A. L’option wallonne


Les réformes institutionnelles de la fin du 20e siècle imposent à la Wallonie d’émerger et cela en situation économique extrêmement difficile. 

Il incombe aux citoyens vivant en Wallonie, quelles que soient leurs origines, de prendre conscience du devoir de solidarité : travailler à l’épanouissement de la communauté humaine vivant sur cet espace géographique, cette communauté humaine qui les porte et les fait vivre. 
Nous sommes tous des immigrés sur cette terre, issus de migrations plus anciennes ou plus récentes. Tous peuvent collaborer à créer un « vivre ensemble » harmonieux sur un espace commun. 

Or, les institutions actuelles ne permettent pas un redéploiement wallon.  Les deux Manifestes celui de 1984 et celui de 2004 ont mis le doigt dans la plaie : 

     si les questions économiques sont du ressort de la Région wallonne, le domaine culturel est de la compétence d’une autre institution, la Communauté française.

De telles institutions, qui devraient concourir à la construction de la Wallonie, la desservent en fait. 

 En effet, les territoires et les intérêts de ces deux institutions ne se recouvrent pas entièrement. 

 Impossible donc, pour un redressement économique, de tabler sur le capital symbolique. Cette dualité institutionnelle n’est pas faite pour clarifier le paysage symbolique d’une Wallonie en mal de compréhension d’elle-même.

Petit rappel. La Communauté française de Belgique, indépendamment du lien nécessaire de solidarité qu’elle préserve entre les régions wallonne et bruxelloise, entretient un dessein culturel mort-né. 

 Cette institution exprime la visée des héritiers de la bourgeoisie de 1830 qui a jadis construit l’État belge unitaire sur une base francophone. 

 Les Flamands ayant refusé de s’intégrer à ce modèle, la Communauté française poursuit le rêve belge sans eux. Cet État résiduaire compte ainsi une capitale, Bruxelles, et une province, la Wallonie, dont le nom et les aspirations s’effacent. 

 L’establishment francophone a sécrété son idéologie : la « belgitude », courant lancé au cours des années 1970 dans les milieux bruxellois francophones. Représentation fourre-tout et narcissique, fonctionnant à usage exclusif de la partie francophone de la Belgique, cette « belgitude » n’est qu’un concept de repli…
 
Dépourvue de compétences culturelles, la Wallonie est privée des moyens symboliques de se construire une image valorisante et dynamique. Il importe de clarifier ces institutions et de leur donner davantage de cohérence sur la base des principes suivants. 

1. Seules les institutions dites régionales, ayant un territoire délimité sur lequel elles peuvent exercer leurs compétences, sont aptes à opérer cette clarification. 

 Une fusion ne peut se réaliser sur la base des communautés culturelles, car cela induirait tôt ou tard des affrontements culturels entre les deux grandes communautés du pays (la « nation francophone » dressée contre la nation flamande). 

 Il en va autrement des institutions régionales, centrées sur le développement économique et humain des citoyens vivant dans leur espace, quelles que soient leurs origines ou leur langue. 

2. Pour émerger, la Wallonie doit récupérer dans ses compétences ce qui touche à son image symbolique, à sa culture. Comment pourrait-elle se relever en s’appuyant sur l’économique seul, sans pouvoir utiliser le levier du culturel ?  Créer un « vivre ensemble démocratique sur un territoire commun » demande la mobilisation de toutes les énergies. 

Comment un renouveau économique viendrait-il fleurir dans une région en difficulté qui n’a pas dans ses mains les outils culturels de sa propre image de marque ? 

3. Il en va de même de la Région de Bruxelles. Ses citoyens doivent avoir tous leurs atouts pour construire une « Région-capitale », pluriculturelle et démocratique. Cela n’implique nullement l’abandon des formes de solidarités librement consenties entre les deux régions, Bruxelles et la Wallonie. 

4. La Région de langue allemande doit évidemment conserver la maîtrise de son épanouissement culturel. 

Le chemin est long car, dans leur immense majorité, les médias qui font l’opinion ne sont pas pensés en Wallonie. 

 Le conformisme actuel des gens de parole et de plume consiste à ironiser sur une Wallonie qui peine à se relever, mais qui pourtant les fait vivre. Sans doute ne se grandissent-ils pas en accablant de sarcasmes un peuple qui souffre du chômage mais parvient à relever la tête. Il faudrait leur faire entendre que la Wallonie a aussi besoin de leur solidarité et de leurs talents. 
 Nul ne sait ce que sera l’« après-Belgique » ni même si elle viendra. La seule chose certaine aujourd’hui c’est que les Wallons (et les Bruxellois pour leur « Région-capitale ») doivent s’organiser pour réinventer leur région, la rendre dynamique, opérationnelle et cohérente. 

 Il y aurait une certaine irresponsabilité dans les circonstances que traverse la Wallonie depuis plus de quarante ans à accélérer le processus de désintégration de la Belgique.  Les travailleurs le payeraient par de lourdes ponctions sur les emplois et les salaires.