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     Pourquoi j’ai traduit Finnegans Wake ?

 L’étude du gros texte

Au milieu du flux de ma vie, je me retrouvai abandonné à mon self bringuebaler la voie commode de ma guerre pénisolée[1]. J’essayais de dire et bousculais ma langue assaillie dans l’indescriptible. La lecture dont je nourrissais ces écritures m’avait déjà donné de beaux voyages par la dérive situationniste[2], sur la voie du Dao[3], à travers la jungle cashinahua[4], soumis à la pulsion de l’Afrique et, à ce stade-là, au ressassement du Coran[5]. Je cherchais l’écrit qui rende compte de la catastrophe du siècle. Exposé comme le monument littéraire du XXème siècle[6], donné comme le tas de débris de la culture universelle, Finnegans Wake s’offrit dans un fourmillement fascinant, un miroitement d’une splendeur suggestive émanant d’un esprit à la fois sensible et hilarant ; les formes étranges sur la page, loin de m’apparaître intraduisibles, m’invitaient immédiatement à chercher des transpositions en mobilisant toutes mes ressources langagières. Derrida a remarqué cet appel[7], et je ressentis de prime abord l’envie de reconstituer en français la matière du livre.

Pour symboliser à la Lacan[8], c’est un l’objet i, i étant la racine carrée de l’unité négative (^-1), comme le contenant incréé de l’acide absolu, contenu dans la dissolution de l’absolu qui est l’infinie diffraction du banal. En un mot, je pris à la lettre le projet de Joyce de faire une roue carrée.

Finnegans Wake veut rendre combien les choses sont obscures, noir sur noir -à la Soulages[9]-, et surtout qu'elles sont aveuglantes. Pour autant qu’on puisse comprendre Finnegans Wake, le meilleur signe qu’on le fait est le rire qui prend à le lire. Au-delà de la rencontre du parapluie et de la machine à coudre sur la table de dissection, il y a retraitement de la matière fissilisée par l’activation de ses éléments constitutifs infra-atomiques à l’intérieur du noyau de sens : la structure phonématique, l’orthographe, l’étymologie, la référence biblio/biographique. L’idée d’un récit sous-jacent agencé est de peu d’aide pour guider le parcours et élucider le déchiffrement des phrases mot après mot.

 

L’oreille vicaire

La méthode à m’apprendre la mot-mêlée de Tout, a été d’abord une lecture dans l’ordre des pages, dénuée de toute inflexion vers la recollection d’un quelconque message pressenti recélé dans le texte. Je notai platement ce que je percevais directement à la lecture du défilement des mots. Puis j'ai repris le premier jet à la lumière des Annotations de McHugh[10], leur accès facilité par le moteur de recherche du Finnegans Wake Extensible Elucidation Treasury[11]. Je me suis alors adonné aux délices de la transposition langagière, de forger des vocables résonnant de significations diverses, autant que de la plus grande ambigüité, de la saturation de leur expressivité.

La traduction de Philippe Lavergne[12] ne trahit pas l’original mais le comprend presque trop en reconstituant une narration plutôt surréaliste dans un texte en bon français. On y trouve rarement la conflagration de significations que Joyce opère au niveau des mots. Joyce respecte assez strictement la grammaire, assez en tous cas pour faire sentir que les exceptions sont intentionnelles, la plupart du temps parodiques. La solidité grammaticale des phrases est la base qui rend possible l'exercice. Elle postule une proposition implicite, un squelette d'ornithorynque ou de marsupial inconnu, mais qui reste soumis à la chimie du carbone. C’est à la logique qu’il s’en prend. Il y a un sujet mais on ne peut se décider sur ce qu’il est, quel est le personnage, quel est son nom, s’il est d’un genre ou d’un autre, s’il fait une chose ou son contraire, ou si c’est une autre chose qui est dite à son propos. A l’écoute de l’écrit peuvent s’entendre plusieurs choses et encore la coïncidanse des contraires quand il inverse les genres. C’est le double entendre de l’équivoque, le portmanteau aux mots-valise, les calembours et les néologismes.

