08. Qu’est-ce que la Wallonie peut apporter à la France ?


Au niveau de l’Union européenne, le couple franco-allemand représente, on le sait, un pilier majeur.

Avec la Wallonie, la France gagnerait un accroissement territorial et démographique pacifiquement acquis, ce qui serait particulièrement heureux après la réunification de l’Allemagne. Le différentiel entre les deux pays se trouverait ainsi réduit.

La Wallonie offre, en outre, une position géographique assez exceptionnelle. Ses atouts peuvent constituer un apport considérable en ressources naturelles (eau, forêts), humaines (techniciens, cadres, main-d’œuvre qualifiée, professeurs, chercheurs), économiques (entreprises de pointe, infrastructures, laboratoires, marchés d’exportation), artistiques et culturelles (écrivains, artistes, cinéastes, acteurs, chanteurs, musées, etc.).

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La Wallonie occupe en Europe une position géographique stratégique. Schématiquement, le sillon Sambre et Meuse, qui constitue l’épine dorsale de la Wallonie industrielle, jette un pont entre la région Nord-Pas de Calais, économiquement centrée sur la conurbation Lille-Roubaix-Tourcoing et le Land de Rhénanie-Westphalie où se situe la Rhur et la plus grosse partie de l’industrie lourde allemande. La Wallonie offrirait, de cette façon, à la France une ouverture exceptionnelle sur son puissant voisin et partenaire européen.

Etre le trait d’union entre ces deux régions et établir un lien logistique en assurant les communications les meilleures entre elles est le rôle qui doit revenir à la Wallonie non seulement au bénéfice de la France mais aussi à son propre profit.

Les voies de communication wallonnes ont récemment fait l’objet de grands travaux de modernisation pour répondre, dès maintenant, aux impératifs économiques des prochaines années. De grands projets ont été décidés et seront bientôt concrétisés. 


Infrastructure autoroutière


Un réseau extrêmement dense d’autoroutes,  propriété de la Région wallonne, couvre le territoire de celle-ci. L’autoroute E42 qui relie les villes de Mons, Charleroi, Namur et Liège et qui s’allonge d’ouest en est, parallèlement au sillon Sambre et Meuse, est un maillon de la très importante liaison Paris-Cologne. Cette autoroute s’articule particulièrement bien avec celles des régions et pays voisins, notamment au niveau de ses extrémités, à Liège et à Mons, où les échangeurs constituent des nœuds autoroutiers stratégiques.

Infrastructure ferroviaire


Des TGV relient Paris, Lille, Bruxelles, Liège, Cologne et Dortmund, dotant la Wallonie d’un outil de communication moderne. En outre, dans quelques mois, d’importants travaux seront terminés et les temps de parcours seront fortement réduits et, sur la plus grande partie de son trajet wallon, le TGV roulera en site propre. À Liège, la gare de Calatrava permettra à la population de l’important hinterland de l’Eurégio d’accéder aisément à ce mode de transport. La dorsale ferroviaire wallonne, qui suit le sillon Sambre et Meuse, a été fortement améliorée ; une liaison cadencée a été mise en place entre Liège et Lille.

Infrastructure aéroportuaire 


Récemment, les aéroports régionaux de Liège-Bierset et de Charleroi-Bruxelles-Sud, se sont fortement développés. Liège-Bierset  revendique pour l’activité fret la huitième place européenne et la vingt-quatrième place mondiale. 

Une dynamique sans précédent est donc enclenchée. La compagnie TNT a fait de Liège Bierset son hub européen. Dans l’environnement de Bierset, comme de tous les ports et aéroports, des entreprises implantent, bien sûr, des activités très diversifiées mais Liege Airport se développe, surtout, en un pôle logistique, en une plateforme multimodale Air-Route-Fer. Le dernier développement, actuellement en réalisation, consistera à lancer des liaisons TGV fret avec les principaux aéroports européens, notamment avec Paris Charles de Gaulle.  La prise d’une participation de 25 % dans Liege Airport  par ADS (Société des Aéroports de Paris) témoigne de l’intérêt de la France pour cet aéroport wallon.
 
L’autre aéroport régional wallon, celui de Charleroi, joue le jeu du transport aérien à bas coût. Il est devenu le hub continental principal de Ryanair. A plus longue échéance il ambitionne d’attirer chez lui une partie du trafic « passagers » de Zaventem.

Voies navigables


La Wallonie est dotée de 451 km de voies navigables dont 81 %  sont accessibles aux bateaux de 1.350 tonnes. La Meuse et le canal Albert peuvent même recevoir des unités maritimes et de plus gros tonnage ainsi que des convois poussés (4.450 tonnes et plus).

