INTRODUCTION

Le site d'europos-doura, se trouve en Djéziré (Mésopotamie) syrienne, à 90 Km de Deir ez Zor, en aval de la confluence du Khabour avec l'Euphrate



La carte de la Syrie




Carte de la région d'Europos-Doura


 Le site d'Europos-Doura. Vue vers l'ouest. MFSED


Europos-Doura témoin exceptionnel de l'histoire du Proche-Orient classique

La découverte

L’existence d’Europos-Doura a été révélée le 30 mars 1920 par des soldats britanniques qui creusaient des retranchements dans les ruines d’une cité abandonnée. Ils mirent au jour des peintures murales sur lesquelles des personnages de grande taille célébraient une cérémonie religieuse face au spectateur. L’archéologue américain J. Breasted (Université de Chicago) révéla au monde savant l’art qui s’exprimait ici et qui apportait enfin la réponse à un problème très débattu, celui du passage de l'Antiquité à l’art byzantin.

Pour exploiter cette découverte majeure, des troupes du mandat français, placées sous l’autorité scientifique du Pr. F. Cumont (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres), dégagèrent le temple aux peintures dédié à Bêl, un temple d’Artémis, une maison et quelques tombes (1922 et 1923).

La fouille, un moment suspendue pour cause d’insécurité, fut reprise sur l’ensemble des 75 hectares de la surface du site par une mission américano-française sous la direction du Pr. M. Rostovtzeff (Université de Yale). De 1928 à 1937, un quart de la surface du site fut alors exploré avec des résultats spectaculaires dont la presse se faisait l’écho. Mais la deuxième guerre mondiale empêcha la poursuite des travaux et le site, connu des seuls spécialistes, tomba dans l’oubli.

Enfin, en 1986, après cinquante ans d’abandon, fut créée l’actuelle mission franco-syrienne (MFSED) dont les travaux se poursuivent activement de nos jours, sous la direction conjointe du Pr Pierre Leriche et de M. Yasser Showhan.




Les directeurs des deux premieres fouilles d'Europos-Doura : à gauche, Franz Cumont et à droite Mikhaïl Rostovtzeff, devant le mithraeum d'Europos-Doura, au printemps 1934.
Photo YUAG

Les grandes lignes de l’histoire du site

L’abondant matériel découvert à Europos-Doura (papyrus, parchemins, inscriptions, graffiti, monnaies, céramique) a permis d’écrire l’histoire du site.

Vers 300 avant notre ère, Séleucos Ier, héritier de l’empire d’Alexandre en Asie, fonde la colonie militaire d’Europos sur l’emplacement d’une ancienne forteresse nommée Doura. Son objet est de contrôler la route entre les deux capitales de son empire, Antioche (l’actuelle Antakya) au Nord et Séleucie du Tigre, près de l'actuelle Bagdad.

Vers 150 av. n. è., Europos est étendue aux dimensions de la ville que nous connaissons actuellement. Les fortifications, l’agora et certains monuments sont mis en chantier.

Vers 113 av. n. è., après avoir conquis l'Iran puis la Mésopotamie, les Parthes venus d’Asie Centrale s’emparent d'Europos. Dans la ville nouvelle une population originaire de la région s’installe auprès des Macédoniens. Toute la surface à l’intérieur de l'enceinte est alors occupée en respectant le plan des rues et des îlots mis en place par les Grecs. La domination parthe sur Europos dure près de trois siècles. En 115 de n. è., Trajan s'empare de la ville, son armée élève un arc de triomphe hors les murs. Mais en 117 la ville est reconquise par les Parthes. La cité continue à se développer. Elle compte près de 20.000 habitants et les Palmyréniens y jouent un rôle important.

En 165, l’armée romaine de Lucius Verus conquiert la ville qui devient l'un des points d'appui de la frontière, face aux Parthes. Vers 212, le quart nord de la ville est transformé en camp légionnaire au sein duquel est élevé le Palais du Dux Ripae qui commande à l'ensemble de la frontière. Un peu plus tard, Doura reçoit le statut de colonie romaine.

