c. Wallonie-Bruxelles


Convergences et divergences socio-économiques

Si l’on procède à une approche comparée des situations socio-économiques de la Wallonie et de Bruxelles, on constate des similitudes démographiques, des complémentarités sectorielles ainsi qu’une même confrontation au défi du chômage.

Ainsi, des similitudes peuvent être identifiées sur le plan social, même si les défis à relever par une métropole urbaine bilingue et foncièrement multiculturelle sont différents de ceux d’une Région de tradition industrielle intégrant une importante dimension rurale et disposant de sa propre identité.

Sur le plan économique, les tissus wallon et bruxellois présentent des différences plus sensibles encore. En effet, si, en matière d’emploi, on constate une structure assez semblable (secteur public, commerce, santé, immobilier, services), il convient de rappeler que la Région bruxelloise développe essentiellement une économie de services, alors que la Wallonie offre également une activité industrielle manufacturière.

S’il existe un lien linguistique évident et une proximité culturelle entre la Wallonie et Bruxelles, il convient de souligner que, sur le plan économique, la Région wallonne n’est pas le partenaire exclusif de la Région bruxelloise. La Flandre est ainsi le principal partenaire commercial de chacune des deux autres Régions. Mais il n’en reste pas moins que des complémentarités se manifestent entre la Wallonie et Bruxelles et qu’il est, dès lors, indiqué de rechercher les moyens de les valoriser au bénéfice mutuel d’un État commun. Le développement de l’hinterland économique de Bruxelles ne peut que contribuer à favoriser le développement de la Wallonie. 

Cette recherche du meilleur partenariat doit être rationnelle et lucide. Elle doit notamment prendre en compte que des situations de concurrence existent entre la Région wallonne et la Région bruxelloise, comme entre toutes les régions d’Europe, voire du monde.

D’aucuns épinglent, en ce sens, les délocalisations d’entreprises de la Région bruxelloise vers la Région wallonne, qui dispose d’un vaste espace disponible à des coûts très compétitifs. L’action des outils régionaux de développement économique comme les stratégies de développement régional ont logiquement un impact. La question centrale est donc de savoir s’il est possible de dépasser ce type de conflits d’intérêts légitimes et de rechercher comment y parvenir dans un esprit de partenariat. 

Un certain nombre de pistes ont été esquissées. On pourrait ainsi établir une lisibilité claire des aides régionales et prévoir des échanges d’informations sur les investisseurs potentiels.  

De même, en matière de recherche et développement, où les Régions mènent une action très importante, avec des moyens accrus et en articulation directe avec la sphère économique, des synergies méritent toujours d’être envisagées pour atteindre plus aisément un niveau de masse critique. Des partenariats transrégionaux, via des accords de coopération entre universités, entreprises et centres de recherche, sur base de complémentarités clairement identifiées, permettraient notamment de partager les risques d’investissement et de financement. La participation des universités francophones de Bruxelles aux cinq pôles de compétitivité wallons est un exemple intéressant en la matière.

Bruxelles, Ville Région à vocation internationale

Le rayonnement et le rôle international de Bruxelles se traduisent par une ouverture économique au bénéfice notamment de la Wallonie. 

Bruxelles est riche d’une « marque en soi ». Le fait que des entreprises n’hésitent pas à payer le prix pour s’installer en Région bruxelloise afin de disposer de cette « étiquette » est révélateur. Il n’est pas inutile de rappeler que des spécialistes américains ont estimé à plus de 500 milliards de dollars la marque « Brussels » au niveau international. 

La Wallonie a manifestement intérêt à valoriser cette proximité et à miser sur l’image porteuse de la capitale européenne, ce qu’a fait la Flandre de manière plus évidente pour ne pas dire outrancière. La Flandre utilise le nom de sa capitale, c’est-à-dire la marque « Brussel(s) », dans tous les domaines possibles : politique, économique, culturel, touristique, …

L’aéroport de Charleroi a opté, on le sait, pour l’appellation « Brussels South ». Cette traduction anglaise est tout à fait regrettable. Pourquoi ne pas utiliser l’appellation « Charleroi-Wallonie », afin de faire connaître la Wallonie comme Région, de défendre la langue de la Région et de s’opposer à l’impérialisme linguistique anglo-américain ?

Un autre exemple de la même veine : l’organe de recherche dans le domaine du vivant que va lancer la Région wallonne s’intitulerait : « Walloon Institute for Life science Lead ». Pourquoi ne pas utiliser la langue de la Région ? Ces détails ont toute leur importance pour augmenter la visibilité et la connaissance de la Wallonie et pour faire progresser l’identification de la population à sa Région.

La Wallonie, un éventail d’atouts

Sans se limiter à ceux-ci, les partenariats privilégiés de la Wallonie avec les pôles que sont Lille, Luxembourg, Aix-la-Chapelle, Cologne et Maastricht offrent à Bruxelles une fenêtre économique extrêmement importante.

Le développement des infrastructures communes à Bruxelles et à la Wallonie permettra d’utiliser au mieux l’ouverture à l’ensemble de ces pôles de développement transrégionaux.

Des collaborations à valoriser

Une collaboration des organismes publics de développement économique wallons et bruxellois, notamment par une gestion concertée de l’accueil des investisseurs, est souhaitable. Tout comme l’est le renforcement des collaborations au niveau des outils agissant dans les domaines de l’emploi et de la formation.

Au niveau international, WBI (www.wbi.be), le site des Relations internationales de la Communauté française, de la Région wallonne et de la Commission communautaire française à Bruxelles, a concrétisé la volonté de collaboration et de renforcement mutuel de l’image extérieure de Bruxelles et de la Wallonie.

Autonomie des régions

Le renforcement de l’autonomie des Régions implique que les matières communautaires leur soient transférées, ce qui conduit à :

- la suppression de la Communauté française Wallonie-Bruxelles ;

- la suppression de la Cocof, de la Cocom et de la VGC.

L’autonomie de la Région bruxelloise implique qu’elle soit compétente non seulement pour les matières relatives à son territoire, mais aussi pour les matières relatives à tous ses habitants : qu’ils soient francophones ou néerlandophones, Belges de souche ou d’origine étrangère.

Dans une Région bruxelloise autonome :

- Les règles démocratiques devraient être respectées, notamment en matière électorale : une personne = une voix ;

- Les droits de groupes minoritaires seraient garantis par la ratification et l’application de la Convention-cadre du Conseil de l’Europe pour la protection des minorités nationales.

En Wallonie, les matières provinciales gagneraient à être transférées soit à la Région, soit aux communes, en observant le critère de la plus grande efficacité.

Le transfert des matières communautaires aux Régions wallonne et bruxelloise et le transfert des matières provinciales à la Région wallonne permettraient des rationalisations de structures et des économies budgétaires substantielles.