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L'Utopie

Texte

La ville idéale d’Amaurote offre un cadre dans lequel les habitants ont une vie qui fait harmonieusement alterner travail et loisirs, comme en témoignent ces lignes.

    Le jour solaire y est divisé en vingt-quatre heures d'égale durée dont six sont consacrées au travail: trois avant le repas de midi, suivies de deux heures de repos, puis de trois autres heures de travail terminées par le repas du soir. A la huitième heure, qu'ils comptent à partir de midi, ils vont se coucher et accordent huit heures au sommeil.

    Chacun est libre d'occuper à sa guise les heures comprises entre le travail, le sommeil et le repas - non pour les gâcher dans les excès et la paresse, mais afin que tous, libérés de leur métier, puissent s'adonner à quelque bonne occupation de leur choix. La plupart consacrent ces heures de loisir à l'étude. Chaque jour en effet des leçons accessibles à tous on lieu avant le début du jour, obligatoires pour ceux-là seulement qui ont été personnellement destinés aux lettres. Mais, venus de toutes les professions, hommes et femmes y affluent librement, chacun choisissant la branche d'enseignement qui convient le mieux à sa forme d'esprit. Si quelqu'un préfère consacrer ces heures libres, de surcroît, à son métier, comme c'est le cas pour beaucoup d'hommes qui ne sont tentés par aucune science, par aucune spéculation, on ne l'en détourne pas. Bien au contraire, on le félicite de son zèle à servir l’État.

    Après le repas du soir, on passe une heure à jouer, l'été dans les jardins, l'hiver dans les salles communes qui servent aussi de réfectoire. On y fait de la musique, on se distrait en causant. Les Utopiens ignorent complètement les dés et tous les jeux de ce genre, absurdes et dangereux. Mais ils pratiquent deux divertissements qui ne sont pas sans ressemblance avec les échecs. L'une est une bataille de nombres où la somme la plus élevée est victorieuse; dans l'autre, les vices et les vertus s'affrontent en ordre de bataille. Ce jeu montre fort habilement comment les vices se font la guerre les uns aux autres, tandis que la concorde règne entre les vertus; quels vices s'opposent à quelles vertus; quelles forces peuvent les attaquer de front, par quelles ruses on peut les prendre de biais, sous quelle protection les vertus brisent l'assaut des vices, par quels arts déjouent leurs efforts, comment enfin un des deux partis établit sa victoire.

Livre II, traduit du latin par M. Delcourt  © éd. Flammarion, 1987

Proposition de problématique: En quoi cette description de la ville d'Amaurote montre t-elle un monde idéal qui comporte des limites ?



--------------------PROPOSITION DE PLAN DÉTAILLE EN DESSOUS---------------------

 

I- Une île où la vie semble idéale

1.Une organisation bien huilée, bien orchestrée.

L’île a sa propre organisation et ses propres systèmes de mesures. C’est un système reposant qui permet aux hommes de vivre paisiblement.

Ex : §1 « Le jour solaire y est divisé en vingt-quatre heures d’égale durée… »

--> Structure syntaxique claire, codifiée pour une organisation bien pensée et logique d’où un équilibre derrière ces calculs mathématiques, permettant une vie décontractée.

 

2. La liberté individuelle est au service de l’Homme, sujet au cœur des préoccupations humanistes

Ex : Champ lexical de la liberté « libre », « à sa guise », « libéré », « de leur choix » …

--> L’homme est acteur de sa vie et est libre de la gérer, le libre-arbitre préconise la liberté de l’Homme même si tout cela reste très religieux, Dieu ayant donné le libre-arbitre à l’homme selon les croyances chrétiennes respectées par les humanistes.

 

3.Le développement de l’intellectuel.

On est sur une île où l’on développe tout ce qui rapporte à la connaissance de l’homme.

Ex : « ces heures de loisirs à l’étude », « on fait de la musique », « les vertus brisent l’assaut des vices »

--> Le temps libre est consacré à l’épanouissement de l’Homme et permet son développement culturel = création d’un esprit sain et intelligent. De plus, enseignement pédagogique à travers le divertissement

 

Transition : Malgré les avantages perceptibles dans cette organisation d’Utopie, ce système révèle des ambiguïtés.

 

II- Un idéal où l’homme est confiné

1. Une organisation en réalité trop orchestrée.

Ex : même § que I.1. avec mêmes exemples.

--> Cette avalanche de nombres confine l’Homme, il y a des contraintes horaires, et une rigueur quasi mathématique présente où l’homme n’a pas de place pour ce qui lui a été ordonné de faire (rapprochement avec le système monastique ou militaire) ce qui fait de leur liberté une liberté cautionnée et surveillée.

 

2.Une société avec des clivages et qui ne semble pas si égalitaire.

Ex : « Beaucoup d’hommes qui ne sont tentés par aucune science », « zèle à servir l’Etat »

--> Forme de discrimination sexuelle, où est représenté la femme par le cerveau et l’homme par sa force.

Élitisme sous-jacent dans une esthétique humaniste très aristocratique, qui crée des différences entre les gens et qui montre que même dans un système le plus égalitaire qui soit, des différences subsistent toujours.

 

3.Des loisirs déséquilibrant la vie saine de l’homme

Ex : « Une bataille de nombre »,  « les vices et les vertus s’affrontent en ordre de bataille »

à L’esprit humain débordé par le combat et l’envie à gagner.

      Aucun angle physique dans le divertissement, la devise du mens sana in corpore sano est quelque peu en déséquilibre.

 

Conclusion

On a bien la présentation d’un univers idéal, voire idyllique , parfait où tout est pensé pour permettre à l’homme de s’épanouir, d’être libre, de s’instruire, d’être heureux. Toutefois, sous cette éclatante description, on perçoit des contrastes, des contraintes, un univers où l’homme ne peut pas toujours avoir sa liberté et doit des comptes à la société qui le protège.

Ouverture : Candide de Voltaire, chapitre XVIII, le paradis de l’Eldorado

                 Gargantua de Rabelais, l'abbaye de Thélème




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