Vers 256, les Sassanides, successeurs des Parthes, attaquent Doura sous la conduite de l'empereur Châpour Ier. A l’abri de ses fortifications spectaculairement renforcées, la ville résiste âprement. Mais l’armée sassanide l’emporte et vide la cité de sa population. Etonnamment préservées par l'abandon de la ville, les traces des opérations du siège (sapes, tours 19 et 24 sapées, champ de bataille, rampe d’assaut) témoignent de la durée et de l'acharnement des combats. 





Plan de la Mission de Yale, 1936. Archives YUAG

Importance du site d’Europos-Doura

C'est cette histoire tourmentée qui fait toute l'importance d’Europos-Doura. Comme à Pompéi dont la vie s'est brutalement interrompue, les fouilles ont livré intacte l’image de la civilisation qui s'est développée en Syrie dans une période qui vit l’hellénisation de l’Orient, la confrontation des empires romain, parthe et sassanide et les premiers temps du christianisme.

La ville s’est développée à l’abri de fortifications puissantes, autour d’une citadelle qui s’est en partie effondrée dans l’Euphrate. Trois palais, une vaste agora, dix-sept édifices religieux grecs, sémitiques, iraniens et romains, plusieurs résidences, cinq bains romains et de nombreuses maisons et boutiques y ont été dégagés. On y a découvert un matériel artistique exceptionnel, avec en particulier les célèbres peintures murales qui font la gloire des musées de Damas et de Yale. Les fouilles ont également fourni une centaine de papyrus et parchemins étonnamment conservés et un abondant matériel épigraphique, numismatique, militaire. Tous les aspects de la vie politique, sociale, religieuse et matérielle de cette communauté sont ainsi illustrés, faisant d’Europos-Doura une source irremplaçable pour l'histoire de l'Orient antique. Et il reste encore près des trois quarts du site à explorer…

La Mission Franco-Syrienne d’Europos-Doura (MFSED) et ses partenaires

La MFSED a été créée à l’initiative conjointe du Ministère français des Affaires Etrangères (MAE) et de la Direction Générale des Antiquités et Musées de Syrie (DGAMS). Elle poursuit un triple objectif : sauvetage des vestiges dégagés et abandonnés sans protection depuis 1937, reprise de l’étude archéologique et historique, publication des très nombreux monuments fouillés demeurés inédits et donc inconnus du monde scientifique. La mission est actuellement dirigée par le Dr P. Leriche (CNRS-ENS Paris) et le Dr Y. Schowhan (DGAMS Deir ez Zor).

Au fur et à mesure du développement de son action, la MFSED a vu se diversifier ses moyens de financement avec l’attribution de soutiens provenant du CNRS, de l’Ecole Normale Supérieure, de la Société TOTAL E & P Syrie, de la Société des Ciments Lafarge, de l’Union Européenne et de deux associations : "Orient Hellénisé" (Paris) et "Mediterranean Studies" (Cincinatti).

Archéologie, patrimoine et développement durable à Europos-Doura

La MFSED conduit chaque année une ou deux campagnes de fouille et de préservation/restauration monumentale. En conduisant son action, elle répond aux exigences et aux méthodes de l’archéologie actuelle, qui est étroitement liée l’obligation morale de la préservation du site.

La recherche archéologique

Dans ses recherches, la MFSED fait largement appel aux fouilles stratigraphiques, à la prospection géophysique, à la photographie par cerf-volant, aux analyses en laboratoire et à la chronologie céramique. Les informations ainsi obtenues complètent et souvent rectifient celles issues de la documentation écrite sur laquelle s’appuyaient de manière privilégiée les missions précédentes.

Préservation, restauration, protection

Dès sa création, la Mission Franco-Syrienne a entrepris de sauver les monuments anciennement dégagés les plus menacés. Parallèlement ont été menées des recherches approfondies sur les matériaux et les techniques antiques de construction. Les résultats ont été mis à profit pour procéder à la restauration des parties ruinées des monuments mis au jour.