J’ai confronté ma traduction à deux importantes lectures du texte : d’abord le Book of the Dark de John Bishop[13] et ses clés thématiques d’interprétation ; l’obscurité, la reconstitution de la nuit, la non-conscience, le sommeil et la mort, la distorsion de l’espace et du temps, la dualité de la matière à la fois éclatement de débris (corpusculaire) et écoulement de flux (ondulatoire), l’optique et l’acoustique du dormeur. Ensuite, le repérage de l’histoire de HCE et ALP telle que reconstituée par W.Y.Tindall[14], même si à lire de près les circonvolutions du texte, les bribes de l’histoire sont plus une récurrence musicale, que le développement d’une intrigue, elles sont le prétexte, pour tout dire. La perception, permise par les étroites ouvertures, des signes de la piste empruntée, pour nécessaire, voire intéressante qu’elle soit, n'est pas le but du voyage. La conscience fabrique du repérage tout en continuant de mouliner sa dérive de défi au non-être.

 

Le polyhédron[15] d’écriture

Le Trésor de Finnegans Wake enchâsse 736 allusions à la Bible, 589 aux précédentes œuvres de Joyce, 238 aux pièces de Shakespeare, 227 aux Irish Melodies de Thomas Moore, 166 à des articles de l’Encyclopaedia Britannnica, 142 à Mark Twain, 126 à l’annuaire de Dublin Thom’s Directory, 116 au Book of the Dead de Budge, et 89 à Ibsen, pour ne citer que les plus nombreuses. Le lecteur, aussi précise soit sa culture, n’a pas à connaître tous ces détails. Le traducteur n'élucide pas l’ensevelissement des siècles, dont il a une méchante image sur des fragments de parchemin. Il fait voir les ébauches de reconstitution dans l’état provisoire (Work in Progress[16]) de ses recherches.

Je m’autorise a priori (A ce dégoté, égo de côté, les clés sont données au long de la voie…), mais la logique de recherche ramène à la biographie de Joyce et à la génétique du texte, comme à l'Irlande et à Dublin. Elle mobilise peu à peu le réseau arachnéen du joycianisme, et à travers lui parfois quelques saveurs d’érudition. Mais la priorité est donnée à l'appropriation du transposable dans la recherche du plaisir le plus immédiat tandis que j’opère les repères en traduction[17]. Ces éléments bibliomaniaques finissent par constituer un fond neutre propice à la mythologisation des situations, là encore dans l'érotisation de la transposition, l'ivresse du pillage. Du reste, le texte de Finnegans Wake est entré dans le domaine public en Europe en 2011.

De tels partis pris de délectation, plutôt que de dilettantisme, arbitraire et souveraine dégagent le champ du travail technique d'analyse du texte dans son mouvement d'ensemble. En effet, les fils narratifs n'ont pas été embrouillés, non plus que les thèmes confondus par Joyce pour proposer au lecteur un déchiffrement dont il aurait jeté le code. Il n'est pas le sphinx qui pose une énigme. C’est une réponse au sphinx qu'il a construite comme une machine désirante à la Tinguely[18] où tout le corps passe par une pirouette sur la tête du vieillard en enfance qui a les pieds gonflés.

Je lis donc et j'attrape le sens de quelques bouts de phrases et j'approfondis les définitions données par les dictionnaires, je les triture à la lumière des annotations et commentaires, et je recompose des phrases qui puissent se solidifier pour former ces couches de laque que Joyce disait vouloir obtenir.

Finnegans Wake est écrit en anglais de culture classique, saturé de références sortant très peu du champ européen (Mark Twain est le seul américain un peu visible). Les allusions et emprunts tels que des mots d'arménien ou de breton, voire de fulu ou de bêche-la–mar[19] sont en nombre et en extension limités et témoignent davantage de la volonté d'obscurcir délibérément, de placer des effets incongrus. Il ne s'agit donc pas de comprendre ce qu'un lecteur moyennement averti ne comprendrait pas, mais de retrouver une agrégation de signification similaire selon une phonématique et une orthographe qui relèvent des codes reconnus de la langue française.

L'énoncé qui articule des formes qu’on laisse le lecteur appréhender d’une manière visionnaire, suscite une ambiance où les formes du signifiant se dérobent tout en enrichissant le signifié dans la gratuité de la création. Rappel éternel que le motif est unique qui fait s’écouler le temps, mais qu’il est myriade dans l’efflorescence du créé, dans l’engendrement des possibilités et dans la tessiture des contes.

"Il fut un temps où à mieuser naïvement sur l'alphabet, on aurait décrillé le tracement d'un récidiviste purement déliquessant présentant un tasse-qu'en-ciel étrangement profond sur l'occiput (107.9)[20]"

L'arc-en-ciel dans l'occiput renvoie aux effets du glaucome dont Joyce souffrait, si bien que la scène qualifie autant la déliquescence du texte protéiforme mis à la lecture que les perceptions par l'écrivain de "la sexmosaïque d'une nymphose" quand il observe sa tasse de thé dans l'obscurité. La signification de mieuser sur, décriller ou un tasse-qu'en-ciel ne ressort que de la délinquante mise en action des éléments agencés pour former ces mots dans le fonctionnement par ailleurs syntaxiquement correct de la phrase[21].

