ADN et enquêtes criminelles

 collection Que sais-je ? n°3814                                                                                                        puf

par François-Bernard Huyghe

 

 Cheveux, salive ou gouttes de sang : nous dispersons partout des traces d'ADN, témoins de notre présence sur un lieu ou preuve d'une parenté biologique. Ces traces peuvent être analysées, les empreintes génétiques comparées et conservées dans des fichiers.

 Les tests ADN ont ainsi bouleversé l'enquête de police, et partant, la pratique judiciaire. Mais l'extension des finciers génétiques ne va pas sans un certain nombre de points d'interrogation.
Cet ouvrage analyse la nature, la valeur, et les limites de ces tests ADN ni arme absolue contre le crime, ni outils de "Big Brother". Il explique aussi le cadre légal (en France comme à l'étranger) de la constitution des fichiers génétiques et présente les enjeux éthiques et politiques que suscite la nouvelle reine des preuves.






Introduction (extrait du livre)

En 1987, l’assassin d’une jeune fille de 15 ans arrêté en Angleterre est le premier criminel trahi par ses empreintes génétiques comme d’autres par leurs empreintes digitales. Jusque-là, des notions biologiques comme génome*  ou ADN* (acide désoxyribonucléique) semblaient étrangers au vocabulaire policier .
 
Trente ans plus tard, une recherche sur Internet à partir de mots-clefs comme fichier, profil génétique* et autres termes apparentés  renvoie à des milliers de textes. Ce qui peut sembler normal pour un sujet largement médiatisé.
Cette surabondance d’informations forme souvent l’arrière-plan scientifique d’affaires criminelles qui rythment l’actualité et passionnent le public. Des coupables sont confondus ou des innocents libérés grâce à l’ADN. Le déroulement de ces affaires authentiques n’a rien à envier, pour le romanesque et les coups de théâtre, aux feuilletons télévisés ou aux romans de Patricia Cornwell , avec enquêtrices en blouse blanche et laboratoires de haute technologie... Qui plus est, dans la réalité comme dans la fiction, ces histoires se finissent souvent bien : l’ADN est un fabuleux outil pour éviter les erreurs judiciaires (ou les révéler rétrospectivement).  Cette actualité est largement d’origine nord-américaine. Cela peut s’expliquer par l’intérêt des médias des USA pour les « forensic sciences* », les sciences criminalistiques. Mais un autre facteur joue  : la preuve par l’analyse génétique a sauvé des condamnés du couloir de la mort. Des associations militent pour son extension dans un pays où le débat sur la peine capitale fait rage. 

Tantôt on découvre - trop tard – qu’un homme exécuté il y a des années n’était pas sur les lieux du crime, tantôt deux assassinats éloignés de plusieurs années sont rapprochés. Un récidiviste est rattrapé par un meurtre qu’il croyait impuni. Un faux violeur est disculpé par une nouvelle analyse dans cold case , une affaire classée… Tout cela parce que des indices génétiques ont été réexaminés avec des méthodes qui n’existaient pas à l’époque ou avaient été négligées. 
Les empreintes génétiques ne servent pas qu’à lutter contre le crime : elles démontrent tantôt qu’une jeune femme qui prétendait être la fille naturelle d’Yves Montand ne l’était pas , tantôt qu’un cadavre en Amérique du Sud était celui du criminel de guerre Mengele ou encore que Bill Clinton avait eu une aventure avec une stagiaire de la Maison-Blanche. L’ADN confirme qu’une relique conservée depuis plus de deux siècles était le cœur de Louis XVII. Lors de grandes catastrophes, elle aide des familles à faire leur deuil en identifiant le cadavre d’un proche à partir de quelques fragments . 

Mais les analyses et à plus forte raison les fichiers font aussi débat. Les uns évoquent Orwell et 1984, ou, de façon plus sophistiquée, les « sociétés de contrôle » qui, selon Deleuze , remplacent les anciennes sociétés « disciplinaires ». Les partisans des fichiers se réfèrent, eux, aux statistiques d’affaires résolues, au nombre d’innocents réhabilités, à la demande de protection de nos sociétés dites aussi « du risque » .

Ce débat fait rage en France, où les empreintes génétiques sont sous les feux de l’actualité, souvent moins pour leurs succès criminalistiques qu’à propos de refus de prélèvement* d’ADN  ou de frais de justice .
 
La question « Que doit-on savoir sur qui à travers les fichiers génétiques » est inséparable de « Que peut-on savoir au stade actuel de la science ? » et « Comment sait-on ? Quels outils, vecteurs et archives ? Comment exploiter cette connaissance ? ». Nous tenterons donc de les éclairer à travers plusieurs approches :

 - la question de l’identité révélée par l’ADN (en quoi le code génétique reflète l’unicité de chacun dans des traces, et comment, en sens inverse, il est possible de remonter de la trace à l’identité) ; 

-la question de la mémoire : l’extension des bases de données génétiques et leur usage ; -

 celle de l’avenir de ces fichiers, les débats qu’ils suscitent ou des réponses qu’ils suggèrent.