En termes de géoéconomie

Pour traiter la structure économique historique qui a construit l'ensemble régional, nous allons utiliser une classification qui se retrouve pour les leviers économiques actuels. Mais les éléments seront différents compte tenu de la mutation socio-économique qui a eut lieu. Nous adopterons trois échelles qui correspondent à trois sous-ensembles régionaux qui se distinguent : l'échelle du littoral, l'échelle des terres et l'échelle des deux pôles influents.



A l'échelle du littoral, les régions politico-administratives concernées sont celles du Nord-Pas-De-Calais en France, de la Flandre (Vlaanderen en Néerlandais) en Belgique et du comté du Kent en Angleterre. Le moteur économique de ce sous-ensemble régional était l'activité portuaire au niveau des ports les plus importants qui sont ceux de Zeebrugge, Anvers et Gand pour la Flandre Belges, Dunkerque, Calais et Boulogne-Sur-Mer pour le Nord-Pas-De-Calais, Douvre et Folkestone pour le comté du Kent. Les villes portuaires assurent essentiellement un rôle de transit. Par exemple, de nombreux produits provenant de France passent par le port de Fokestone. C’est par cette ville portuaire que passaient toutes les marchandises à destination de Londres dans les années 1930. Les ports français et belges assurent un même rôle de transit : la production qui était exercée au niveau des terres était transférée par ces ports.


 
A l'échelle des terres, quatre secteurs dominaient : l'exploitation de charbon, la production sidérurgique-métallurgique, le textile et l'agriculture. De Lille à l'extrémité Est de la région Flandre, on y trouvait un secteur textile particulièrement important. Il s'agissait d'une région traditionnelle dans le textile.
De l'Ouest de Béthune à l'extrémité Est de la région Wallonne en Belgique, il y avait un important bassin minier composé d'extraction houillère mais aussi d'industries sidérurgiques-métallurgiques pour certaines villes. Le comté du Kent avait également un bassin minier mais avec très peu d'industries sidérurgiques sur son sol. Le charbon était le principal moteur économique de l'espace régional.
Outre le secteur textile et le bassin minier, il existait des espaces agricoles important, notamment dans le comté du Kent. Le Kent était historiquement un espace très agricole qui vivait au dépend des demandes alimentaires de Londres, l'élevage s’y était développé (Lemaitre, 1931). Le Kent était le jardin agricole de l'Angleterre.

Par cette industrialisation liée aux piliers économiques, il a existé un cloisonnement industriel très important. Les stratégies de spécialisation spatiale ont créé des sous-ensembles intra-régionaux. Cet espace régional divisé en sous-ensembles spécialisés permettait à une activité ou à une entreprise de dominer le niveau local, notamment en termes d’emplois. De ce fait, il a existé un processus de contrôle social très important. De plus, une identité locale forte s'est généré. Mais dans ces espaces mono-industriels, une crise économique dévaste la microrégion. Au cours du XXème siècle, les principales activités économiques de l'espace régional connaissaient une récession. Les années 1980 accentuaient les difficultés de cet espace industrielle : il a existé une crise mondiale de la sidérurgie en lien avec le choc pétrolier, une baisse du stock en houille, des délocalisations de la part d’entreprises recherchant des espaces régionaux avec une main d’œuvre peu coûteuse et des progrès technologiques dans d’autres secteurs d’activité qui complexifiaient la concurrence. De ce fait, des sous-ensembles spécialisés ont été victime d’arrêt d’activité ou de licenciements douloureux. Les espaces les plus handicapés sont ceux qui regroupaient les activités minières et sidérurgiques sur un même site. Le bassin minier a été particulièrement touché par ce bouleversement socio-économique, et notamment la commune de Valenciennes par exemple.
 


L'échelle des deux pôles lillois et bruxellois étaient déjà important car ils étaient influents. Chacun de ses pôles avaient ses propres activités, une aire d'influence garante de main d’œuvre et il existait des liens forts entre ces deux pôles. Par exemple, A cette époque, l’arrondissement lillois et le bassin minier regroupaient plus de la moitié de la population régionale (Giblin-Delvallet, 1990). On remarque l'importance qu'avait le pôle lillois. Le secteur du textile a été important dans l’arrondissement de Lille avec une concentration d’industries bénéficiant d'une main-d'oeuvre locale mais aussi transfrontalière. On assistait à de fortes migrations pendulaires à proximité de la frontière : dans l'arrondissement de Lille en 1967, il y avait 12 450 frontaliers pour travailler dans le textile. Le secteur du textile a été en déclin, les emplois ont très fortement diminués. Entre 1950 et 1980, ce secteur aurait connu une perte de 120 000 emplois dans la région Nord-Pas-De-Calais (Giblin-Delvallet, 1990). L’arrondissement de Lille était une conurbation où vivaient environ 1 million d’habitant mais ces habitants étaient dispersés sur plus de 120 communes. Par la concentration d’industries textiles dans l’arrondissement lilloise et de la demande abondante de main-d’œuvre, la population a augmenté. Lille était déjà la première ville du département avec environ 200 000 habitants et elle était secondée par Roubaix-Tourcoing qui formaient le premier centre textile de France. Par cet atout économique, la commune de Roubaix est passée de 12 187 habitants en 1820 à 124 365 en 1901. La commune de Tourcoing est passée de 14 600 habitants en 1820 à 79 000 en 1901. Par cette urbanisation et la proximité de Lille-Roubaix-Tourcoing, une conurbation était déjà observable. Les 120 autres communes regroupent le reste de la population.
Bruxelles avait une industrie spécialisée dans l'imprimerie et la mécanique automobile. C’était une métropole transnationale bipolaire avec Lille (38 min entre ces deux villes).



Le déclin industriel a handicapé les sous-ensembles infra-régionaux qui étaient les moteurs économiques de l'espace régional. Une mutation socio-économique a été nécessaire pour faire face aux nouveaux enjeux de l'emploi mais aussi de la situation européenne. Ce bouleversement a entraîné une nouvelle organisation de l'espace.


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Euroregion Nord-Transmanche,
6 avr. 2015 à 18:19