Dans le brouhaha du pub, on raconte à la radio le conte du Capitaine norvégien et de Kersse, le marin et le narrin tailleur, le tailleur de bavettes. Le Capitaine sagdresse au marisinier de son bateau : « Hwoù ketch trouvif l’air crocher un complet et ses complutins tout de suite ? (311.21)[22]». Cette phrase fait écho à l’énigme posée par la reine des Pranques au premier chapitre (21-23) : « Pourquoi j’air l’air … ? ». Elle est censée être prononcée par un norvégien (sagd, hwere). Elle a une forte connotation sexuelle : le « marinisier » est le ship’s husband, le Capitaine veut ketch [catch] or hook alive, et il veut de quoi (se) mettre, un complet et ses sowterkins. Ces derniers sont des lutins (sooterkins), mais également les frérots prétendants (suitor kins) à une truie (sow), ou même une seconde peau (outer skin), le tout reprenant le son (suit).

Joyce récusait l’écriture automatique, mais mettait à profit la moindre observation que lui présentait le cours de sa vie et le fil de ses lectures, pour composer des épiphanies qui sont en fait des tableaux ultra-symbolistes où la beauté sourd de l’évanescence de la vérité, doute-en-touchant à la véritable raison d’être de la créature en souffrance. Ces épiphanies sont loin d’être toujours animées des grands souffles tragiques du monologue de la fin. Elles sont très souvent les petites curiosités qui meublent le cabinet fouillé de James Joyce, mais elles charment par leur fantaisie, leur variété étourdissante et leur ingéniosité. Les procédés n’ont pas toujours d’efficacité, la reprise des dizaines de fois des motifs à la façon d’un tapis oriental peut agacer le traducteur car chacune menace les délicates transpositions qu’il avait astucieusement dénichées pour l’occurrence précédente du motif, mais surtout elle fait sentir l‘application du faiseur qui fait ses gammes. Ainsi le saupoudrage de milliers de noms de rivières peut faire penser à Jules Verne énumérant pendant des pages entières des noms de poissons et de plantes marines[23]. En tous cas, chacune d’elles est à traduire puisqu’elles apparaissent toujours dans un contexte pour une valeur assimilée.

La contemplation des épiphanies est aérée par une constante parodie née du réalisme de la concrète banalité des situations, servie par une virtuosité époustouflante, une maîtrise des moyens qui lui avait donné l'aplomb d'écrire en norvégien à Ibsen à 19 ans un éloge de "l'héroïsme intérieur". Dans Ulysse[24], un récit est repris en 9 cycles, chacun dans la langue d'une époque donnée, l'anglo-saxon pur pour commencer, puis la latinisation et la francisation, la langue de Chaucer, puis celle de Shakespeare, la langue du cardinal Newman au XIXème siècle et pour finir en dialecte américain.

Mais la lecture d'un grand texte ne saurait être réservée à la sabidure des professeurs d'université. A ceux-ci, Joyce a promis l'enfer pour des siècles de glose. A l'humble chacun émoustillé, il a ouvert les alpages de la lecture picoresque.

Lire Finnegans Wake c'est le traduire, et en faire une mauvaise traduction, mot à mot, des 492 déclinaisons de HCE et les 170 d'ALP, les métamorphoses des paires et des jumelages (espace/temps, arbre/pierre, Shem et Shaun, Caïn et Abel, Burrus et Caseus, Jute et Mutt, Reniard et Héraisin, Gigalo et Fourmiant, Bruno et Nolan, Swift et Stern), les insertions équivoques en près de 85 langues dans le ressassement des thèmes et des motifs. 39 fois, il reprend le motif de comment Buckley a tiré sur le général russe, sans en faire l'histoire, mais comme une variation locutoire. Le lecteur n'a qu'à être ce traducteur légèrement pompette qui le soir après le turbin, dans la cacophonie du pub, se plonge dans l'entremêlement des conversations et des discours d'ivrogne comme dans un bain qui le lave de l'encrassement des machines logiques de sa journée.

