Etes-vous un libertaire ?

Icaros Igrec, 21 Août 2009
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Si les grands partis politiques vous déçoivent souvent parce que :

  • Les partis de gauche entravent la liberté d'entreprendre; défendent une fiscalité confiscatoire, contre-productive; militent pour la planification et l'interventionnisme économiques; font confiance à l'Etat pour redistribuer massivement les richesses.
  • Les partis de droite soutiennent des idées à caractère autoritaire et sécuritaire; considèrent la répression comme outil préférable contre la criminalité; nous imposent toujours plus de caméras, de prisons, sanctions, ou autres passeports biométriques; sont convaincus qu'il existe des dangers latents contre lesquels l'Etat doit absolument nous protéger; sont conservateurs socialement et défendent trop souvent la pénalisation de la morale.

Si en plus vous partagez les idées suivantes :

  • La liberté individuelle fait partie des valeurs suprêmes à défendre; nous devons rester vigilants aux tentatives naturelles des gouvernants à accroître leurs pouvoirs et prérogatives - la plupart du temps au détriment de nos libertés.
  • Cette liberté doit être économique ET sociale. Il n'est pas du ressort de l'Etat de confisquer le fruit de notre travail; de taxer la production ou l'épargne; de défendre pénalement des consensus d'opinion; de criminaliser la consommation de certaines molécules ou le téléchargement de certains fichiers; de nous dire qui nous pouvons fréquenter, ou ce que nous devons apprendre; de nous surveiller, identifier, filmer, ficher, enregistrer, répertorier. Surtout si c'est pour nous protéger.
  • L’Etat n’a pas à savoir ce que nous disons à notre médecin, famille, avocat, prêtre ou banquier. Ces secrets professionnels sont inaliénables et doivent être protégés par la loi.
  • Un pouvoir politique décentralisé est préférable; la concentration du pouvoir est source de corruption, autorité, répression, nationalisme, racisme. La professionnalisation («carriérisation») de la politique est nuisible aux libertés individuelles. "Le pouvoir corrompt, et le pouvoir absolu corrompt absolument".
  • Une taxation fixe sur la consommation a moins d’impact négatif et est plus juste qu'un impôt variable sur le travail, l'investissement ou l'épargne.
  • La détention préventive devrait être mise en œuvre avec beaucoup plus de parcimonie qu’elle ne l’est aujourd’hui.
  • Un Etat faible et un individu fort sont une combinaison nécessaire à la liberté et la prospérité du plus grand nombre.
  • L'objectif défendu est celui d'une société juste et prospère, aux richesses maximisées et équitablement réparties.
  • La social-démocratie part d'une bonne intention; elle constitue aussi un héritage politique des idées de la Renaissance et des Lumières; malheureusement, les moyens préconisés ne sont pas les bons pour atteindre les objectifs fixés, car la redistribution charitable de richesses est destructrice de richesses - pour tout le monde, et en premier lieu pour qui croit en bénéficier.
  • La politique ne devrait pas être question d'idéologie. L'idéologie est le plus grand ennemi de la politique. L'approche préférable est empirique, pratique, pragmatique.

Si vous vous reconnaissez dans ces idées, bonne nouvelle, vous êtes un libéral "classique", appelé plus récemment un "libertaire".

On utilise le mot "libertaire" pour indiquer ce courant d'idées politiques, car le terme "libéral" est aujourd'hui utilisé pour désigner des choses très différentes. Par exemple :

  • Aux Etats-Unis, les "liberals" sont principalement constitués de Démocrates, à gauche de l'échiquier politique, qui défendent un Etat central pléthorique et tentaculaire, une taxation élevée et un percepteur fédéral omnipuissant (IRS), la redistribution planifiée massive de richesse (Medicare, Medicaid, Social Security, etc.). Cet interventionnisme économique et cette concentration de pouvoirs créent inévitablement une corruption endémique, qui profite principalement aux établis et aux monopoles. Elle décourage la production et l’épargne. Les "liberals" américains sont en revanche libéraux socialement (pro-choice, laïques, contre la peine de mort, etc.).
  • En Europe, les partis dits "libéraux" sont souvent infectés d'idées autoritaires, rigoristes, nationalistes, voire parfois racistes. Les libertés individuelles ne font plus partie de leurs priorités. Ils soutiennent l’Etat fort : militarisation de la police, pénalisation à tour de bras, invention de nouveaux moyens de répression, etc. Bien qu'ils défendent des idées économiques libérales, ils soutiennent encore trop souvent des contraintes régulatoires qui élèvent les barrières d'entrée et appauvrissent la concurrence au profit de multinationales ou de monopoles publiques. Finalement, par ignorance ou par intérêts personnels, ils se satisfont de la planification keynesienne de l’économie.

Le vrai libéralisme, le libéralisme "classique", est celui qui défend le mérite et l'action humaine ("human action") comme moteur de liberté, d'égalité, et de prospérité.

Le libéral classique défend :

  • L’Ecole autrichienne d’économie, qui présente une logique beaucoup plus imparable que les théories douteuses de Keynes.
  • Une politique macro-économique basée sur les principes du libre marché, encourageant la production, l'investissement, le travail et l'épargne - plutôt que l'endettement et la consommation.
  • Une approche monétaire libérale, impliquant une réduction du pouvoir absolu des banquiers centraux, qui agissent comme planificateurs économiques, et provoquent crise après crise. Les taux d'intérêts doivent être libres et refléter la disponibilité de l'épargne, pas les élucubrations de quelques alchimistes.
  • Le libre échange et la libre circulation des personnes, des capitaux et des biens.
  • La neutralité et le non-interventionnisme militaire absolu.
  • L'Etat de droit, minimaliste, au pouvoir partagé et décentralisé.

