10. Conclusions


Economiquement viable, un État Wallonie-Bruxelles semble être une étape nécessaire en cas d’éclatement du pays. Pour d’aucuns, cette « Belgique en réduction », conjonction de deux non-identités, ne pourra jamais engendrer une véritable Nation.

Des accords particuliers avec la France constituent aussi une piste alternative.

Certains soulignent que l’option d’un État Wallonie-Bruxelles serait économiquement plus attractive et plus facile à envisager pour les gouvernants et le peuple français.

Il est toutefois permis de s’interroger sur l’acceptation ultérieure par les chancelleries européennes de la réunion d’un ensemble « Wallonie-Bruxelles » à la France. Dans sa chronique du « Soir » du 11 décembre 2008, Rik Torfs, professeur à la KU Leuven, écrit : L’Europe n’acceptera pas une ville française comme capitale.

Bruxelles pourrait-elle subsister seule ? 

Certains évoquent le statut de « ville libre internationale », à l’instar de Monaco. Tous les habitants de Bruxelles seraient citoyens de la ville : ils procéderaient à l’élection de leur assemblée et de leur exécutif. Aucune tutelle donc, contrairement à l’option du « district européen ». Et rien n’empêcherait les Bruxellois de passer des contrats d’association avec leurs voisins. Il ne fait aucun doute que l’hétérogénéité de la ville constitue un atout sérieux pour continuer à abriter le siège des grandes organisations internationales.

Pour d’autres, l’idée de « Bruxelles-ville européenne » relève de la fiction, car elle suppose une volonté commune de nos partenaires européens d’administrer Bruxelles, de renoncer aux autres sièges des institutions et, plus largement, de s’entendre sur un projet de type fédéral européen. Or, seule l’appartenance de Bruxelles à une entité étatique consistante pourrait lui préserver son rôle actuel.

La question suivante a également été soulevée : une fois libérés de la Flandre, certains Bruxellois ne seront-ils pas tentés de se replier égoïstement sur leur Région en refusant de payer le prix de la solidarité avec la Wallonie ?


Dans le cadre belge, les Bruxellois ont besoin des Wallons. Si la Région wallonne devait « lâcher » Bruxelles, celle-ci serait immédiatement menacée d’annexion par la Flandre. On sait que le terrain est préparé de longue date : enclavement de la Région bruxelloise en Flandre ; désignation de Bruxelles-Ville comme capitale de la Flandre ; installation du gouvernement, du parlement et des administrations de la Région/Communauté flamande en Région bruxelloise.

Par ailleurs, en cas de scission de la Belgique, la Wallonie devra compter sur Bruxelles pour maintenir le niveau de vie de sa population.

La solidarité Wallonie-Bruxelles est donc une donnée essentielle et tout doit être mis en œuvre pour établir des liens forts entre les deux Régions.

Le moment semble venu pour la Wallonie de prendre des positions claires en faveur d’un État Wallonie-Bruxelles. Celui-ci n’est possible que si la Wallonie accepte de revenir sur un certain nombre de positions du passé. 

Si l’une des Régions, bruxelloise ou wallonne, devait choisir un autre destin que celui d’un État Wallonie-Bruxelles, le cheminement ou l’adhésion éventuelle de l’autre à une configuration culturellement, politiquement et économiquement viable mais différente par ses éléments d’extranéité ne pourrait ou ne devrait davantage être retardée.

Il s’agit surtout de ne pas tomber dans le piège que représente le scénario flamand d’une Belgique confédérale, réduite en fait à l’état de coquille vide. Une telle option permettrait à la Flandre de continuer à se servir des références «Belgique» et « Bruxelles » à l’étranger, de parachever son œuvre de «flamandisation» de  Bruxelles. La Flandre pourrait de la sorte poursuivre sa conquête largement avancée des emplois de haut niveau qui constituent autant de leviers de pouvoir pour inféoder la Wallonie et Bruxelles. La Flandre serait aussi en mesure d’imposer le financement fédéral de la problématique du vieillissement de sa population, problématique qui se présente avec bien plus d’acuité dans le Nord.  

En bref, la Flandre aurait toute latitude d’accroître encore son État de richesse sur le compte de l’État Belgique.

La Belgique se trouve aujourd’hui dans un état de déliquescence totale après la publication d'un rapport de la Cour de cassation suggérant de possibles ingérences politiques dans l'examen par la justice du démantèlement de Fortis, victime de la crise du crédit, et la démission du Gouvernement Leterme Ier.

Les commentaires de la presse internationale sur la gabegie belge sont éloquents.

En France, « Libération » indique que la crise est provoquée par une grave violation de l'État de droit. (…) Inquiet de voir leur Monopoly (ndlr: Fortis) ainsi menacé, l'entourage de Leterme aurait multiplié les pressions sur les magistrats, poursuit le quotidien. Cette nouvelle crise n'est qu'un signe de plus du délitement de la démocratie belge. 

« Le Parisien » estime, pour sa part, que le scandale Fortis plonge au plus mauvais moment le pays dans une grave crise politique. Le quotidien rappelle que le Roi avait maintenu M. Leterme en poste lors de sa dernière démission mais que cette fois, néanmoins, les choses semblent beaucoup plus graves. L'affaire Fortis s'est transformée en quasi-affaire d’État.

De son côté, « Le Monde » parle d'une nouvelle et profonde crise qui menace le Premier ministre.

Aux Pays-Bas, "De Volkskrant" indique que le gouvernement belge est enfin presque tombé à la suite du scandale autour de l'affaire Fortis Banque. Selon le quotidien, Yves Leterme est un homme en 
qui personne ne croyait plus. D'autres journaux néerlandais, comme « De Algemeen Dagblad », et « De Telegraaf » reviennent également sur la crise belge.

Le « Financial Times » se demande si le pays pourra survivre. Selon le quotidien, la crise met en évidence que l'atmosphère apparemment permanente de confusion et de désunion des politiciens belges amène de plus en plus de spéculations concernant la survie du pays en tant qu'entité unique. Le journal constate également que la crise intervient à un mauvais moment. La démission du gouvernement pourrait déstabiliser la Belgique qui fait face à d'importants défis économiques et rappelle la longue paralysie qui a suivi les élections de juin 2007. 

En Espagne, « El Pais », qui s'attarde longuement sur notre pays, titre : Débâcle à Bruxelles. 

Lorsque le point de non-retour sera atteint – n’est-il pas imminent ? –, il s’agira pour les partis francophones de convier les partis flamands dits démocratiques à régler à l’amiable cette désunion irrémédiable.

Cela suppose que les populations concernées, notamment à Bruxelles et dans les communes litigieuses, aient la faculté de se prononcer via le procédé du référendum.

Si la chose devait s’avérer impossible en raison de l’obstination flamande à afirmer la primauté du droit du sol, ce serait, comme l’explique Xavier Mabille, le président du CRISP, le passage – avec toutes ses conséquences – d’un débat interne dans les limites d’un État à un contentieux international aux multiples implications parmi lesquelles de nombreuses imprévisibles à ce jour.