e) Motion finale

Motion adoptée à l’unanimité à l’issue de la séance plénière des États généraux de Wallonie, le samedi 9 mai 2009, à L iège

Réunis à Liège le samedi 9 mai 2009, les États généraux de Wallonie

- constatent que le système fédéral belge, instauré progressivement et trop tardivement à partir de 1970, n’a pas résolu les grands problèmes économiques, sociaux et culturels énoncés dès 1945 par le Congrès national wallon, mais a par contre permis à la Flandre d’évoluer vers un État-Nation riche et prospère ;

- observent que les intérêts des deux grandes Régions de la Belgique sont de plus en plus divergents, voire opposés, comme le montrent encore clairement les intentions de vote aux prochaines élections régionales et européennes, très différentes en Flandre et en Wallonie ;

- soulignent que cette profonde divergence des opinions publiques flamande et wallonne empêche, depuis les élections législatives de 2007, la formation d’un gouvernement fédéral stable et uni, capable de résoudre les problèmes des gens et de faire face, de façon constructive, à la grave crise économique, sociale et environnementale actuelle ;

- engagent les Wallonnes et les Wallons à prendre conscience de cette situation qui entraîne irrémédiablement – à court ou à moyen terme – la disparition de l’État belge et les appellent à se préparer avec courage et lucidité – et quelles que soient les inévitables difficultés – à prendre résolument en main le destin de la Wallonie ;

- expriment leur solidarité avec les francophones de Bruxelles, Région qui, en aucun cas, ne peut être abandonnée à la Flandre.

« Les États généraux de Wallonie étaient utiles, légitimes et… ouverts à tous » - Carte blanche de Jules Gheude, président du comité organisateur des États généraux de Wallonie, dans « Le Soir » du 13 mai 2009

Il s’en trouvera toujours pour contester la légitimité et la représentativité des États généraux de Wallonie, qui se sont tenus ce 9 mai, à l’Université de Liège.
Certains ont invoqué un prétendu « lobbying rattachiste », alors que les responsables du « Rassemblement Wallonie-France » avaient, dès le départ, demandé à leurs membres de ne pas adhérer à l’initiative.
D’autres, comme les responsables du « Mouvement du Manifeste wallon », ont décidé de bouder l’événement, invoquant l’absence d’invitation formelle.
Lancé le 15 février 2008, le « Manifeste pour la convocation des États généraux de Wallonie » s’adressait, sans ambiguïté, aux forces vives de la Région et de la société civile au travers de ses divers courants politiques et idéologiques. Chacun(e) avait donc la faculté de le signer.
En août 2008, nous avons mis sur pied trois commissions d’études, chargées d’analyser, à charge et à décharge, les options d’avenir possibles pour la Wallonie dans l’hypothèse – de plus en plus réaliste – d’un démantèlement, à court ou moyen terme, de la Belgique. Il s’agissait vraiment du premier exercice du genre.
Présentés à la presse le 15 janvier de cette année, les rapports des trois commissions ont été diffusés auprès des milieux politiques, académiques, judiciaires, patronaux, syndicaux et culturels, ainsi qu’auprès des divers mouvements associatifs.
En ce qui concerne la légitimité de l’initiative, nous n’avons jamais eu l’intention de nous substituer aux décideurs politiques. Nous avons demandé à chaque président de parti de composer une délégation d’élus de sa formation et chaque député wallon a reçu une invitation personnelle à participer aux États généraux.
La matinée du 9 mai a été consacrée aux réunions en commissions. Nous pouvons attester de la qualité et du niveau élevé des discussions, basées sur les analyses fouillées et objectives auxquelles nous avions procédé. C’est en parfaite connaissance de cause que les participants ont pu se prononcer, l’après-midi, en séance plénière, sur les trois options proposées : un État wallon indépendant, un État Wallonie-Bruxelles, la réunion de la Wallonie à la France. On est donc ici à mille lieues de la démarche qui consiste à sonder à brûle-pourpoint les gens sur ces questions institutionnelles aux multiples implications.
Les résultats du vote ont donné 74,4 % en faveur de la réunion à la France, 16,2 % pour un État wallon indépendant et 9,4 % pour un État Wallonie-Bruxelles.
L’intervention du Français Jacques Lenain, haut fonctionnaire s’exprimant comme simple citoyen, a manifestement fait forte impression. L’intéressé envisage, conformément aux dispositions de l’article 72 de la Constitution française, un statut particulier, qui garantirait à la Wallonie un degré d’autonomie équivalent, voire supérieur (avec l’acquisition des compétences dévolues actuellement à la Communauté française), à celui qui est le sien aujourd’hui, ainsi que le maintien de ses institutions régionales. Quant à l’État français, il assumerait les obligations de l’ex-État belge.
Les États généraux se sont clôturés par l’adoption, à l’unanimité, d’une motion, qui a été adressée à l’ensemble des élus wallons, avec copie aux président(e)s de parti. Le texte précise que « le système fédéral belge, instauré progressivement et trop tardivement à partir de 1970, n’a pas résolu les grands problèmes économiques, sociaux et culturels énoncés dès 1945 par le Congrès national wallon, mais a par contre permis à la Flandre d’évoluer vers un État-Nation riche et prospère ».
Il souligne également que « la profonde divergence des opinions publiques flamande et wallonne empêche, depuis les élections législatives de 2007, la formation d’un gouvernement fédéral stable et uni, capable de résoudre les problèmes des gens et de faire face, de façon constructive, à la grave crise économique, sociale et environnementale actuelle ».
Il engage aussi « les Wallonnes et les Wallons à prendre conscience de cette situation qui entraîne irrémédiablement – à court ou à moyen terme – la disparition de l’État belge et les appellent à se préparer avec courage et lucidité – et quelles que soient les inévitables difficultés – à prendre résolument en main le destin de la Wallonie ».
Il exprime enfin « la solidarité avec les francophones de Bruxelles, Région qui, en aucun cas, ne peut être abandonnée à la Flandre ».
Nous déplorons tout particulièrement le nombre insuffisant des jeunes à ces États généraux. Nous avions pourtant tenu à sensibiliser le président de la Fédération des étudiant(e)s francophones, insistant sur le fait que l’avenir de ceux(celles)-ci était ici concerné au premier chef.
Sans doute ne peut-on faire le bonheur des gens contre leur gré. Mais nous estimons, avec cette démarche citoyenne et pluraliste, avoir pris nos responsabilités en cette période de grande incertitude.