Pour le libéral classique, le rôle de l’Etat doit se limiter à :

  • Défendre la liberté, l’intégrité physique, et la propriété privée des individus.
  • Proposer un cadre efficace pour appliquer les contrats, trancher les litiges, sanctionner le vol, l’arnaque ou la fraude.
  • Défendre le pays contre les agressions extérieures, en se fondant sur des principes de libre échange, non-interventionnisme, neutralité, pragmatisme, diplomatie, force défensive.
  • Tout en encourageant l’initiative privée, réaliser certains investissements à long terme nécessaires à la liberté. Liberté de déplacement (infrastructure), liberté des chances (éducation), liberté de travailler (santé).

Les libéraux classiques débattent évidemment beaucoup de détails sur ces points, et en particulier de définir quelles rares prérogatives doivent être consenties à l’Etat. Ils sont toutefois d’accord sur certaines choses :

  • Le libéral classique modéré n’est certainement pas anarchiste. Il est démocrate, humaniste, et républicain. L’absence d’Etat est destructeur de liberté, car chacun doit défendre son intégrité physique et sa propriété ; il est synonyme de «loi de la jungle», ou «loi du plus fort», et contradictoire du principe de liberté.
  • Puisque l’Etat doit exister, un prélèvement obligatoire est nécessaire. Il est souvent plus adéquat sur la consommation que sur le travail, l’investissement ou l’épargne.
  • L’impôt doit être prélevé par une autorité locale ; l’administration publique doit être décentralisée et la fiscalité soumise aux vertus de la concurrence (concurrence entre communes, entre cantons/états, entre pays).
  • Lorsqu’une initiative publique est nécessaire, l’Etat peut et doit impliquer l’initiative privée de façon prioritaire, pertinente, et pragmatique.


Si vous êtes toujours convaincus d'être un libéral classique, ou autrement dit libertaire, alors sachez que vous appartenez à un courant politique qui existe depuis l'Antiquité, et qui a toujours apporté une prospérité et une liberté maximisées lorsqu’il a été appliqué. Surtout, il est sous-jacent de la plupart de nos démocraties modernes.

Une très courte liste de quelques exemples de libertaires célèbres :


La question donc se pose : pourquoi ces idées ne sont-elles pas plus communément formulées ensemble, et surtout appliquées ?

Il est vrai que de défendre publiquement aujourd’hui tous ces principes entraîne des caricatures de «capitalistes égoïstes» de gauche et «pacifistes idéologues» de droite.

Il est pourtant un pays dans le monde qui se distingue particulièrement, car il est la démonstration vivante du genre de prospérité que le libéralisme classique apporte. Ce pays, il s’agit de la Suisse. Les principes et les idées présentées précédemment sont communément acceptées et appliquées dans ce pays.

L’explication tient peut-être d’abord à son système de démocratie directe : sollicités plusieurs fois par an pour voter, les Suisses ont développé un grand pragmatisme politique. Puisque les décisions se basent sur le consensus, on fait abstraction des idéologies et on considère ce qui reste : l’efficacité objective de la politique. La structure confédérale du pays, et sa constitution centenaire enracinée dans des principes libéraux classiques, sont également pour beaucoup. La Suisse n’a aucune ressource naturelle et pourtant dégage un excédent commercial important, y compris avec la Chine !

Beaucoup se plaignent quand même qu’en abandonnant l’étalon or en 2000, en taxant le travail, et en participant à l’euphorie générale combinant déficits publics et taux d’intérêts artificiellement bas, la Suisse suit la mauvaise voie tracée par les Américains.

Incontestablement en tous les cas, la majorité des discussions politiques aujourd’hui dans le monde combinent futilité, idéologie et démagogie. Nous avons un consensus «étatiste» en Europe et en Amérique du Nord, où la gauche veut un Etat fort pour administrer l’économie, et la droite un Etat fort pour rayonner dans le monde et gérer notre vie et nos peurs irrationnelles à notre place.

L’Etat faible, garant de liberté et de prospérité, a été oublié des deux côtés.

A ce stade, il est adéquat de proposer une nouvelle définition du «spectre» politique. Un régime politique devrait être considéré de l’extrême gauche à l’extrême droite comme présentant respectivement un Etat omniprésent et un Etat absent.

On compte donc à l’extrême gauche le marxisme, le faschisme, la monarchie absolue et la dictature : dans tous les cas, la présence de l’Etat est totale, et une classe de privilégiés est plus libre que les autres.

A l’extrême droite, c’est l’absence d’Etat, c’est l’anarchisme au sens strict, le «Far-West».

Au milieu, on trouve l’Etat de droit : le pouvoir et les devoirs de l’Etat sont strictement définis par la loi. Le but de la loi est de garantir la liberté et l'égalité de tous.

Selon cette définition, le monde tout entier est en train de se diriger dangereusement vers la gauche. La crise financière qui sévit en est une conséquence, une illustration, et un accélérateur (pour l’instant). C’est de ce thème que le prochain article traitera.

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