Recherches sur l'étymologie du patronyme GALEY

du Couserans ariègeois


(Daniel GALEY, ancien professeur de neurosciences à l'Université de Bordeaux)


Mon objectif principal était de proposer une hypothèse argumentée en réponse aux nombreuses possibilités d'interprétation sur la signification de ce patronyme. Pour cela, je me suis appuyé sur les travaux de spécialistes en étymologie des noms propres (patronymes et toponymes) et de l'histoire du Couserans. Cet exercice de synthèse n'aurait pas pu être mené à son terme sans l'aide généreuse que certains d'entre eux m'ont apportée.

L'exposé proprement dit comprend 5 parties:

Méthodes 

Ce sont des événements d'une grande complexité, étalés parfois sur plusieurs millénaires, qui sont responsables de la formation et de l'évolution de nombreux patronymes et toponymes actuels. C'est la raison pour laquelle j'ai insisté sur la présentation du contexte dans lequel le patronyme Galey à émergé, sous la forme d'un rappel historique des événements qui ont marqué le Couserans et la région Midi-Pyrénées, en donnant une place particulière aux invasions ethniques qui s'y sont succédées. Ce sont elles en effet, qui ont plus ou moins imposé aux populations autochtones des cultures aux vocabulaires distincts.

L'influence de ces différentes cultures sur le vocabulaire local a entrainé un mode de constitution des noms propres qui a formé, à l'instar des dépôts sédimentaires géologiques, des couches successives ou «strates linguistiques» qui se sont superposées dans le temps. J'ai également décrit de façon succincte ces différentes strates, dont certaines ont fortement imprégné la toponymie régionale et ainsi une proportion importante des patronymes.

Il est courant de souligner la sérieuse difficulté d'établir la signification des noms de famille qui commencent par le radical Gal-. Pour chaque patronyme ou toponyme de ce type, il existe en effet diverses possibilités d'interprétation. Ainsi, selon les interlocuteurs ou les publications rencontrés, le nom Galey aurait une origine wisigothe, ou signifierait: bon vivant, coq ou Gaulois en latin (Gallus), gaillard, un saint (Gal), eau chaude, pierre ou caillou d'après le celte gaulois, Gallius le Romain, ...

J'ai finalement retenu les propositions les plus crédibles, dont certaines sont présentées dans la littérature, pour en faire une revue critique, en analysant leurs différents aspects, en particulier leur adéquation possible à l'histoire et à l'environnement du Couserans ariégeois.

Comme le contexte historique local est incontournable pour comprendre les processus de dénomination des gens et des villages, j'ai utilisé dans les pages qui suivent, les nombreuses informations qui m'ont été communiquées par Jérôme Ramond, philosophe et historien spécialiste du Couserans, ou extraites de son blog (www.aramond.fr) et de son ouvrage: Un pays des Pyrénées Centrales, le Castillonnais (2009). Ce livre, richement documenté, est capital pour connaître l'histoire de cette région montagneuse où les populations anciennes ont fixé les racines du patronyme, il y a sans doute plusieurs milliers d'années.


1) Répartition du nom de famille Galey 

Ce patronyme est assez peu répandu en France (au 11.125ème rang des noms portés). Selon un pointage effectué fin 2011, il existe approximativement 258 foyers à l'état civil pour 903 personnes estimées, mais le patronyme est concentré en région Parisienne (environ 42 foyers), en Gironde (environ 21 foyers) et dans la région Midi-Pyrénées, en particulier dans la Haute-Garonne (environ 62 foyers) et le département de l'Ariège (63 foyers environ, où le patronyme passe au 81ème rang des noms portés). Les autres foyers se répartissent de façon inégale avec une localisation préférentielle dans les départements du Midi.

Le département de l'Ariège présente une caractéristique unique, qui est la présence quasi exclusive des foyers sur un territoire limité d'une soixantaine de kilomètres de diamètre, à l'ouest du département. Cette petite région des Pyrénées Centrales, le Couserans, qui comprend environ 30.000 habitants, forme la province la plus orientale de la Gascogne. Au centre, se trouve Saint Girons (7000 habitants), l'une des villes les plus peuplées de l'Ariège.

J'ai pris la région Parisienne au sens large, en considérant les départements qui entourent la capitale pour une surface comparable à celle des autres départements observés. Donc, la densité de la population extrêmement élevée dans cette zone pourrait, à elle seule, expliquer le nombre relativement important de Galey qui s'y trouvent. Je n'ai pas fait de recherches sur l'origine généalogique de ces personnes, ce qui constitue un travail distinct de mon objectif. Mais puisque plusieurs d'entre elles sont des parents proches ou éloignés, j’ai pu en déduire qu'une partie importante est originaire du Couserans, si on remonte à plusieurs générations.

Pour les autres départements à forte concentration du patronyme, la densité de la population n'est pas un élément explicatif puisque la Gironde et la Haute-Garonne ont une densité comparable à celle des Pyrénées-Atlantiques par exemple -où l'on trouve peu de foyers Galey, certains relevant de ma famille paternelle-, et que l'Ariège, qui en contient le plus grand nombre, est un département à faible densité de population. Ainsi, de façon classique pour des raisons essentiellement professionnelles, on peut considérer que les deux principales agglomérations du Sud Ouest, Toulouse et Bordeaux, ont joué un rôle d'attracteur à partir du berceau du patronyme situé dans le Couserans ariègeois.

En résumé, il existe un gradient à mesure que l'on s'éloigne du Couserans, en passant par la Haute-Garonne, la Gironde et la région Parisienne, c'est-à-dire une décroissance du nombre de foyers Galey par rapport à la population globale de ces régions. Ce gradient n'est vraisemblablement pas dû au hasard.

Cette analyse est conforme aux statistiques sur le nombre de naissances éditées par le site: www.geopatronyme.com, d'après les données de l'INSEE. Si on prend par exemple la période 1891-1915 (162 Galey nouveau-nés), on retrouve le même gradient de répartition des naissances mais avec un net avantage à l'Ariège (68), et cette fois les départements limitrophes sont tous concernés, ce qui pourrait traduire une période « d'exode » encore indifférenciée à partir du berceau du patronyme. Cette dynamique est confirmée par les naissances qui surviennent dans la dernière période analysée, 1966-1990. Au cours de ce délai, la Haute-Garonne passe en tête (47), suivie par la Gironde (27) à égalité avec la région Parisienne, enfin l'Ariège qui comprend le taux de naissances le plus faible (22), passe en dernière position.

On peut donc s'attendre à ce que l'Ariège (ou plutôt le Couserans), perde rapidement la place de tête des départements où le nombre de foyers se trouve en plus grand nombre. Dans ce décompte, il faut bien sûr garder à l'esprit la densité inégale de la population dans ces différentes zones (le Couserans est une zone à très faible densité de population où la concentration importante du patronyme est établie encore pour longtemps).

Une recherche sommaire sur les variantes orthographiques du patronyme (Galley, Gallet, …) montre une répartition géographique très différente des naissances, avec des concentrations localisées dans le Nord et l'Est de la France. Ces différentes graphies sont parfois présentées comme une simple variation régionale d'un même nom. En réalité, il n'y a aucun lien entre ces variantes homophones et le patronyme Galey du Couserans. Pour Gallet par exemple, qui reste également difficile à interpréter, on propose le plus souvent une filiation à partir du vieux français galer (1223) « s'amuser », lui même découlant d'un terme celtique gal « joyeux compagnon » assez hypothétique. L'interprétation la mieux argumentée est différente pour le nom Galey que l'on rencontre en forte concentration sur un territoire limité des Pyrénées Centrales.

Il faut également signaler la présence d'un patronyme Galey à l'étranger dans quelques pays occidentaux de la zone linguistique anglo-saxonne, en faible quantité malgré tout, sauf en Grande-Bretagne (113 foyers estimés) et surtout aux Etats-Unis (715 foyers estimés) qui en contient le plus grand nombre au monde.

En première approche, on pourrait expliquer la présence des familles Galey aux USA comme le résultat d'un phénomène migratoire partant du Couserans. Cette émigration vers le nouveau monde pourrait être liée, par exemple, aux mauvaises récoltes qui ont provoqué une misère importante dans les vallées du Couserans au milieu du XIXème siècle. C'est en effet dans cette période que s'amorce un phénomène d'exode rural qui va entrainer une baisse irréversible de la démographie dans les villages.

