Ce qu’ils en pensent...




Charles de Gaulle, président de la République française 


C'est votre drame d'appartenir à un État qui assistera impassible à votre déclin. C'est une manière de faire place à d'autres. (...) 

Si, un jour, une autorité politique représentative de la Wallonie s'adressait officiellement à la France, ce jour-là, de grand cœur, nous répondrions favorablement à une demande qui aurait toutes les apparences de la légitimité. Avant, c’est impossible. J’ai pourtant la conviction que seule leur prise en charge par un pays comme la France peut assurer l’avenir à vos trois à quatre millions de Wallons.

Propos tenus à Robert Liénard, doyen de l’Université de Louvain, et rapportés par Claude de Groulart dans son livre De Gaulle : Vous avez dit Belgique ?, éd. Pierre-Marcel Favre, Lausanne, 1984.

°

Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de la République 


Je me sens proche de vous, de vos questions et de vos inquiétudes. Je pense que dans l'avenir nous aurons beaucoup de choses à faire ensemble. La position officielle des autorités françaises est de ne pas prendre position. Naturellement, le gouvernement respecte les traités qu'il a signés. On pourrait appliquer à la Wallonie le propos que M. Juppé a appliqué au Québec : « Quel que soit le choix du peuple québécois, il trouvera la France à ses côtés ». Je ne suis pas venu à Liège prôner le rattachement. Le rattachement est un choix qui appartient essentiellement aux Wallons et dans lequel je ne veux pas m'immiscer. Naturellement j'ai de l'amitié pour les Wallons. Je comprends leur situation géographique culturelle, je dirais presque par affinité. Quel que soit votre choix futur, nous serons à vos côtés. 
Si les Flamands souhaitaient répudier la Belgique, et pour peu que les Wallons le souhaitent, ce serait évidemment le devoir de la France d'accueillir la Wallonie en son sein.

RTL, Journal Télévisé du 11 juillet 1996

°

Jacques Chirac, président de la République française 


Je voudrais surtout vous dire que Liège occupe une place à part dans le cœur des Français. Ces liens ont été tissés par l'Histoire. Dans toutes les épreuves, vous avez été à nos côtés. (...)
J'irai plus loin; c'est une région qui fait honneur à la culture française. (...) C'est dire l'estime, l'affection, l'amitié que nous éprouvons pour vous.

Aujourd'hui, ce ne sont pas des visiteurs étrangers qui sont présents à l'Elysée mais des compagnons, des frères.

Allocution lors de la visite d'une délégation liégeoise, le 3 juin 1996 

°

Jacques Attali, ancien conseiller de François Mitterrand 

S'ils étaient consultés demain sur l'éventuel rattachement des francophones de Belgique à la France, 95 % des habitants de l'Hexagone répondraient favorablement.

Le Soir du 18 janvier 1996

°

Jacques Legendre, Sénateur du Nord et ancien ministre de la République 


Quand on voit les évolutions qui ont cours actuellement en Europe, on ne peut considérer a priori comme une aberration ou une monstruosité, que des gens aussi proches l'un de l'autre qu'un Wallon de Mons et un Français de Valenciennes se retrouvent un jour dans un même ensemble. Cela n'aurait rien de plus bizarre que de voir des Allemands se retrouver.

Le Soir, 16 juillet 1996

°

Michel Jobert, ancien Ministre des Affaires étrangères de la République


Quoi de plus naturel que d'aller vers votre Mouvement, mémoire et action en faveur des liens exceptionnels qui joignent les Wallons au pays qu'ils n'ont cessé d'honorer d'une indéfectible confiance. Les années, les siècles s'éclairent ainsi de la connaissance de l'histoire, mais bien au-delà, de la fidélité familiale qui abolit les frontières avec la force de l'évidence. 

Lettre à Maurice Lebeau du 24 octobre 1995

°

Claude Eerdekens, député-chef du groupe socialiste à la Chambre 


Nous, Wallons, sommes fiers de nous trouver à côté d'un grand pays comme la France. Si vous (Flamands, NDLR.) voulez que la France se trouve aux portes de Bruxelles, alors, allez-y !

Déclaration à la Chambre le 10 juillet 1996

La Belgique présente encore trois piliers : la monnaie, les départements d'autorité et la sécurité sociale. Or le franc va être remplacé par 1'euro et l'armée sert surtout à la parade du 21 juillet. Si on scinde la sécurité sociale, la Belgique n'a plus de raison d'être. Si les Flamands veulent plus - le parlement flamand se comporte comme une assemblée constituante - les francophones doivent lorgner vers la France et Bruxelles doit être compris dans ce cas de figure.

De Standaard, 5 septembre 1996

°

Robert Collignon, Ministre-Président de la Région wallonne


Si, demain, la Flandre proclame unilatéralement son indépendance, il faut que toutes les forces vives de Wallonie, que tous les Francophones, et les Wallons en particulier, se mettent autour d'une table pour définir leur avenir. À l'exemple d'un congrès constitutif comme celui de 1945.

