02. Introduction


En 1973, Manu Ruys, l’ancien éditorialiste du « Standaard », sous-titrait son ouvrage « Les Flamands » : Un peuple en mouvement, une nation en devenir.

Ce sous-titre explique, à lui seul, l’impasse dans laquelle le Royaume de Belgique se trouve depuis les élections législatives du 10 juin 2007.

Le système fédéral s’est soldé par un échec total, parce que l’une de ses composantes, en l’occurrence la Flandre, s’est érigée, au fil des décennies, en un véritable État-Nation. 

Les responsables politiques francophones portent la lourde responsabilité de ne pas avoir vu ou voulu voir cette évolution. Aujourd’hui, le dialogue communautaire est bloqué et ni Didier Reynders ni Joëlle Milquet ni Elio Di Rupo ne pourront empêcher l’État flamand de prendre son envol.

Vu ce contexte, il importe que les forces vives de Wallonie s’interrogent quant à la voie d’avenir à emprunter.

En cas de démantèlement du pays, un « État Wallonie-Bruxelles » pourrait s’imposer naturellement, au nom de la langue et de la culture. L’union des Wallons et des francophones de Bruxelles, la force que cette union engendrerait, pourrait être de nature à développer la conscience d’un avenir partagé, d’une solidarité évidente.

Cette nouvelle entité souveraine ne constituerait certes pas une nation, vu les spécificités des deux Régions. Se pose aussi la question de l’organisation institutionnelle : fédérale ou confédérale ? Une confédération permettrait sans doute de préserver davantage le caractère et l’autonomie de chacune des Régions. 

Ainsi que le démontre l’enquête « Dedicated Research » publiée par « Le Soir », le 17 septembre 2008, ni la Wallonie ni la Région bruxelloise ne se caractérisent par une affirmation identitaire forte : 5 % de la population wallonne déclare se sentir surtout wallonne et 18 % de la population bruxelloise surtout bruxelloise...

Au début de 2008, une enquête de l’UCL enregistrait 56,50 % d’avis favorables pour une Fédération Wallonie-Bruxelles. Le sondage du « Soir » évoqué ci-dessus ramenait ce pourcentage à 18 % (à peine 15 % à Bruxelles). On trouvera les résultats complets au chapitre 9.

Est-il bien réaliste d’envisager un État Wallonie-Bruxelles ? Celui-ci serait-il économiquement viable ? Une conscience nationale pourrait-elle un jour en résulter ?

L’ambition, toute modeste, du présent document est d’apporter aux Wallons et aux Bruxellois les éléments nécessaires pour se prononcer, le moment venu, en pleine connaissance de cause.