Une émigration de Galey français vers les Etats-Unis a bien existé par le passé, mais elle paraît nettement insuffisante pour expliquer les nombreux Galey des USA. En réalité, ils proviennent en majeure partie d'une immigration irlandaise massive, survenue également à partir du milieu du XIXème siècle dans un contexte de famine dramatique qui a touché l'Europe du nord, provoquée par le mildiou de la pomme de terre. Ces immigrés viennent aussi de la Grande-Bretagne qui a fournit le contingent de Galey américains le plus important après l'Irlande (voir le site: www.ancestry.com).

Je reviendrai sur le patronyme irlandais pour examiner s'il existe une origine étymologique commune avec celui du Couserans. En effet, en vieil irlandais (VIème-Xème siècle), gall signifie « pierre, rocher » ou « pierre, pilier de pierre », et récemment, un auteur effectue un rapprochement de notre nom Galey avec l'ancien français gal « caillou » (donnant ultérieurement le nom commun galet), dérivant du celte gaulois *galo, *gallos ou *calos « pierre ».

Par contre, la signification du patronyme Galey britannique (variante de Galley, Galilée...), apparu au moyen-âge dans le Nord de l'Angleterre n'a aucun lien avec le nôtre. Elle est surtout associée à des objets ou des installations liées à la navigation (barque, rampe de mise à l'eau...). A priori, il pourrait donc être construit sur la racine hydronymique d'origine pré-indo-européenne *gal, mais aucune étude ne va dans ce sens.


2) Un patronyme issu d'un village de montagne 

A l'intérieur du Couserans, il existe une concentration remarquable de familles Galey dans le bourg de Moulis (20 environ). D'après les recherches effectuées par Jean-Claude Galey (né à Pessac en Gironde, famille originaire de Moulis-Cap de Sour, en Ariège), qui a élaboré les arbres généalogiques de plusieurs familles, les Galey de Moulis disent n'avoir que très peu de parenté.

Ainsi, la dispersion assez focalisée du patronyme dans les grandes métropoles extérieures à l'Ariège, la présence d'un « îlot » de familles Galey à Moulis, et plus généralement leur présence en Ariège restreinte au Couserans, permet d'écarter à priori un nom générique (métier, origine ethnique (c.à.d. groupe social au sens culturel et linguistique), particularité physique, trait de caractère, etc.…).

Moulis compte actuellement 800 habitants environ (il en comptait trois fois plus au début du XIXème siècle). A 15 kilomètres se trouve le village de Galey (700 habitants vers 1830, 110 habitants en 2012). Ce village de la vallée de la Bellongue (Haute Bellongue) présente un profil topographique assez particulier. Il est installé à 830 mètres d'altitude, face au sud, sur un replat de la montagne formant un promontoire. En raison de cette situation avantageuse, il est surnommé « village balcon sur les Pyrénées».

Comme le patronyme présente une concentration remarquable dans le Couserans, en particulier à Moulis à proximité du village de Galey, il est vraisemblable qu’il trouve son origine dans le nom de ce village.

A une autre échelle que les grandes métropoles régionales, Moulis, bourgade située sur la route de la sous préfecture de Saint Girons (5 km) -et donc celle de Saint Lizier, la capitale historique du Couserans qui est attenante- aurait probablement joué aussi un rôle attractif pour les habitants de Galey à certaines périodes de l'histoire du village. Ce patronyme serait initialement un toponyme, comme les nombreux noms de famille du Couserans à caractère endémique, identiques aux noms de villages et de hameaux de cette région (voir Jérôme Ramond, 2009). Localement, le toponyme et le patronyme se prononcent de la même façon, en accentuant le –y terminal (comme dans la dernière syllabe de « soleil »).

La graphie du nom du village se révèle instable au cours des siècles, on relève ainsi: Galaer, 1177; Galauer, 1178; Galay, 1315; Galiero, 1346; Gale, 1435; Galaverio, 1526; Galae, 1569. Sur la carte de Cassini de 1750, apparaît le nom du village avec son orthographe actuelle.

On constate que la première partie du nom (Gal- ou Gala- éventuellement) n'a pas varié au cours du temps. Elle constitue la racine du toponyme ou étymon. Cette stabilité, rare pour un toponyme, est la garantie d'une forme archaïque. La deuxième partie reflète probablement un aspect de l'évolution de la langue gasconne au cours des siècles.

La meilleure façon de comprendre l'étymologie du nom du village et donc celle du patronyme est de considérer d'abord les noms Galaer ou Galauer, les plus proches de la date de fondation du village. La stabilité du radical Gal- permet également d'envisager que le nom d'origine, si le village a été fondé avant les premiers documents qui le mentionnent, soit construit sur la même racine.

Il existe une source d'information précieuse pour comprendre la vie sociale et la formation des patronymes dans le Couserans médiéval: le cartulaire du temple de Montsaunés, cahier en parchemin dans lequel sont consignés les biens acquis par les Templiers dans le comté de Comminges (incluant le Couserans) vers le début du XIIème siècle. Ce document a été étudié par Charles Higounet (Comité des Travaux Historiques et Scientifiques, Année 1955-1956). Des extraits de ces travaux sont mis en ligne sur le site: Les Templiers et les Croisades (templiers.net). Le texte des différents chapitres est en gascon médiéval, précédé conformément à la tradition, d'une courte introduction en latin parlé de l'époque.

Le village de Galey apparaît lors d'une opération foncière effectuée par les Templiers, qui concerne « le casal de Sent Quinti de Galaer » (Saint Quentin de Galey). Le casal peut être considéré comme une exploitation agricole familiale plus ou moins auto-suffisante. A l’origine des villages casaliers, chaque casal forme un quartier ; l’église est rejetée à l’extérieure du village, en position dominante. Dans le document, les dénominations de personnes les plus fréquentes sont formées avec un nom et un surnom: sobriquet, ou nom de lieu ou de terroir. Ce dernier type de surnoms, géographique, occupe 40% environ de l'ensemble. Dans la période étudiée, beaucoup portent le nom des lieux mêmes où ils habitent. En outre, les noms ne font pas apparaître de déplacements importants de la population.

En complément, voici des informations contenues dans les actes notariés de la Haute Bellongue, extraites de l'ouvrage de Jérôme Ramond (2009). Parmi les habitants de Galey, certains portent le nom du village. Ce sont des propriétaires ruraux plus ou moins importants, considérés comme seigneurs villageois, qu'il faut distinguer des seigneurs féodaux (et inféodés). Ils apparaissent en tant que témoins sur les actes officiels:

En 1178, est mentionné: Sanz Fort de Galauer et W. Aroger de Galauer

En 1180 : Bosom de Galaer

En 1255, il existe à Galey une famille Galauer -Per (pierre) de Galauer et Bonsom Aroi (Roger) de Galauer-, qui avec le curé de la chapelle Saint Quentin, servent de témoin lors d'une vente de terre à Galey

En 1276, un acte mentionne le nom: Petrus Fort de Galaer

En 1435, il n'y a plus un seul de Galaer ou de Galauer à Galey. Aucun habitant ne porte l'un des différents noms successifs du village. Certains portent des géopatronymes qui indiquent leur origine extérieure. Exemple: Pey (pierre) de Sent Lari (Saint Lary; commune qui marque l'entrée ouest de la vallée de la Bellongue, à la limite avec la Haute Garonne et à 2km de Galey).

Pour situer l'importance du village, en 1590 Galey comprend 20 maisons pour 100 habitants environ. En 1793, il comprend 520 habitants.

Plusieurs remarques s'imposent d'après ces textes:

- Les deux premières graphies recensées sont incorporées dans les patronymes qui coexistent ainsi pendant plusieurs décennies (plus d'un siècle probablement) à l'intérieur même du village.

- Dans le Couserans au cours de cette période, il n'y a apparemment pas de patronymes proches de Galaer ou de Galauer qui auraient permis de déceler une graphie plus ancienne du village, probablement en raison de l'adoption récente de ces patronymes.

