. Avec les tissus récoltés, elles cousaient de nouveaux habits pour leurs pantins.

 Soudain, Zahéra repensa à l’effroyable tragédie.

Un jour, alors qu’elle vaquait à ces occupations, elle entendit des hurlements en provenance des caravanes du campement des bohémiens. Elle se précipita vers la roulette familiale et vit avec effroi, jaillir de longues flammes. Le sinistre fut rapidement maîtrisé.

Après ce désastre, Zahéra découvrit que dans le tas de cendres, il ne restait qu’un gros coffre en fer, noircit.

 

Ce matin-là, jour d’anniversaire de la disparition de ses parents, le cœur lourd de chagrin, la fillette prit une clé dans une commode bancale et se dirigea au fond de sa roulotte.

 

Depuis la tragédie, elle n'avait jamais osé toucher au coffre brûlé, seule objet qui lui restait de ses parents, qu’elle avait récupéré. Elle l’ouvrit lentement et ravie, trouva deux marionnettes enfouies sous des rouleaux de ficelles entremêlées et de tissus encrassés, avec leurs visages très endommagés.

 

Ces figurines furent les dernières créations de son père. Elle les déposa délicatement sur son lit.

L’une des deux représentait, un homme vêtu d’un costume en lin et d’une chemise en soie blanche. Un chapeau de feutre marron, orné d’une plume bicolore couvrait sa tête. A ses côtés, se tenait une femme souriante, habillée avec élégance, d’une magnifique robe en taffetas moiré aux reflets chatoyants. Elle portait une capeline à large bord, ornée d’un ruban de velours noir, noué sous son cou.

 

Vos habits sont intacts et magnifiques ! Il vous manque la moitié du visage ? Ne vous inquiétez pas mes petites marionnettes. Je sculpterai vos figures dès que possible.

Elle fouilla de nouveau le coffre, dénoua les ficelles et découvrit une marionnette plus petite que les deux autres, fagotée d'une robe en satin décolorée, brodée de fil d'or usagé.

- Que tu es jolie! S’exclama Zahéra. Ne t’en fait pas, je te ferais de beaux habits.

 

Soudain une voix stridente la fit sursauter.

- Zahéra ! Mais où est-t-elle passée cette petite paresseuse ?

Sa tante, Drusilla Tomescue ouvrit brusquement la porte, et entra dans la roulotte. Elle remarqua la figurine que tenait Zahéra. Elle s'approcha d'elle, l'arracha de ses mains et la jeta par terre.

- Mais pour qui te prends-tu ? Lui cria-t-elle avec hargne.

Crois-tu que cette marionnette va nous faire vivre dans le cirque ? Je pars au marché avec Digna. Voici la liste des travaux à effectuer pour la journée. A mon retour, je vérifierai ton travail. S’il est bâclé, tu seras punie.

 

Elle s’en alla, en écrasant de son talon la marionnette et en claquant violemment la porte.

La bohémienne ramassa les débris de la figurine.

- Oh ! La méchante femme. Elle t'a cassé le bras et la jambe, constata t-elle tristement. Mais ne t'inquiète pas ma belle, je vais te réparer dès que je terminerai mon travail.

 

Zahéra n'était pas heureuse dans sa famille d’adoption. Drusilla et son oncle Doncho Tomescue, l’avaient recueilli dès la disparition de ses parents. En contrepartie, elle devait effectuer tous les travaux ménagers de cette famille. Ils lui interdisaient l’accès à l'école, alors qu’elle aimait beaucoup étudier et se perfectionner, contrairement à leur fille unique Digna qui y allait tous les jours.

 

Devant cette injustice, Zahéra demanda discrètement conseil au chef du camp des bohémiens, monsieur Sorin Bénita. Celui-ci lui assura qu’à sa seizième année, elle serait indépendante et pourrait s’inscrire à l’école de son choix. Ainsi,  pendant encore trois ans, elle devait rester sous l’entière responsabilité de sa proche famille, les Tomescue.

 

Après ses paroles peu encourageantes, c'est en larmes que Zahéra quitta la roulotte de monsieur Bénita.

 

 

 

 

 


 

 

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