Vive la France ?

Chronique de Rik Torfs, professeur à la KU Leuven, dans « Le Soir » du jeudi 11 décembre 2008
Dans Le Point du 4 décembre, certains francophones de Belgique formulent leurs rêves les plus profonds : et si la Wallonie devenait française ? Paul-Henry Gendebien croit le moment venu. Enfin, le rattachisme.

Seulement, où exactement se situe l’article sur la Wallonie dans l’hebdomadaire français ? Dans la rubrique « Monde ». Entre des contributions décrivant le Pakistan comme nouvel atelier du mal ou parlant de la Thaïlande comme pays en ébullition. Du coup, la Wallonie se retrouve loin de la France.

Cette idée est encore renforcée par Daniel Ducarme. Selon lui, l’article 77 de la Constitution française pourrait sauver la Wallonie : La République offre aux territoires d’outre-mer qui manifestent la volonté d’y adhérer des institutions nouvelles fondées sur l’idéal commun de liberté, d’égalité et de fraternité. La Wallonie pourrait bénéficier du même statut que la Polynésie, et devenir ainsi un « territoire d’outre-mer »…

La Thaïlande, la Polynésie, le Pakistan, la Wallonie. Quelle surprise de les trouver ensemble. Décidément, la France s’intéresse à la Wallonie, et l’aime beaucoup… pourvu que celle-ci demeure un pays lointain et exotique.

D’ailleurs, pourquoi se tourner vers la France ? Cela ne sert à rien.

D’abord, il y a les problèmes pratiques. Les Flamands ne lâcheront jamais Bruxelles. L’Europe n’acceptera pas une ville française comme capitale.

Mais il y a aussi des raisons bien plus fondamentales qui s’opposent au rattachisme. La Belgique est un petit pays peu orgueilleux. Personne ne nous déteste. Cela ne vaut pas pour la France, qui se vante de sa culture, riche il est vrai, de manière ininterrompue. Et parfois de manière légèrement dérisoire.

Je me souviens qu’en 1981, quand j’habitais Strasbourg, François Mitterrand et Ronald Reagan se rencontraient pour la première fois en tant que présidents. Le premier entretien ne fut pas un succès. La radio locale parlait d’un dialogue difficile, car Reagan ne maîtrisait pas le français. Contrairement d’ailleurs à François Mitterrand pour qui la langue de Molière n’avait aucun secret.

Si les Wallons demeurent Belges à la fois, ils seront appréciés des étrangers, du Conseil de l’Europe, de la presse internationale. Car ils parlent français et ils se sentent opprimés. Mais à partir du moment où les Wallons rejoindraient la France, les choses changeraient. Plus personne n’aimerait les Wallons. Car il deviendrait clair qu’ils ne parlent pas anglais et qu’ils peuvent être des oppresseurs eux-mêmes.

Donc, chers amis francophones, choisissez le moindre mal. Ne quittez pas les Flamands pour vous perdre en France.

« Vive la France ? Vive la France ! »

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Réponse de Willy Burgeon, Président honoraire du Parlement  wallon, dans « Le Soir » du mardi 16 décembre 2008

Le Professeur Rik Torfs (pourquoi ne se prétend-il plus philosophe ?) a commis un article dans « Le Soir » du jeudi 11 intitulé : « Vive la France ? ».

En une phrase tout est dit : Les Flamands ne lâcheront jamais Bruxelles. Et si les Bruxellois, par référendum, décidaient le rattachement de leur Région à la France ?

L’allusion au statut de la Polynésie ne semble pas péjorative s’il permet de sortir de la grisaille d’ici. Et de débarrasser les francophones des agressions quotidiennes de la Flandre au mépris des Droits fondamentaux, du déni des intérêts économiques et sociaux de la Wallonie et de Bruxelles, de la menace de l’extrême droite avérée ou déguisée qui s’étend en Flandre. Tout cela au nom d’un refoulement collectif séculaire au Nord qui ne semble jamais se guérir.

La possibilité s’offre aux Wallons d’appartenir à un grand pays, à une République, de ne plus perdre leur temps dans des débats d’un autre âge, de faire de la politique au sens large, de prendre l’air du large (de l’Atlantique au moins !).

Ici, on a les philosophes qu’on peut. En rejoignant la France, nous serions au pays des Grands Philosophes !