- Entre le XIIème et le XVème siècle, au moment où les personnes ont besoin d'un surnom pour être identifiées, les noms de lieux d'origine (villages, hameaux,..) deviennent des patronymes pour une partie importante de la population. A Galey, comme dans la majeure partie des cas dans le Couserans, la particule « de » associée au nom du village est appelée à disparaître à partir des XVème et XVIème siècles. Il s'agit dans ce cas d'un attribut essentiellement localisant, non apparenté à la particule de l'ancien régime (voir ci-dessous). Ces évolutions dans la formation des patronymes corrèlent avec une période importante de croissance démographique et d'expansion agropastorale dans le Couserans.

Plus tardivement, Galey devient le nom de terre d'une petite seigneurie. A cet égard, on trouve aux archives municipales de Toulouse (mis en ligne par Claudie Dussert, Entraide Généalogique du Midi Toulousain) dans une liste de personnes décédées, nées à l'extérieur de la ville, un document édifiant:

- Motte Paul, 36 ans, décédé à Toulouse en 1790, porteur de chaise de Madame de Galey, diocèse du Couzerans.

Comme partout en France, les patronymes vont ainsi se former à partir de surnoms ou de sobriquets qui deviennent ensuite héréditaires. Dans cette phase de transition, les patronymes ne désignent pas encore des familles particulières mais des groupes sociaux, par exemple des personnes sans liens familiaux, mais à qui on donne le nom du même lieu d’origine. Ce processus de désignation des individus, qui concerne un pourcentage important de la population dans le Couserans, permet d'expliquer pourquoi les familles qui portent le même géopatronyme ne se reconnaissent pas de lien de parenté, comme certaines familles Galey de Moulis par exemple. C'est également pour ces raisons que sur les relevés BMS du village de Galey de 1671 à 1791, il n'y a pas un baptême, pas un mariage, pas une sépulture de famille Galey aux églises St Pierre et St Quentin (recherche effectuée par Jane Cluzon, Entraide Généalogique du Midi Toulousain).

On peut également envisager que la dernière graphie du village ait pu servir de référence pour répondre à la nécessité finale de normaliser l'orthographe des patronymes. On trouve ainsi dans le Couserans de nombreuses familles qui portent le nom d'un village (maison-souche) avec son orthographe actuelle (Antras, Bordes, Castillon, Loutrein, Aucazein, Illartein, Orgibet, Sentein...).


3) Incidence des invasions ethniques sur la toponymie pyrénéenne régionale 

La vallée de la Bellongue mesure environ quatorze kilomètres. Elle aboutit vers l'est à Castillon en Couserans, chef lieu de canton situé au carrefour de quatre vallées (Bellongue, Bethmale, Biros, Balaguères, « les 4B »). A 12km encore à l'est de Castillon se trouve l'agglomération Saint Girons-Saint Lizier, la « capitale du Pays Couserans ». La Bellongue est orientée selon une direction est-ouest, disposition peu courante pour une vallée pyrénéenne. Cette orientation climatique idéale a favorisé l'implantation humaine, comme en témoigne le nombre de villages plus important que dans les autres vallées du Castillonnais. On a également retrouvé des traces de l'homme préhistorique aux deux entrées de la Bellongue.

Le Couserans comme toutes les régions de France, a été traversé ou occupé par des vagues successives de groupes nomades et de conquérants, qui ont parfois laissé des traces que l'on retrouve dans l'appellation des lieux. La toponymie décrit ainsi différentes strates linguistiques qui traduisent, conformément aux données archéologiques et historiques, l'occupation d'un même territoire au cours des derniers millénaires par des populations distinctes d'un point de vue ethnique.

A -La strate aquitanienne ou pré-indo-européenne 

On peut admettre que c’est la langue parlée de part et d'autre des Pyrénées depuis la période néolithique (à partir du VIème millénaire avant notre ère environ), qui a formée la strate toponymique la plus ancienne, aquitanienne ou proto-basque. La langue basque ou euskara constitue en effet le seul descendant véritable de cette couche linguistique, que l'on nomme également pré-indo-européenne en référence à l'arrivée des Celtes en Gaule. Il est important de souligner que les peuples aquitains sont les ancêtres communs des Basques et des Gascons. Ainsi, de nombreux toponymes de la Gascogne et bien sûr du Pays Basque contiennent des éléments de la strate aquitanienne. C’est pourquoi on trouve des toponymes proto-basques ou bascoïdes assez reconnaissables en dehors du Pays Basque actuel. Dans le Couserans, par exemple, Alzen et Nescus dans le Séronais, à l’est de Saint Girons.

Dans un article disponible en ligne, Charles Videgain (2003) cite des comparaisons génétiques qui permettraient de repousser la date d'arrivée des ancêtres des Basques sur leur territoire, à une date comprise entre 35 000 à 40 000 ans avant notre ère. Selon Jean-Pierre Mohen (1980), c'est seulement à partir de la fin du VIème siècle de cette période que l'on peut parler d'une unité culturelle en Aquitaine.

La presque totalité des noms de nos montagnes (oronymes) et une très grande partie des noms de cours d'eau (hydronymes) actuels appartiennent au fonds pré-indo-européen (cf. Dictionnaire étymologique des Noms de Rivières et de Montagnes en France, A. Dauzat, G. Deslandes, Ch. Rostaing, 1978).

B -La strate indo-européenne 

La strate toponymique indo-européenne résulte essentiellement de la migration de populations celtiques en provenance de l’Est vers les régions atlantiques, pour s’y établir de façon définitive, en particulier sur la majeure partie du territoire de la France actuelle. Les dates d'arrivée des premiers Celtes (que l'on appellera Gaulois beaucoup plus tard, vers la fin du moyen-âge), se situent entre 2000 et 1500 ans avant notre ère. Pour Christian J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux (2001), les Celtes arrivent déjà par vagues successives sur un territoire en grande partie dépeuplé à partir du deuxième millénaire. Au Vème siècle avant notre ère, ils sont installés depuis longtemps en Europe occidentale. Il faut préciser que dans les Pyrénées, leur influence culturelle se fait sentir seulement à partir de cette date (Jean Pierre Mohen, 1980). Dans cette région, c'est donc aux alentours du Vème siècle que devrait se situer le début de la strate toponymique celtique.

L'empreinte des Celtes sur la toponymie est plus importante à l'est des Pyrénées. Dans la partie occidentale de la chaine, à partir du département actuel des Hautes-Pyrénées, l'existence de toponymes révélateurs d'une implantation celtique avant l'occupation romaine est controversée (Michel Grosclaude et Jean François Le Nail, 2000).

L'une des grandes tribus celtes, les Volques Tectosages, littéralement: les faucons/ceux qui cherchent un toit (deux tribus à l'origine), établissent leur capitale à Toulouse au IIIème siècle avant notre ère. Une partie s'installe sur les hauteurs de la vallée de la Garonne de telle sorte que toute la région actuelle Midi-Pyrénées passe sous leur contrôle politique. Ils appartiennent au peuple des Galates réputé pour ses qualités guerrières. Ce sont également de grands voyageurs qui ont participé à « la grande expédition » en Asie mineure en -280, à l'origine de la fondation de la Galatie dans l'actuelle Turquie. Leurs déplacements vers le Sud de la Gaule seraient liés en partie aux offres de mercenariat de la part des Carthaginois, des Grecs et des Romains.

Quoiqu'il en soit, la toponymie gasconne révèle des traces de présence celtique. Dans le département de l'Ariège, on peut citer par exemple: Durban dans le Séronais (entre Saint Girons et Foix), Verdun et Saverdun dans la haute vallée de l'Ariège. Egalement Lugdunum Convenarum (Saint Bertrand de Comminges) en Haute Garonne, et Salardù dans le Val d'Aran, qui sont des toponymes clairement celtiques.

La cité de Saint Lizier, située sur les hauteurs qui dominent Saint Girons, devenue capitale des Consoranni pendant l’Empire puis fortifiée au Vème siècle, aurait été construite à l’emplacement d’un ancien oppidum gaulois, au pied duquel s’était établie une ville romaine. Le premier nom connu de Saint Lizier, attesté au IIIème siècle, est Calagorris, composé pré-indo-européen formé de *cala, « endroit protégé », et de *gurri, que l’on retrouve dans le basque gorri « rouge » (voir Pierre Henri Billy, 2011).