- La pierre de taille, extraite puis façonnée selon les méthodes de l'Antiquité, a été employée pour reconstruire la façade à bossages du palais du Stratège écroulée après l’abandon du site

- Des briques crues identiques à celles de l’époque romaine ont été fabriquées pour remonter le mur écroulé de la maison chrétienne ou le grand glacis protecteur de la muraille ouest.

- De la même façon, les techniques de fabrication du plâtre (djousse) ont été retrouvées et appliquées pour consolider et restaurer à l’aide d’un appareil de blocage l'odéon du temple d'Artémis et le grand temple de Bêl.

Dans le même temps, les conditions de la protection des monuments et du site lui-même ont été créées avec la fermeture du site aux véhicules, le gardiennage et le nettoyage en cours. Récemment, une large zone de protection a été établie et matérialisée autour du site afin de préserver la nécropole antique, le paysage environnant et le milieu naturel miraculeusement demeurés intacts mais gravement menacés.

Archéologie expérimentale et diffusion

Pour tester l’efficacité des procédés mis en œuvre et suivre l’évolution d’une construction antique sur la durée, deux maisons romaines ont été fouillées jusqu’aux fondations puis entièrement reconstruites à l’identique, permettant de restituer le cadre de vie des habitants de la cité. Deux pièces ornées de peintures murales ont été aménagées en pavillon d’accueil des visiteurs. Trois autres, appelées oikos didaktikos, abritent une exposition permanente retraçant l’histoire du site (voir ci-contre).

Formation et sensibilisation

La MFSED accueille et forme de futurs archéologues, architectes et restaurateurs français et syriens, mais aussi de plusieurs autres pays du Proche-Orient, d’Europe et du Canada.

Elle forme également des artisans locaux aux techniques de construction de l’Antiquité et aux savoir-faire de la restauration. C’est ainsi que s’est créé dans la région un vivier de main-d’œuvre de qualité dans lequel puisent les entrepreneurs locaux chargés de la restauration monumentale dans l’ensemble de la vallée.

Enfin, par son action pédagogique, elle crée les conditions d’une sensibilisation des responsables locaux et des habitants, en particulier des écoliers de la région, pour obtenir une réelle protection du patrimoine.

L’énergie solaire

A titre expérimental, le site d’Europos-Doura a été doté par la société TOTAL d’un ensemble de capteurs solaires discrètement installés sur la maison de fouille. Ces panneaux fournissent l’énergie nécessaire à l’éclairage de la maison de fouille et à celui des "maisons romaines" (salles et vitrines).

L’expérience s’est révélée très positive et constitue une démonstration grandeur nature auprès de la population et des responsables locaux qu’elle sensibilise à la recherche de procédés alternatifs à l’emploi des énergies fossiles.

Le nom de la ville antique

Les missions dirigées par F. Cumont et par M. I. Rostovtzeff avaient essentiellement exploré le dernier état romain de la ville, lorsque, l’aristocratie macédonienne ayant perdu son pouvoir, la cité avait pris le nom de Doura. Ce nom est, en fait, la forme romanisée du vieux nom sémitique Dour que portait à cet endroit une ancienne forteresse de l’âge du Bronze (XIVe siècle av. n. è).

 

Cependant, les recherches nouvelles de la MFSED ont montré que ce nom n’a remplacé que tardivement celui d’Europos que la ville macédonienne avait hérité de la colonie militaire séleucide. C’est pourquoi, il paraît aujourd’hui plus opportun d’employer le nom Europos-Doura au lieu de Doura-Europos qui apparaît dans les publications des deux précédentes missions.



Vue aérienne du site d'Europos-Doura. 2001




Plan du site d'Europos-Doura. MFSED. Réalisation S. de Pontbriand et P. Leriche, d'après H. David




  Contact : europosdoura@yahoo.fr

Pour des informations complémentaires :
http://www.archeo.ens.fr

Pour consulter la base de données de la Yale University Art Gallery où sont conservés de nombreux objets et peintures provenant des fouilles de la mission américaine :
http://artgallery.yale.edu/