On peut toujours composer une phrase wakéenne : on part de la structure grammaticale dans le texte, l'adaptant aux conventions grammaticales propres au français, l'adjectif après le nom qualifié par exemple, et forgeant la traduction des mots forgés. Les parties d'un mot-valise, le sens du mot original et le sens du mot de prononciation dans l'à peu près d'un calembour, peuvent être traduites et reproduire les particularités d'une incongruité. Ploc !

Les tribunaux sont pleins de la pluralité des lectures. Chacune des lectures justement renforce l'autorité de l'écrivain autant qu'il s'écarte ou s'échappe des impératifs de la composition narrative, manifeste sa liberté tropique[25], comme ce qu’a montré Margaret Solomon[26], quand l’imbroglio de l’écriture est chiffré de façon si rigoureusement complexe qu’elle justifie les recoins les plus scabreux de ses trouvailles de gamin, comme un exposé encyclopédique des mystères sexuels qui structurent la famille nucléaire et l’histoire, illustré par le génial diagramme de la page 293 qui réconcilie le symbolisme magique ancien, avec la science moderne. « Je te feuillerai vignement repos voir le tout con quoi moi de ton éternelle géomère » (296.31)[27].

 

Veillée Pinouilles

Le livre raconterait l'histoire d'un tenancier de pub à Dublin, ou alors celle de HCE le vieux père. Mais la chute du début est celle du maçon Finnegan de son échelle, le maçon de la chanson qui tombe mort, puis qu'on entoure à sa veillée. Il se réveille au whisky qui goutte du tonneau au pied duquel on l'a allongé, comme dans la chanson ; pourtant la veillée continue. Le récit n'est pas l'histoire dite dans la chanson. Et la chanson du livre est la ballade de Perce-Oreille, celle qui chante au creux de notre tête, la tête qui trempe à Howth dans l'océan.

J'ai choisi un nom français pour le titre du livre, nom d'anti-héros, mais aussi du tas de peccadilles dont notre immense drame est fait. Par proximité phonétique et affinité sémantique, Finn-ogan signifie bel-œil en gaélique, soit fin-œil, à travers l'italien Pinocchio proche du Finocchio, qui est celui qui a du fion, envoie vers Pinuche[28], d'où finalement Pinouille où s'allient le dur et le mou dans l'éternel acolyte anacoluthe.

En portugais, les 2 traductions proposent chacune un nom différent, Finnicius Revem pour Donaldo Schuler[29] et Renato Avelar pour Afonso Teixeira[30], celle-ci tirant vers l'explicitation , la renaissance, et même le parti pris partisan (l'anagramme de Valera), celle-là transposant un mot localisant l'épopée historique de façon peut-être moins radicale que d'appeler The Katzenjammer Kids : Pim Pam Poum.

Le maître-mot est un traitre mot à ne comprendre comme transducteur de la prophétie de notre Dame-Nation. Mon appropriation de ce que Vincent Cheng[31] a vu comme l’inscription de la conscience du sujet colonisé dans la langue du colonisateur ne s’autorise pas de la fidélité à une identité, mais d'une joie à l'illustration de la langue française universalisée dans un mouvement solipsiste : il n’y a que moi qui sois moi, mais je dois me faire comprendre. L’épreuve par l’absurde.

 

Intraduction

Pendant que je la lisais et la contraduisais, la chose littéraire posée là sur ma table de travail ne cessait pas de me provoquer à lire comme à dire ce qu’est ce ce. Un écrit est né par sédimentation, puis retraitement des boues alluviales sur les berges de l’interprétation. Tirant sur mon compte d’auteur à découvert, je me mis à dérailler dans l’enfer des causes qui invalide ma poésie basculant dans la réitération de la fictification de l’élucidation de l’envers du cause[32] en cours de travail wakéen. J’ai infligé ce que Lautréamont a pratiqué sur La Bruyère, l’inversion des valeurs logiques, en partant du commentaire du premier site en français sur Finnegans Wake[33] que j’ai trouvé sur Internet, de la biographie de Joyce et de l’histoire de l’Irlande. A quoi j'ai adjoint des énoncés renversés sur la structure sub-atomique de la matière et la Scienza nuova chez Vico et chez Joyce. Une fois le tout délayé dans un résumé de la traduction, j’ai inséré un de mes textes de jeunesse sur l’abolition de l’Image. Je procédais par assimilation des éléments auxquels la réflexion sur Finnegans Wake renvoie finasser des midrashim ou prothéser la divination Fa[34]. Ainsi, je mixturai toute une série de textes littéraires qui d’une façon ou d’une autre participent à l’écriture amoureuse de l’Inconnaissable, les jardins oniriques de l’Hypnérotomachie de Polyphile[35] ou de Locus Solus[36], la dérive infra-moderne du Voyage au bout de la nuit[37], l’angoisse scientiste de Vingt mille lieues sous les mers, la folie des héros, La Tempête et le Roi Lear. Je calculai une syzygie[38] de cette blague cosmique par un saupoudrage méthéorique de chansons françaises, et terminai par ouliper[39] une recomposition par dé-dédoublement de cette intraduction, présentée dans des boîtiers poreux agencés selon une analogie de principe avec la boîte crânienne mis dans un Grand Verre. Je l’illustrai de l’analyse de la représentation de l’artiste dans les Ménines par Michel Foucault, ou le Merzbau de Kurt Schwitters.