Il faut préciser que pendant les âges du bronze et du fer qui correspondent à l'expansion celtique, l’implantation humaine dans les quatre vallées du Castillonnais se limite aux terres cultivables avec les moyens agraires de l'époque. C'est ainsi que de nombreuses zones qui contiennent des terres argileuses lourdes, comme par exemple la vallée de la Bellongue, sont délaissées au profit des quelques endroits ou les terres sont moins riches mais plus légères. Il faut attendre l'arrivée des Romains et la diffusion de leurs techniques, à partir du IIème siècle avant notre ère, pour que l'agriculture se généralise dans les quatre vallées du Castillonnais. C'est sans doute l'une des raisons pour lesquelles les indices révélateurs d'une influence culturelle celtique sont très rares localement (découverte d’une fibule datant de la période -50 +50 à Balaguères. Sondages Philippe Rouch, Sandrine Gouazé, Jérôme Ramond en 2008).

Il semblerait qu’à cette époque, les déplacements des Gaulois dans cette région des Pyrénées se produisaient préférentiellement le long de la vallée de la Garonne. De plus, l'orientation est-ouest de la Bellongue ne se prête pas aux migrations transfrontalières qui s'effectuaient généralement selon un axe nord-sud, en franchissant plusieurs cols pyrénéens.

Contrairement aux Romains, l'installation des Celtes en Gaule a constitué une immigration de peuplement. La population gauloise, au moment de l'arrivée des Romains, a fait l'objet d'estimations très contrastées. Les spécialistes indiquent le chiffre de 10 millions environ, mais les recherches archéologiques actuelles qui révèlent un maillage dense de leur territoire, permettraient d'avancer un chiffre plus élevé. Il faut également rappeler que la France est le pays d’Europe qui compte le plus grand nombre de toponymes formés avec des éléments celtiques. Au moment où débute la conquête romaine, la Gaule est un pays prospère. Elle est devenue le lieu d'un commerce à grande échelle et les villes sont en plein développement. Bien que minoritaires, les Celtes se sont bien intégrés en Aquitaine, sauf sur les territoires qui correspondent au Pays Basque actuel et dans les Landes qu'ils évitaient. L'expansion celtique en Aquitaine et dans la péninsule Ibérique serait liée à l'artisanat d'art et à leur savoir faire dans le travail des métaux.

C -La strate latine 

Son influence déterminante résulte de la conquête de la Gaule par Jules César qui s'achève par la bataille d'Alésia (-52). A cette date, la région à proximité des Pyrénées Centrales est déjà occupée par les Romains, mais depuis peu et à des degrés variables selon le caractère plus ou moins reculé des zones. Ainsi dans les années 70 avant notre ère, Pompée déplace la population des Convenae à l'emplacement de la future Saint Bertrand de Comminges (Lugdunum Convenarum) en Haute Garonne. Ils sont alors probablement inclus administrativement dans la Narbonnaise, province intégrée à l'empire romain depuis -121. Dans le Couserans voisin, les traces concrètes de l'occupation romaine apparaissent plus tardivement (découverte à Saint Girons d'un cippe romain en marbre blanc du Ier siècle, portant une inscription funéraire).

En observateur attentif des territoires conquis, César relève plusieurs différences entre les Celtes et les peuples qui se trouvent dans le triangle formé par la Garonne, l'Océan Atlantique et les Pyrénées. Ces peuples sont alors dénommés Aquitains par César qui les rapproche davantage des Ibères que des Celtes. Il utilise donc le tracé de la Garonne pour définir les Aquitains qui se trouvent ainsi localisés à l'ouest du fleuve, sauf qu'à l'est se trouvent les Consoranni, un peuple authentiquement aquitain qui a donné son nom au Couserans. Les peuples aquitains étaient déjà présents bien avant l'arrivée des Celtes et ils occupaient un territoire probablement beaucoup plus étendu que l'Aquitaine délimitée par César.

La strate latine se caractérise par de nombreux noms de lieux (40%) formés en majorité entre le IIème et le IVème siècle, pendant l'occupation romaine. Ils sont identifiés aujourd'hui dans l'aire gasconne par leur terminaison en -ac ou -an, qui signifie généralement « propriété de: », presque toujours utilisé avec un nom de personne (Aquitain, Celte ou Romain) comme racine. Dans le Castillonnais, on trouve plusieurs noms de lieux-dits formés de cette façon, ainsi que deux noms de villages: Buzan près de Galey et Bonac-Irazein dans la vallée de Biros, mais les vestiges archéologiques découverts sur ces deux communes appartiennent à une période plus ancienne (Jean Marie Escude-Quillet et Catherine Maissant, 1996). En fait, le système latin ou proto roman de dénomination des localités, aurait continué jusqu'aux environs du VIIème siècle, relayé par un mode de formation roman ou gascon.

D'après les travaux de Robert Sablayrolles de l'Université Toulouse-le- Mirail (Robert Sablayrolles et Marie Laure Maraval, 2011), pendant la période romaine, dans l'entité formée par le Couserans-Comminges, les inscriptions antiques gravées dans le marbre contiennent un quart de patronymes aquitains, un quart celtes et la moitié romains ou italiens, mais ces vestiges archéologiques sont surtout regroupés dans les villes et aux abords. Dans le Couserans, les 26 inscriptions antiques répertoriées sont concentrées dans un rayon de 15 kilomètres autour de l'agglomération Saint Lizier -Saint Girons. La romanisation du territoire des Consoranni est donc acquise, mais seulement en partie et le particularisme local, au moins religieux, parait subsister.

Ainsi, à la limite de ce périmètre, un autel votif antérieur au IVème siècle et dédié au dieu aquitain Arsilunn, a été découvert par Robert Sablayrolles à Argein, dans la Bellongue, à 2km de Castillon. Mais la nature du texte gravé montre que cette divinité locale est honorée selon une forme romaine, vraisemblablement par souci d'intégration aux élites. On trouve des exemples comparables, toujours à l'intérieur du périmètre, en d'autres endroits du Castillonnais. Par contre, aucun vestige antique de ce type n'a été découvert dans la Haute Bellongue, à Galey en particulier.

D'après les travaux de l'université Toulouse-le-Mirail, il faut imaginer l'Aquitaine antique comme un lieu de métissage ponctuel entre:

- des Celtes et des Latins qui apportent une culture et un mode de fonctionnement différents, et

- des Aquitains intégrés, plutôt localisés dans les plaines ou près des centres urbains. Les autres, qui constituent une fraction importante, se tiennent plus à l'écart, conservant leur langue et leurs traditions.

Les spécialistes estiment que la langue aquitaine ou proto-basque survit ainsi longuement dans les hautes vallées pyrénéennes, surtout évidemment à l'extrémité occidentale de la chaine. Un raisonnement analogue peut être tenu pour l’évolution de la culture celtique soumise à la domination romaine, puisque selon Guyonvarc'h et Le Roux (2001), les Celtes auraient maintenu l'usage de leur langue jusqu'au VIème-VIIème siècle, à des degrés variables selon les endroits et le milieu social. Dans certaines zones, les différentes langues auraient ainsi cohabité pendant plusieurs siècles. Après la conquête, faute d'effectifs suffisants, la domination romaine sur les cultures locales serait donc restée inégale et superficielle.

D -La strate germanique

La strate germanique va s'instaurer dans une Gaule ruinée par les invasions qui ont déferlé sur l'Europe au début du Vème siècle, à la faveur de la décadence de l'Empire romain d'Occident. Les conquêtes germaniques ont laissé des traces nombreuses dans la toponymie, mais surtout dans le Nord et l'Est de la France.

Le Sud de la Gaule est conquis par les Wisigoths. Les Romains sont alors contraints de leur accorder un statut de peuple fédéré (foedus de 418), qui les autorise à s'installer en Novempopulanie (pays des neuf peuples aquitains, dont les Consoranni), et en Aquitaine seconde avec des avantages fonciers conséquents dans le Bordelais, les Charentes et le Poitou. En contrepartie, ils reçoivent la mission de protéger l'Empire des menaces qui pèsent sur les frontières du Nord. Le royaume wisigoth centré sur Toulouse contrôle alors un territoire qui déborde largement l'Aquitaine actuelle. Ils amènent avec eux une civilisation prestigieuse, sans doute à l'origine d'une mode des germanismes qui va s'amplifier.

