1° Un État Wallonie-Bruxelles : le pour et le contre.


En cas d’éclatement du pays, il faudra passer nécessairement par la phase d’une fédération Wallonie-Bruxelles, estime André-Paul Frognier. Quitte à prévoir des accords particuliers avec la France. Les économistes s’accordent, en effet, pour dire qu’une Wallonie indépendante ne serait économiquement pas viable. 

Jules Gheude doute que les chancelleries européennes acceptent ensuite le rattachement (la réunion) d’un ensemble « Wallonie-Bruxelles » à la France.

Une fédération Wallonie-Bruxelles, unie par la langue et la culture, serait économiquement plus attractive et plus « facile » à envisager pour les gouvernants et le peuple français, pense André-Paul Frognier. Bruxelles-Wallonie réunies sont plus riches que la Flandre. Selon les chiffres 2006, le PIB par habitant en euros est de 25.734 en Flandre et de 26.330 pour Wallonie-Bruxelles.

La Flandre a tout à craindre d’une fédération Wallonie-Bruxelles. Elle fera donc tout pour empêcher ce scénario. Il ne faut pas perdre de vue que 235.000 Flamands travaillent à Bruxelles et payent leurs impôts à la Flandre ! 

André-Paul Frognier souligne que, selon un sondage UCL fiable mais non publié, le sentiment national belge s’accroît partout, même en Flandre. Il y a, selon lui, au niveau de la Flandre, une grande discordance entre les élites et partis politiques et la population, les électeurs. Les politiques wallons sont plus en phase avec leur électorat. 

Les problèmes communautaires, ajoute André-Paul Frognier, ne semblent pas prioritaires aux yeux de la population belge, qui est beaucoup plus préoccupée par le socio-économique (comme, par exemple, le pouvoir d’achat et le prix de l’énergie), la sécurité, etc.

Jules Gheude souligne le côté paradoxal du baromètre de « La Libre Belgique » de décembre 2007, qui révèle que 72 % des Flamands interrogés se déclarent partisans du maintien de l’État belge et… d’une régionalisation de la Sécurité sociale. Comme l’a dit Elio Di Rupo : Si on se dit pour le maintien du pays, mais qu’on veut régionaliser la sécurité sociale (…) on est en fait séparatiste. Jules Gheude rappelle également le sondage réalisé, en juin dernier par « Het Laatste Nieuws », et qui annonce que 49,7 % des Flamands espèrent que la Belgique éclatera.
Si la Flandre repose incontestablement sur une identité forte, on ne peut en dire autant de Bruxelles et de la Wallonie, ajoute Jules Gheude. Un État Wallonie-Bruxelles serait en fait la conjonction de deux non-identités, ce qui ne peut engendrer une véritable Nation. 
Jules Gheude rappelle les propos de François Perin : On aurait une Belgique en réduction, aussi médiocre que l’autre, et avec les Saxe-Cobourg en prime !

Dans l’interview qu’il accorde le 6 novembre 2007 à Vincent Rocour de « La Libre Belgique », François Perin précise : Un Royaume de Belgique résiduaire, c’est la dérision de la dérision ! Et il plaide carrément en faveur d’un statut de « ville libre internationale » pour Bruxelles : Bruxelles a bien changé depuis 1830. Ce n’est plus une petite capitale. C’est devenu une ville cosmopolite. Cent cinquante nationalités y vivent. Une ville libre internationale n’a même pas l’obligation de se faire reconnaître par l’Onu. Monaco n’est pas à l’Onu. (…) Tous les habitants de Bruxelles seraient citoyens de la ville : ils procéderaient à l’élection de leur assemblée et de leur exécutif ; dans l’Europe d’aujourd’hui, les frontières réelles n’existent plus, puisqu’il y a liberté des biens et des personnes. En raison de la langue prédominante, les Bruxellois passeront des traités d’association avec leurs voisins, Français compris, de façon à ce qu’on puisse faire ses études aussi bien à Bruxelles ou à Liège qu’à Paris. Mais ce sont des hypothèses. Car je ne sais pas ce qui va se passer demain. Je n’exclus ni le coup de force ni, à mon grand dam, parce que je suis un non-violent, la violence. Il y a des enragés du côté flamand qui ont les nerfs tendus. Ils ont un complexe de revanche. Et veulent reprendre Bruxelles.

En 1996, les promoteurs du manifeste « Choisir l’avenir », dont André-Paul Frognier, déclaraient : L’idée de Bruxelles-ville internationale ou européenne relève de la fiction : elle suppose une volonté commune de nos partenaires européens d’administrer Bruxelles, de renoncer aux autres sièges des institutions et, plus largement, de s’entendre sur un projet de type fédéral européen. Or, seule l’appartenance de Bruxelles à une entité étatique consistante pourrait lui préserver son rôle actuel.

Quant à l’ancien politologue de l’Ulg, Jean Beaufays, il souligne, dans la préface au livre de Jules Gheude « Le Choix de la Wallonie » (éd. Mols, 2008) : L’hétérogénéité de la ville constitue un atout sérieux pour continuer à abriter le siège des grandes organisations internationales.
Au début de 2008, une enquête de l’UCL signalait qu’une fédération Wallonie-Bruxelles obtenait 56,50% des avis, tandis que l’option rattachiste recueillait en Wallonie 29 %. Cette dernière tendance est actuellement en forte hausse (49 %) s’il faut en croire le sondage réalisé en août 2008 pour le compte des journaux « Le Soir » et « La Voix du Nord ».

Il est vrai, déclare André-Paul Frognier, qu’en période de crise aiguë, on assiste à une crispation et à une mobilisation de part et d’autre. 
Pour Bruxelles, explique-t-il, les sondages sont fort difficiles à interpréter, en raison d’une marge d’erreur trop élevée (10 %). La population de Bruxelles est, semble-t-il, de plus en plus anti-flamande et sa méfiance grandit par rapport à la Wallonie. Il est donc temps pour la Wallonie de prendre des positions plus claires en faveur d’un État Wallonie-Bruxelles. Celui-ci n’est possible que si la Wallonie accepte de revenir sur un certain nombre de positions du passé.

Bruxelles est une ville certes multiculturelle, à l’instar de Paris ou de Montréal. Elle n’en reste pas moins francophone à une majorité de plus de 85 % de la population. Le pourcentage flamand se situe autour de 8–10 %.