Tandis que la valeur de ce lingo dingo est toujours davantage moins que rien, elle s’accroit logarythmiquement le long de la voie pour moi vers l’infini …

Lecture

Le premier mot parle du cours de la vie. Finnegans Wake n’est pas circulaire, la dernière phrase ne boucle pas sur la première. Le livre des morts de Joyce dit la vie comme elle est, on ne sait pas d’où elle vient car on ne se souvient pas de sa propre naissance, et si on sent la mort qui vient, on ne sait pas quand elle sera là, et le vivant ne peut pas mettre lui-même le point final.

J’ai entendu dans « from swerve of shore to bend of bay » les mots « from self assured to abandoned being », c’est-à-dire “de sûr de soi à l’être abandonné”, dans lequel on a la dualité de l’égo et de l’être exprimée en référence à la structure de bord du psychisme de la personne dont parlait Lacan, la rive de la rivière, la ligne droite de la conscience qui sépare la terre et l’eau, et les inclinations de l’étant. Avec la perception de ce complexe littéraire littéral sur le littoral latéral, nous pouvons tirer une interprétation de la première phrase de Finnegans Wake qui dirait : le cours de la vie, dépassées les histoires de couple primordial, par tous ses détours nous ramène toujours avec sa facilité simple et tranquille au lieu particulier où nous sommes et à sa proximité, car "rien n’a eu lieu que le lieu"[40].

L’artiste (à la Sterne) amoureux, propriétaire du lieu (comte d’Howth), repasse encore, et encore, pas encore, il doit se battre dans le maquis des catégories (les ismes), seul pénis, par les passes tourmentées du pays quitté et des pays nouveaux (Dublin en Amérique), l’appel charnel à fonder une famille se complique des rivalités amoureuses, là où il n’y eut que ricochet sur l’eau.

La foudre s’abat et l’homme chute, c’est tout le récit chrétien qui construit le monde occidental avec les débris de la coquille vide d’un tombeau sous les couleurs du drapeau (ici irlandais), les guerres l’entredéchirent …

Si Joyce ne le dit pas ainsi clairement, c’est évidemment que cette clarté est un mirage de ma vision étroite, mais aussi que c’est beaucoup plus compliqué dans l’entremêlement des mots, des concepts et des images de la réalité.

C’est pourquoi j’ai voulu plutôt qu’aligner des élucidations du mot à mot, déjà proposées par les cercles joyciens, faire un abrégé du texte (au quatorzième), non pas les phrases explicites d’une théorie de compréhension, mais une composition anthologique de la matière même du livre.

La mise en ligne m’a mis en relation avec le traducteur argentin d’Ulysse et de Finnegans Wake, Marcelo Zabaloy, qui a pu faire se frotter mon « genio descommun » aux esprits curieux de la Pampa.

 


[1] Utilisation personnelle de Dante, Divina Commedia, Inferno, 1 et Joyce James, Finnegans Wake, (3.4-6)

[2] Internationale situationniste, 1958-1969. Champ libre

[3] Laozi Daodejing traduction Claude Larre 1984

[4] Lyotard Jean-François. La condition postmoderne 1979

[5] Dr Mouhammad Hamidallah Translation of the Meanings of the Noble Quran in the French Language 2000

[6] Wikipedia. 20th century Greatest Hits :100 English Language Books of Fiction

[7] Derrida Jacques Deux mots pour Joyce 1987

[8] Lacan Jacques. Séminaire IV. La relation d’objet. 1994

[9] Ewig Isabelle. L’outrenoir ou le fonctionnement de la peinture in Catalogue Soulages. Centre Pompidou. 2009

[10] McHugh Roland. Annotations  to Finnegans Wake. 1991.