Ainsi, des anthroponymes germaniques à l'origine de prénoms actuels comme Thierry, Louis, Bernard, Guillaume, Charles, Raymond, etc.… diffusent dans toute l'Europe, et pour cette raison il n'est pas évident qu'un toponyme rattaché à un nom de personne germanique témoigne véritablement d'une fondation par un peuplement germanique. De plus, les Wisigoths restent peu de temps en Aquitaine. Ils sont battus par Clovis à la bataille de Vouillé en 507. Ils se réfugient alors dans le Sud Est de la Gaule, d'où ils sont finalement repoussés vers l'Espagne. En définitive, la strate résultant d'un peuplement germanique est peu présente dans les Pyrénées.

E -La strate gasconne 

C'est dans ce Vème siècle dévasté, préfigurant les conflits incessants de la deuxième partie du premier millénaire, qu'émerge une opposition gasconne suffisamment organisée militairement pour repousser d'abord les Wisigoths en 406, puis les contenir, ainsi que les Francs par la suite, dans la région de Toulouse. Pendant ces conflits, les populations se replient dans les montagnes pour échapper aux pillages et aux massacres.

La fondation du village de Galey se situe probablement dans la deuxième partie du premier millénaire, et sa position en altitude pourrait traduire un souci de protection. Cette période correspond également à la phase d’élaboration de la langue gasconne, qui survient du VIème siècle (apparition du proto-gascon), à 1313 (voir le site Wikipédia).

En raison de la forte romanisation de la région Occitane pendant l'Empire, les toponymes latins sont très nombreux. Puis, une strate romane et gasconne enrichie par de nombreux apports linguistiques extérieurs s'est progressivement substituée à la strate latine. En conséquence, en raison des divers chevauchements entre les modes de dénominations et des langues qui évoluent, il est souvent difficile d'identifier chaque strate et donc de déterminer la période de fondation d'un village sans faire appel à plusieurs sources d'informations.

Il paraît quand même nécessaire de considérer que la strate toponymique gasconne, s'est progressivement constituée à partir du moment où les premiers humains ont habité la région de façon ininterrompue. Elle s'appuie sur un fonds linguistique aquitanien, commun avec les Basques, que l'on distingue en particulier dans la toponymie pyrénéenne. La toponymie des Pyrénées présente ainsi un caractère suffisamment différencié pour former une strate spécifique, aquitano-pyrénéenne. De même, parmi les 3 dialectes gascons actuels, celui des Pyrénées est le plus authentique, c'est-à-dire le moins dénaturé par le français, ce qui témoigne d'une certaine résistance linguistique chez les populations des vallées montagnardes.

Enfin, l'orthographe de certains toponymes suggère qu'ils ont été construits avec l'apport d'éléments linguistiques issus de différentes strates (toponymes hybrides), ce qu'il nous reste à examiner pour le toponyme Galey.


4) Les différentes interprétations du patronyme/toponyme Galey 

A - Des origines celtiques, romaines ou wisigothes ?

Selon les travaux de l’Université Toulouse-le-Mirail, coordonnés par Florence Guillot (2005), la période de fondation des villages casaliers dans le Castillonnais se situe, pendant, ou aux alentours du IXème siècle. Du milieu du XIème jusqu’au XIIème siècle, les villages casaliers se sont agrandis, en particulier dans la vallée de la Bellongue.

Sur la base d’arguments, en particulier linguistiques, en raison de l’appartenance du toponyme Galaer au pur gascon qui s’applique aux prénoms et aux lieux dès le VIème siècle, Jérôme Ramond estime que la fondation du village pourrait avoir eu lieu à partir d’une date plus ancienne, c'est-à-dire entre le VIème et le Xème siècle, par les Vascons post-romains libres.

En dehors de ces dates relativement précises, il existe d’autres arguments qui rendent difficilement envisageable la possibilité d'une fondation plus ancienne, ou que ce soit par les Wisigoths, les Celtes, ou les Romains.

D'abord, le nom du village ne figure pas dans la liste des nombreux toponymes d’origine celtique, formés en France sur une période comprise entre -500 avant notre ère et +500, répertoriés dans l'ouvrage de Xavier Delamarre (2012). Comme je l'ai déjà mentionné, des recherches archéologiques effectuées sur place n'ont pas révélé de vestiges antiques. Ces données semblent également indiquer un lieu d'habitat permanent postérieur à la période gallo-romaine.

Un autre argument indirect vient conforter cette probabilité: le suffixe celto-latin -acum est caractéristique des anciennes zones de peuplement celtique. Il est à l'origine de nombreux noms de villages construits durant l'Antiquité. Il aurait d'abord été utilisé par les Gaulois comme suffixe localisant (-aco « lieu où il y a... ») avec un radical celtique pour former des toponymes descriptifs. Adopté par les Romains, il a ensuite été placé sous la forme -acum après un nom de personne Aquitain, Celte ou Romain avec le sens « propriété de... » pour former des noms de domaines, devenant par la suite hameaux ou villages. Ce suffixe a évolué de différentes manières jusqu'à nos jours.

Le site Wikipédia consacré au suffixe -acum indique sur la carte de France les localités qui possèdent une terminaison dérivée de ce suffixe (qui donne majoritairement -ac dans le Sud Ouest). On constate qu'elles sont abondantes dans l'hexagone (sauf au Pays Basque et dans les Landes). Dans l'Est de la France par exemple, il existe une forte concentration de localités dont le nom se termine par -ey, reconnu dérivant de –acum dans cette région.

Dans le Sud Ouest, il existe plusieurs villages qui possèdent la même terminaison en -ey. Il y en a peu, mais on constate qu'ils forment deux lignes horizontales grossières. Quelques-uns sont situés prés de la Leyre et le long de la Garonne mais rapprochés de Bordeaux. Les autres, plus nombreux, longent le piémont pyrénéen à l'ouest, au niveau des gaves d'Oloron et de Pau, puis les deux derniers -Galey se détachant nettement vers l'est- s'enfoncent au cœur des Pyrénées.

Il serait intéressant de pouvoir interpréter cette répartition, peut être simplement due au hasard, mais qui apparait suffisamment organisée à l'intérieur d'une zone qui correspond de façon évidente à l'aire gasconne, pour susciter une interrogation. Il existe peut être un élément de réponse dans l'analyse étymologique du village de Luxey situé dans le nord des Landes, réalisée par Jean-Jacques Fénié, auteur de plusieurs ouvrages sur la toponymie occitane et gasconne. Il propose que le radical -ey soit une transcription administrative, à la française, du suffixe diminutif gascon -er (on trouve Lucser en 1274). Il est tentant d'envisager la même démarche administrative pour expliquer la transformation finale du suffixe de Galaer (?).

En fin de compte, il est indiqué dans l'article de Wikipédia que les terminaisons en -ey des villages du Sud Ouest ne sont pas issues de -acum (ni bien sûr de -anum ou des autres suffixes latins), ils n'auraient donc pas une origine gallo-romaine.

L'ensemble de ces données suggère que la probabilité d'une fondation d'abord par des Celtes, puis par des Romains ou Gallo-Romains (Gallius, Gallicus, Galatius (le Galate),...) est très faible.

Ce point méritait d’être abordé car le radical Gal- se trouve à l'origine de mots qui recouvrent des concepts fondamentaux lorsqu'on évoque les Celtes (nom qu’ils se donnaient eux-mêmes) de la Gaule. Il faut d'abord rappeler que les termes Gaule et Gaulois apparaissent au Moyen Âge, après la disparition de la civilisation celtique par acculturation, romaine d'abord, chrétienne ensuite. A l'époque antique la Gaule se nomme en réalité Gallia pour les Romains, qui appellent les Celtes de Gaule: Galli. Les Grecs les nomment: Galatai (les Galates). Le celtique *galià « force » (restitué d'après le vieil irlandais gal « fureur guerrière ») pourrait être à l'origine de ces deux ethnonymes homologues (Pierre Yves Lambert, 2003).