En d’autres termes, cela veut dire que la très grande partie des voies navigables wallonnes ont été mises aux normes européennes actuelles ou le seront très prochainement. Des bateaux de 1.350 tonnes peuvent aisément arriver en Wallonie (quelque part, le long de l’axe Meuse-Sambre) en provenance des ports maritimes belges d’Anvers, de Zeebruge, d’Ostende ou de Gand, ou français (Dunkerke) ou hollandais (Amsterdam, Rotterdam).
   
Ces voies navigables sont gérées par la Région sans interférence de l’État fédéral.

Tout le long de ces voies navigables, se sont développés des ports fluviaux qui jouent un rôle important dans l’économie wallonne (Liège, Amay, Andenne, Namur, Charleroi, etc.). Le port autonome de Liège (PAL) est de loin le plus important ; il reçoit même, par Anvers et le canal Albert, des unités maritimes. Voici sa fiche signalétique, telle qu’elle a été établie par les autorités responsables :

Premier port intérieur belge (21 millions de tonnes en 2007) et troisième port intérieur d’Europe, derrière Paris et Duisbourg, idéalement localisé au centre d’un réseau dense de communications multimodales, le Port autonome de Liège (PAL) assure la gestion de 31 zones portuaires (366 hectares mis à la disposition des utilisateurs de la voie d’eau).
Le PAL développe actuellement « Liège Trilogiport », une plate-forme multimodale de 100 hectares située le long du Canal Albert à 15 h de navigation du Port d’Anvers et à 24 h du Port de Rotterdam (terminal à conteneurs de 15 hectares, navettes fluviales. 
Le projet Seine-Escaut

Les voies d’eaux wallonnes sont une des pièces maîtresses du projet Seine-Escaut, une liaison fluviale majeure classée par l’Europe parmi les 30 projets prioritaires du Réseau TransEuropéen de Transport (RTE-T).

Cette liaison devrait permettre aux péniches de 1.350 tonnes et aux convois poussés de 4.450 tonnes de passer du bassin de la Seine au réseau fluvial des Pays-Bas pour, de là, remonter le Rhin. Lorsque la liaison Rhin-Danube sera réalisée, on pourrait ainsi atteindre, par voie fluviale, de nombreux pays du Sud-Est européen. La réalisation complète du projet Seine-Escaut est prévue pour 2020.

En France, il est prévu de creuser un nouveau canal allant de Compiègne sur l’Oise à Cambrai où il rejoindrait le canal de grand gabarit Escaut-Dunkerke. 

À partir de là, selon les plans européens, la batellerie aurait deux possibilités :

- soit emprunter le canal Condé-Pommereuil (qui devrait être fiabilisé) et l’ascenseur de Strépy-Thieu pour gagner le canal Charleroi-Bruxelles et, de cette façon, Anvers ou, par le canal du Centre, le système mosan ; 

- soit – à la condition d’aménager à partir de Deûlémont, en France, un canal débouchant sur la Lys mitoyenne, à Menin – gagner Gand puis Terneuzen pour finalement emprunter le canal maritime Escaut-Rhin.

La Région wallonne pourrait ainsi offrir à la France la possibilité de créer, en utilisant la Meuse et ses affluents, une voie d’eau intérieure directement branchée sur le réseau hollandais. En effet, déjà actuellement, à partir de Liège, les bateaux peuvent très aisément, en empruntant le canal Juliana, atteindre Rotterdam en 18 heures.

La réalisation de cette liaison en Région wallonne nécessiterait certes de gros investissements. Nous pensons cependant que des études pourraient montrer que ces investissements seraient nettement moindres que ceux nécessaires pour joindre l’Escaut à la Lys. De toute façon, ce projet, ainsi mené en Région wallonne, rentabiliserait l’ascenseur de Strépy-Thieu !

En conclusion, la Wallonie concentre sur son territoire nombre de pôles logistiques diversifiés. Ceux-ci, en assurant le maillage de l’économie européenne, feront découvrir à nos entreprises les secteurs de pointe qui valent la peine d’être exploités. Une région disposant d’une telle ouverture sur le monde ne peut végéter ; c’est une puissance économique en devenir. L’apport économique de la Wallonie à la France sera exceptionnel. 

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En 2006, Elio Di Rupo, alors ministre-président wallon, dressait le constat suivant :

À l’échelle de la France, le PIB de la Wallonie la placerait au 8e rang des 22 régions françaises et au 3e rang en matière d’exportations, juste derrière l’Île de France et la région Rhône-Alpes. En termes d’emplois, les groupes français occupent la 1ère place avec 34.000 postes, soit 32 % des 100 premières entreprises industrielles en Wallonie. La France est de très loin notre 1er client avec quasi 35 % du total des exportations wallonnes. Notre intégration est du point de vue économique très avancée. On ne le dit pas assez.