[11] Sleton Raphael. Finnegans Wake Extensible Elucidation Treasury, site web.

[12] Joyce James Finnegans Wake traduction Philippe Lavergne. 1978.

[13] Bishop John Joyce's Book of the Dark: Finnegans Wake 1993

[14] Tindall William York. A Reader's Guide to Finnegans Wake 1996

[15] Joyce James Finnegans Wake (107.08)

[16] Beckett Samuel et al. Our Exagmination Round the Factification for Incamination of Work in Progress. 1929

[17] Coppola Sofia. Lost in Translation. 2003

[18] Deleuze Gilles et Guattari Félix. L’Anti-Œdipe. 1972

[19] Reisman Karl . Dark tongues : Fulfude and Hausa in Finnegans Wake in Journal of Modern Literature. 2008

[20] Joyce James Finnegans Wake (107.9)

[21] Gordon John. Finnegans Wake : a Plot Summary. 1986

[22] Joyce James Finnegans Wake (311.21)

[23] Verne Jules. Vingt mille lieues sous les mers. 1869

[24] Svevo Italo. Sur James Joyce. 2013.

[25] Maronitis Dimitri N. La mythologie et l’Odyssée : hommage à Gabriel Germain, 2002. En s'écartant ou en s'échappant de l'axe narratif, la plokè, l'inventivité du narrateur bouleverse les impératifs de composition du mythe, elle revendique sa liberté en faisant la preuve de son talent littéraire.

[26] Solomon Margaret C. Eternal Geomater : the Sexual Universe of Finnegans Wake. 1969

[27] Joyce James Finnegans Wake (296.31)

[28] San-Antonio, Deuil Express 1953. Hommage en passant à César Pinaud, inspecteur incompétent qui résout néanmoins quelques énigmes en dépit de grâce à son allure de "débris ambulant",

[29] Schuler Donaldo Finnicius Revem, 1999

[30] Teixeira Filho Afonso, A noite e a vida Renatos Avelar, consideraçoes sobre a Traducao do capitulo primero Finnegans Wake de James Joyce. Thèse à l'Université de Sao Paulo, 2008, qui cite ma traduction.

[31] Cheng Vincent. Joyce, Race and Empire.1995

[32] Michel Hervé. L’enfer des causes. 1980

[33] Chassignat Michel riverrun.free.fr  site web

[34] Viallet-Fournier Marie-George. Genèse et destin :pour une conception dynamogénétique des mythes. Thèse à l’Université de Bourgogne. 2012.

[35] Discours du songe de Poliphile. 1546

[36] Roussel Raymond. Locus Solus. 1914

[37] Céline Louis-Ferdinand . Voyage au bout de la nuit. 1932

[39] OULIPO. Atlas de littérature potentielle 1988

[40] Mallarmé Stéphane. Jamais un coup de dés n’abolira le hasard…. 1892


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                            a)     la JJQ shun

                                                      low cogentility

                                                      coran’s form

Veillée Pinouilles non difference from Lavergne or other translations of the Wake in western languages

                                                                                                                                                                        29/04/2016 

    Dear Mr. Michel,

After careful consideration, I have decided not to accept your article, “Why I Translated Finnegans Wake?” for publication in the James Joyce Quarterly.  This was a difficult decision to make since the journal has a long history of publishing work about the process of translating Joyce’s work.  In the end, however, your readers agree that this piece struggles to offer a cogent response to the question posed by its title and doesn’t really give us a clear insight into your method or into the distinctive new features of your translation.  Thus, although I eagerly await the completion of this project, I cannot accept this piece in its current form.

 Almost from the start, JJQ has been interested in the distinctive challenges Joyce poses to translators, and it has explored the ways such work opens up new insight into the complexity of works like Ulysses and the Wake.  Indeed, we just recently published a special section on translation that might be of real interest you.  For a piece like yours to be effective, it needs to engage much more directly with your method and the underlying theory of translation.  Some longer, more precise examples of the problems you faced and the solutions you worked out would also be of real interest.  It’s not entirely clear, for example, how your translation differs from, say, Lavergne or from other translations of the Wake in western languages.  The project, as I’ve said, is interesting, and we will certainly run a review in the JJQ when it’s complete.  This essay, however, will likely not be of interest to our readers in its current form.

 Let me close by thanking your for your patience during what proved to be an extended review process.  Although we cannot accept this essay for publication, I learned something from it and am grateful we had a chance to consider it for the JJQ.

 Regards,

    Sean Latham

Editor

 


 


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