La langue gasconne s'est construite en grande partie sur le latin. D'après les dictionnaires gascons, en particulier l'ouvrage de Claude Larronde sur les noms de familles gascons (1997), le patronyme actuel Gal correspond à la Gaule (Gallia) et celui de Gales signifie Gaulois (Gallus ou Gallos, voire Galleis), mais selon l’auteur (communication personnelle), le patronyme Galey n'aurait pas de rapport avec ces termes.

L'ouvrage de toponymie le plus important qui mentionne explicitement le village de Galey, est celui de l'abbé Ernest Nègre (1991), qui a étudié l'origine étymologique des noms des 35 000 communes françaises. Selon l'auteur, le nom d'origine du village, qu’il présente dans les formations non romanes, serait un nom propre germanique « Walahheri ».

Le dictionnaire des noms de lieux en Wallonie et à Bruxelles de Jean Jacques Jespers (2005), traduit ce terme par: walha « étranger, Gaulois » et hari « armée ». Cette composition double, fréquente dans les anthroponymes germaniques, n'a en général aucun sens. On pourrait la traduire littéralement par « armée parlant une langue étrangère, celtique ou romane », ou plus sommairement «contingent mercenaire Gallo-Romain». Cette démarche risque néanmoins d'ouvrir la voie à l’hypothèse, très hasardeuse, d’une confrontation entre Germains et Gaulois à l’emplacement du village, qui serait à l’origine de ce toponyme germanique. Cette interprétation pourrait être étayée par la présence dans certaines zones pyrénéennes de mercenaires Galates employés par les Romains. Mais cette éventualité n’est pas concevable, car le mot walah (singulier walh) qui entre dans la composition de l’anthroponyme Walahheri, n’apparait qu’au VIIIème siècle, bien après la période antique.

D’autre part, puisque les Wisigoths ont occupé au Vème siècle un vaste territoire englobant l’Aquitaine, Walahheri pourrait également laisser supposer une fondation wisigothe, ce qui est tout aussi invraisemblable, au regard du délai notable qui sépare leur présence de la date de formation du toponyme, postérieure au VIIIème siècle d’après ce qui précède. De plus, les rapports conflictuels entre les Gascons et les envahisseurs Wisigoths ou leurs successeurs, ne militent pas en faveur d’une fondation par un peuplement germanique. La première mention d’une armée « Uascones » date de 406. Ils repoussent une première fois les Wisigoths, qui se cantonneront désormais autour de Toulouse, comme le feront par la suite les Francs mérovingiens et carolingiens pour les mêmes raisons. A partir de cette date, du Vème au XIVème siècle, les Gascons sont restés « entre eux » (Jérôme Ramond, 2009)

La proposition de l'abbé Nègre traduit sans doute le fait que, comme partout en Europe, beaucoup d'anthroponymes germaniques ont été adoptés puis transformés par la langue gasconne, y compris dans le Couserans.

Dans son ouvrage, Jérôme Ramond a relevé les anthroponymes de 300 personnes (soient près de 600 noms et prénoms) dans le Castillonnais-Couserans-Comminges pour la période 1165-1278, parmi lesquelles figurent des habitants du village de Galey (il faut préciser qu’à cette époque, il n’existe pas une grande diversité dans les noms de personnes). Aucun individu ne porte un nom -autre que Galaer ou Galauer- qui puisse être éventuellement rattaché à Walahheri ou Galaer. Cette absence peut paraître surprenante dans la mesure où d'autres anthroponymes d'origine germanique paraissent bien implantés dans la région, d'ailleurs sans grande modification (exemple: Arnaldus, Ramundus, Guillelmus, Willelmus...).

L'anthroponyme qui se rapproche le plus de Galaer est Galhard « vigoureux » en gascon. Il apparaît dans les textes en 1260 (en 1244 sous la forme Galhart), et il est très répandu au Moyen Âge dans le Sud de la France. Par contre, sa phonétique est trop éloignée de celle de Galaer ou Galauer, car il se prononce comme Gaillard (1080) qui en est une variante et qui serait également un anthroponyme germanique: de gail « joyeux » et hard « dur » (Jean Tosti). Une interprétation différente est proposée par Georges Dottin (1920). Pour lui, ces patronymes (Galhart devenant Gaillard par la suite) dériveraient du gaulois *gala-, proche de l'irlandais gal « bravoure », à l'origine de l'ethnonyme Galatai utilisé par les Grecs pour nommer les Celtes de Gaule. Dans le même ordre d’interprétation, le Wiktionnaire en ligne établit la filiation de Gaillard à partir de *galia, mot gallo-romain dérivé de la racine celtique -*gal « force » (voir plus haut). Ces deux anthroponymes, Galhart(d) et Gaillard, ne figurent pas non plus dans la liste indiquée ci-dessus. A ce stade, il faut rappeler que le toponyme Galey ne figure pas parmi les toponymes de nature celtique recensés par Xavier Delamarre (2012). Il n’aurait donc pas de racines celtiques, et vraisemblablement aucun rapport avec les deux noms ci-dessus.

L'interprétation de l'Abbé Nègre paraît suivre à rebours, en partant de Galaer, l'évolution linguistique classique qui transforme le w germanique en g, comme on l'observe par exemple dans l'évolution de l'anthroponyme francique Walt qui donne Walter en anglais et Gauthier en français. La question linguistique à résoudre pour Galaer resterait celle de l'évolution du radical Walah- en Gal-, et non pas en Gaul- comme le suggère sa phonétique: >*gwalh/gwahl (voir sur ce point le site Wikipédia sur le terme Walh) ?

Enfin, les analyses toponymiques d'Henri Castillon d'Aspet (1852), reprises par le site: Histariége, ne sont apparemment pas prises en compte par les spécialistes. Il parait donc difficile de retenir son interprétation celtisante du toponyme Galey, qui passe par un hydronyme « eau chaude », basé selon l'auteur sur un radical celtique -ey (qui n'apparait qu'au XVIIIème siècle dans la graphie du village!) signifiant « eau » et sur gal- qui dériverait de calor « chaleur ». Dans cette interprétation, il s'agirait d'un hydronyme mais non aquatique, puisqu'il se rapporte à un village, et non à un cours d'eau.

En définitive, en rapprochant les données qui précédent du contexte local, il n'existe aucun indice fiable pour envisager un peuplement celtique, romain ou germanique, ou la diffusion d'un nom de personne issu de ces populations qui puisse être à l'origine du toponyme Galey.

B -La racine oronymique pré-indo-européenne *gal à l'origine du nom Galey

Certains auteurs reconnaissent cependant l'existence d'une racine hydronymique « gal » pré-indo-européenne et le radical Gal- intervient dans la formation du nom de nombreux cours d'eau. Constantin-Mircea Stéfànescu (1981), cite une longue liste de cours d'eau de l'aire toponymique indo-européenne, dont le nom est constitué avec la même racine, parmi lesquels se trouve un cours d'eau nommé Galey.

Le seul hydronyme repéré dans cette zone est la rivière Galey, dans le comté de Kerry à l'Ouest de l'Irlande. Son nom est effectivement d'origine celtique, mais il signifie la rivière des Gaille (Gàile en gaélique), une tribu qui habitait sur ses berges. Dans ce cas, on observe la transition: Gàile, traduit par Gaille (anglais), donnant finalement Galey: (Galey river). La rivière donne son nom à l'un des villages qu'elle traverse (Galey parish; Gal en langage familier; prononciation: Guél). Cette homonymie parfaite avec le village du Couserans est donc une pure coïncidence. L'existence de ce village pourrait rendre compte, en partie, du patronyme américain d'origine irlandaise évoqué précédemment.

On constate la même évolution graphique du radical Gail-, mais avec une toute autre signification dans Galway, ville sur la côte ouest de l'Irlande. Galway doit son nom à la rivière Gaillimh (en gaélique, Corrib en anglais) qui la traverse, nom qui signifie «rivière caillouteuse ou pierreuse» (stony river).

On trouve la même interprétation que Gaillimh pour l'hydronyme Garonne, basée sur garr- « pierre, rocher » et unn/onna d'origine préceltique, passé en gaulois avec le sens « source », « rivière » selon Jean-Pierre Levet (2002), avec la même signification: « rivière caillouteuse ».

En complément, Pierre Henri Billy (2011) indique que le nom de la Garonne « repose directement sur la variante *garra de la racine pré-indo-européenne *carra « pierre », munie du suffixe hydronymique gaulois -onna ». La graphie originale de Garonne est la forme aquitanienne: Garunna.

En outre, le linguiste Jean-Pierre Levet (2003) souligne une distinction importante (établie par nos ancêtres pour décrire l'environnement, ndr), entre les composantes du réel inanimé (les lieux, les montagnes, les pentes) auxquelles appartient la racine *kal/*gal et les composantes animées (ex. cours d'eau, ndr), traitées en image de flux de mouvement. En accord avec cette distinction, Pierre Henri Billy (2011) fournit une ré-interprétation de l'hydronyme la Galaure, affluent du Rhône, sur la base d'un radical indo-européen exprimant le mouvement, qui aurait par la suite donné Gal- après évolution graphique, ce qui nuance au moins dans ce cas la nature strictement hydronymique de ce radical.

La racine *gal/*gar provient de la base oronymique pré-indo-européenne *kal/*kar « roche », abondamment étudiée et considérée comme un véritable fossile linguistique.

Dans le dictionnaire des noms propres: toponymes et patronymes de France de Jean Coste (2006), il y a un chapitre consacré aux noms qui font référence à l'environnement. Dans la rubrique des noms rattachés à la pierre, on trouve le nom Galey interprété de la façon suivante:

« Gal-ey: nom masculin « caillou » ne survit plus que dans (les noms communs, ndr) galet et dans gau (Artois). Vient de la base pré-indo-européenne kala: pierre, par le biais du gaulois *galo ou *gallos ou *calos de même sens ».

Cette proposition qui s'applique, bien que non explicitement, au village et aux patronymes qui s'y rattachent, parait compatible à première vue avec les données qui précèdent.

Il existe cependant des termes pyrénéens actuels très proches du toponyme Galey avec des significations qui décrivent des situations topographiques analogues à celles du village. Ainsi, dans l'ouvrage: Les Noms de Lieux en France, glossaire des termes dialectaux d'André Pégorier (3ème éd., 2006), on trouve:

Galay n.m. éboulis (Hautes Pyrénées)

(la même graphie apparait en 1315 pour le village)

Galafre: précipice (Gascogne)

De même, une interprétation du nom du village de Galey comparable à ces définitions, c'est-à-dire orientée vers la désignation d'un relief montagneux, est donnée par Robert Maumont (2007) dans un ouvrage consacré à la toponymie du Couserans. Pour l’auteur, le nom de la commune est une forme dérivée du thème prélatin Gal-, très souvent utilisé pour désigner une colline, une montagne.

Pierre-Henri Billy, chercheur au C.N.R.S., spécialisé dans l'étude des toponymes et anthroponymes antiques et médiévaux, auteurs de plusieurs ouvrages, en particulier: Le Dictionnaire des Noms de Lieux de la France (2011), a bien voulu me transmettre les informations décisives suivantes, contenues dans le Französisches Etymologisches Wörterbuch, XXI, 19b, de Walter von Wartburg. On trouve dans cet ouvrage:

Galafre: précipice (Lavedan, Cauterets)

Galefre: idem (Cauterets, Ossau)

Selon son interprétation, le toponyme Galaer serait une forme ancienne de cet appellatif dialectal pyrénéen, et tous seraient issus d'un mot prélatin local: *Galafernum « précipice , ravin ».

La langue gasconne offre la particularité de faire passer le f latin (en toute position dans le mot) à h (ex: la fête donne la hèsta en gascon), et de supprimer les consonnes finales. Cette tendance est bien présente dans le vocabulaire ancien du Couserans, d'après l'ouvrage: le dialecte gascon du Couserans par l'abbé Castet (1895). L'auteur, alors curé d'Uchentein dans la vallée de Biros, note que le gascon supprime la consonne finale ou la syllabe finale des mots. On trouve ainsi une explication simple, donc vraisemblable, de l'évolution qui aurait pu conduire de Galafernum à Galaer.

D’autre part, les vallées du Castillonnais présentent la singularité, relevée systématiquement par les toponymistes, de regrouper plusieurs noms de villages et de hameaux (20) terminés par le suffixe -ein. L'origine de ce suffixe énigmatique est débattue. Certains l'ont d'abord rapproché d'un suffixe -enc d'origine wisigothique. Actuellement, l'interprétation des linguistes s'oriente davantage vers un suffixe pré-celtique régional -ennu relevant de la strate aquitano-pyrénéenne (Gerhard Rohlfs, 1970; voir également Ernest Négre, 1990).

Ce suffixe présumé archaïque se rencontre dans la vallée de la Bellongue (prés du village de Galey, il faut noter la présence de deux hameaux, Orchein et Escarchein, rattachés à la commune). La concentration remarquable de ces toponymes suffixés en -ein dans le Castillonnais, parfois associés à des fondations de la période antique, pourrait constituer l'indice d'une forme de résistance des Aquitains de ce secteur à la latinisation.

Comme les suffixes en -ein ou -chein qui cernent le village de Galey, les toponymes construits avec la base oronymique pré-indo-européenne *gal/*gar présentent un caractère archaïque. Cette racine a été utilisée dans toute l'Europe pour décrire diverses particularités du relief montagneux: sommet ou abris rocheux, pente, lieu de hauteur, versant, côte, habitation de montagne, site rocheux et escarpé... La notion fondamentale commune à ces définitions est celle de la hauteur, qui se dégage également de l'étude des toponymes basques basés sur la variante *gar.

En toponymie, l'interprétation d'une racine doit tenir compte de la configuration des lieux qu'elle désigne. Concrètement, une façon de restituer une perception du site conforme à celle qu'auraient pu avoir nos ancêtres, nécessite d’abord de descendre le chemin qui traverse Orchein. Arrivé en bas du hameau, une large trouée dans la verdure permet d'observer en contre plongée une perspective très pentue du promontoire (face sud) qui forme l'assise du village. Ainsi, la signification la plus archaïque de la racine *gal, cadre bien avec la situation topographique du village de Galey, toponyme que l'on pourrait traduire en langage actuel par « site escarpé, promontoire », ou « village balcon sur les Pyrénées » selon une formulation plus poétique, qui souligne ainsi l'essentiel.

Dans la mesure seulement ou l'interprétation de Jean Coste s'applique au village du Couserans, le rapprochement étroit de Galey avec « caillou » ou « pierre » ne paraît pas très convaincant. Il faut d'abord rappeler que le gaulois *gallos *galo, ou *gallo cité par Jean Coste, est une restitution à partir du vieil irlandais gall « pierre, pilier de pierre ». Georges Dottin (1920), par exemple, cite la racine gauloise *gallo-, à l'origine du vieux français gal donnant ensuite galet, d'après l'irlandais gall « pierre, rocher ». Curieusement, les dictionnaires récents consacrés au celtique continental (Pierre Yves Lambert, 2003; Xavier Delamarre, 2003), pourtant mieux documentés, ne citent pas ces mots.

En outre, l'idée est bien de donner le sens de « caillou » à ces termes probablement d'origine gauloise, mais le mot lui même ne figure pas dans l'interprétation de Dottin, par exemple. L'ancien français gal « caillou » (ca 1200) et son diminutif galet qui le remplace à partir du XIVème siècle, sont des emprunts au dialecte normano-picard et sont surtout attestés dans ces régions au moment où le toponyme Galaer est déjà formé, probablement depuis longtemps. Enfin, la racine du mot caillou lui même, également d'origine normande (cailleu en Picardie, chaillou en vieux français), remonte pour Pierre Yves Lambert au gaulois *caliauo basé sur la racine *calio- qui est une dérivée de la racine pré-indo-européenne *kal- avec le sens de dureté (Xavier Delamarre, 2003), ce qui nous éloigne des différentes formes orthographiées du nom du village et de sa nature même.

Aussi, l'environnement géologique du village ne donne aucun indice pour appuyer le rapprochement de Galey avec le caillou. Le socle de la Bellongue est constitué essentiellement par des dépôts sédimentaires de roches tendres, schisteuses et marneuses. La Bellongue est une vallée très verdoyante et autour de Galey, il n'y a pas d'affleurements rocheux ou de sommets dénudés particuliers, comme on peut les observer dans certaines vallées de haute altitude, qui pourraient justifier un rapprochement avec le caillou.

En conclusion, cette hypothèse n'est pas en mesure de résister à une confrontation avec la situation topographique particulière du village, qui appelle des interprétations mieux adaptées à son contexte.

Pour désigner le caillou le vocabulaire gascon généraliste s’est également appuyé sur la base pré-indo-européenne *kal/*kar, que l'on retrouve aujourd'hui dans calhau pour la même signification. On obtient une origine analogue basée sur la variante *carra de *kar-, pour désigner la pierre ou l'une de ses configurations comme dans: carrau, forme francisée de carraou « chemin empierré ou chemin charretier » qui désigne notamment les ruelles de Galey. Pour désigner le rocher, le vocabulaire gascon utilise les termes carroc ou garroc, de même origine étymologique basée sur *kar, que la racine toponymique gaélique irlandaise carreg- « rocher », qui constitue ainsi une diffusion celtique insulaire plus que probable du substrat pré-indo-européen. En gascon, le terme pour galet est (ar)rebot.

Dans l'ouvrage de l'abbé Castet (1895), on trouve les termes analogues suivants, également issus de *kal/*kar:

- quarric « pierre »

- quier « rocher ».

Il faut d’abord noter la spécificité des termes dialectaux relevés par l'abbé Castet par rapport aux précédents. Ils sont typiquement de nature pré-indo-européenne, en d'autres termes absents d'influences celtiques. Ce point mérite d'être souligné car Gerhard Rohlfs (1970) a montré que 3% du vocabulaire gascon pyrénéen actuel contient des termes d'origine celtique malgré l'éloignement temporel.

La présence de toponymes basques utilisant les variantes de *kal/*kar indique clairement l'origine pré-indo-européenne de cette racine. Dans un article (l'onomastique basque dans le cartulaire de Dax, 2004), le bascologue Jean-Baptiste Orpustan analyse la formation des toponymes médiévaux contenus dans le cartulaire, à la lumière de l'euskara (dans cette période, le diocèse de Dax couvrait pratiquement tout le Pays Basque). Extraits:

« -… carcares... du très ancien oronyme paneuropéen carr- que le basque réalise toujours conformément à son système phonétique en initiale sonore garr- … que l'on trouve dans toute l'Europe, mais particulièrement en Pays Basque où il a donné des toponymes à coup sûr très archaïques (en Basse Navarre et Soule: Garra, Garralda, Garro, Garris, Garraïbi).

-guarais... sur gar- issu apparemment de garr- avec affaiblissement de vibrante (d'où la forme gal-, depuis longtemps tenue pour une variante du même oronyme) qui exprime la hauteur (Garai, Garate, Garamendi) ». Jean Baptiste Orpustan précise ultérieurement le sens de Garai: « situé en haut ». Ce terme basque aurait pour correspondants les radicaux –Gala, Kala, composants de plusieurs toponymes et probablement issus de la base pré-indo-européenne *gal/*kal (Jean-Baptiste Orpustan, 2009).

Dans le même ordre d'idée, Hector Iglésias (1999) établit un rapprochement étymologique entre Garai (anciennement Garay) et le nom de la Galice, province du Nord-Ouest de l'Espagne. La Galice doit son nom aux Callaici, un peuple de la fin de l'âge du bronze (1300-700 avant notre ère), qui habitait les zones montagneuses de la région (Callaici aurait donné le latin Callaecia>Gallaecia> puis Galicia en espagnol). Pour la majorité des auteurs, cet ethnonyme serait de nature pré-indo-européenne (l'empreinte celtique est très peu présente en Galice). Il dériverait de *kalla de même origine, sa signification étant alors « montagnard, habitant des hauteurs, des montagnes ». L’étymologie du mot Galice serait à rapprocher de la toponymie basque et pyrénéenne.

Hector Iglésias cite également l'illustre linguiste Basque espagnol Luis Michelena, pour lequel : « Garai semble correspondre exactement au terme castillan *galai- que l'on trouve dans le mot espagnol galayo: prominencia de roca pelada en medio de un monte ». Cette définition est troublante, car mis à part l'aspect de roche dénudée qu'il est difficile d'envisager à l'emplacement du village de Galey, elle décrit parfaitement sa situation topographique. On trouve également dans les provinces d'Aragon et de Castille plusieurs sommets élevés, dénudés et escarpés, baptisés Galayo. L'étymologie de ces sommets indique des racines oronymiques également pré-indo-européennes.

Il existe ainsi quelques similitudes entre Galey/Galaer et les entités que représentent ces oronymes, auxquels s'attachent une fois de plus les notions de hauteur, d'escarpement, de montagne. Cette constatation pose évidemment le problème du rôle éventuel joué par ces idiomes ibériques ou leurs formes anciennes dans l'étymologie du nom du village. En effet, Gerhard Rohlfs (1970) a mis en évidence un apport important de l'aragonais et du castillan en particulier, dans l'élaboration du gascon pyrénéen. Par contre, l'absence dans le vocabulaire gascon de termes proches de galayo avec un sens comparable de sommet dénudé et escarpé, laisse planer un doute sur une influence de ce type. De même, les différentes graphies du village ne figurent dans aucun des dictionnaires gascons connus depuis le Moyen Âge (Jérôme Ramond, communication personnelle). Quoiqu'il en soit, le sens de la racine du toponyme Galaer et son origine supposée pré-indo-européenne se trouvent confortés par ces données.

Finalement, il est possible de spéculer que l'usage des formes dialectales basées sur ce radical oronymique du vocabulaire aquitano-pyrénéen, ait subsisté dans le Couserans jusqu'à une certaine période, avant de disparaître sous le poids des divers apports qui ont façonné la langue gasconne. Quant aux termes dialectaux pyrénéens apparentés (galay, galafre, galefre), utilisés dans une aire circonscrite située plus à l'ouest, ils auraient peut être survécu grâce au barrage linguistique naturel, formé par les plus hautes vallées de la chaine pyrénéenne.

Les études toponymiques et linguistiques ont montré que les particularités du relief montagneux ont été décrites avant l'arrivée des Indo-Européens. Les Celtes ont emprunté à cette strate des variantes de la base *kal/*kar qu'ils ont ensuite acclimaté. Jean-Pierre Levet (2011) a ainsi constaté une évolution sémantique pour la racine toponymique *pal, qui est une variante de *gal, après adoption par le celtique continental: « du sens de « hauteur, colline », on est passé à celui de « rocher » ». La même évolution du sens peut être envisagée pour la racine oronymique *gal elle même, qui aurait ensuite donnée le gaulois *gallo-, *gallos « pierre ». Ce dernier cas nécessite néanmoins une confirmation puisque les ouvrages récents (Xavier Delamarre (2003); Pierre Yves Lambert, 2003) ne mentionnent pas cette traduction.


5) conclusion 

Il ressort de cette enquête que le toponyme Galey est, selon toute vraisemblance, issu de la base oronymique pré-indo-européenne *gal. Cette racine, passée dans le vocabulaire aquitanien, a été utilisée en Europe pour décrire différents types de reliefs montagneux. D’après la configuration de l’assise du village, elle aurait probablement servi dans ce cas à nommer une saillie de la montagne avec un versant escarpé (promontoire). Ou bien, appliquée au village lui même, elle aurait alors souligné sa position en altitude (à l’abri ?). Cette seconde interprétation permettrait de rapprocher le toponyme du Couserans de la forme basque Garai qui décrit la même situation topographique.

D'autre part, le nom Galaer (ou Galauer) relève initialement d’un vocabulaire gascon pyrénéen ancien (proto-gascon), dans la mesure où le toponyme est contemporain de la naissance du village au cours de la période médiévale. Par suite de l'évolution du dialecte gascon du Couserans, peut être à l'issue d'une ultime francisation, le toponyme Galey devenu au fil des siècles un toponyme hybride, a finalement perdu cette identité d'origine.

L'ensemble de ces remarques permet de considérer que ce toponyme et le patronyme qui en découle, représentent un vestige du dialecte aquitanien ou gascon pyrénéen ancien.

Cauterets, Aout 2012


Sources bibliographiques


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