Une Wallonie indépendante, un État Wallonie-Bruxelles ou un rapprochement avec la France sont d'autres problèmes qu'il convient d'envisager. En cas de démantèlement de la Belgique, tout est possible. 

Vers l'Avenir, 12 juillet 1996

°

Charles Picqué, ex-ministre-président de la Région bruxelloise


Je comprends Claude Eerdekens : il vaut peut-être mieux se trouver sous tutelle de la France que sous une tutelle flamande oppressive. Si la Flandre poursuit dans la logique de Van den Brande, il faudra oser des scénarios plus aventuriers.

Le Vif /L'Express du 2 au 8 août 1996

°


Yvan Ylieff,  ministre communautaire


Ou les Wallons ne veulent pas être orphelins de la Belgique et ils accordent aux Flamands les concessions que ceux-ci réclament. Ou le divorce est consommé. On peut alors devenir une région qui s'organise dans le cadre européen ou se tourner vers la France.

La Wallonie, 29 août 1996

Vers qui se tourner ? Pas l'Allemagne ou la Hollande! Reste donc la France. Et les Français voudraient de nous, sans aucun doute ! 

La Meuse, 13 et 14 juillet 1996

°

Louis Michel, Président du PRL-FDF-MCC


Si à un moment donné, j'ai le choix entre un État wallon replié sur lui-même et la France, je choisirai la France. (...) À choisir entre le cul-de-sac wallon et la France, je choisis la France. 

Le Soir, 26 août 1996

°

Willy Burgeon, député socialiste


Et si nous sortions la tête du sable et acceptions de voir l'avenir en face ? Et si nous refusions de voir la Wallonie confinée dans le rôle de l'Albanie (..) et si nous nous tournions vers la France ? Si nous réfléchissions au type d'alliance que nous pourrions conclure avec ce grand pays auquel nous sommes tellement liés, notamment par la langue et la culture ? Et si nous opposions à l'isolationnisme flamand une volonté d'ouverture ?

Échos du Parlement wallon, n° l l7, juillet 1996

°

Yves de Wasseige, sénateur honoraire


Il faut tout mettre sur la table, y compris la dette de l'État et la charge des pensions. Et partager la dette publique signifie qu'il faille trouver des critères, tels que le produit intérieur brut, la capacité d'épargne et l'importance des travaux publics et des dépenses d'investissement par les pouvoirs publics ces 40 dernières années. Évidemment, si on en arrive à ce stade il est clair que tout le reste peut être partagé, d'autant qu'une partie des compétences nationales sera transférée au niveau européen. Je ne vois pas ce qu'il serait encore utile de garder en commun, chacune des trois entités devrait donc avoir son autodétermination. D'autre part, l'Europe aura une monnaie commune, des règles communes, sans pour autant que soit concrétisée l'Europe des Régions. Il faudra donc nécessairement que chacune des régions s'accroche à un État : Bruxelles devient un district européen. La Wallonie a deux choix : faire alliance avec la France, mais avec des statuts spéciaux. L'Alsace a obtenu un statut spécial pour l'enseignement, ce qui prouve que c'est effectivement réalisable, y compris dans une France que l'on dit jacobine et centralisatrice. Il ne s'agit pas d'une vision rattachiste dans le cadre d'un retour à quelque chose qui aurait dû se faire depuis longtemps, mais d'une vision d'avenir. J'estime que nous avons tout intérêt à nous accrocher à une grande puissance qui est déjà présente, économiquement, dans notre région. À terme, il y aura des regroupements d'États, sous forme d'associations, de manière à pouvoir peser sur les décisions européennes. Ils (les Flamands, NDLR) utilisent de grands mots pour nous faire peur et faire monter la pression pour la future négociation. Ce que nous devons dire, c'est justement que nous n'avons pas peur, que des solutions, on en a, en cas de disparition de la Belgique. Reste que les Wallons ont tout intérêt à s'activer dès maintenant : nous devons accrocher le wagon wallon au train français en nouant toute une série d'accords, culturels, économiques, sociaux, et en favorisant les participations croisées entre entreprises wallonnes et françaises. 

Le Peuple, 13 juillet 1996

°

Jean Defraigne, ancien président de la Chambre des représentants


Demain, la Belgique n'existera plus car les Flamands n'en veulent plus. Ils nous vomissent. 

La Wallonie, 12 juillet 1996

Une république wallonne indépendante aurait moins d'influence politique que le Grand-Duché de Luxembourg. Alors je pense que la bonne solution serait que la Wallonie devienne la 23ème région française.

La Meuse, 13 et 14 juillet 1996

°

François Perin, ancien ministre et constitutionnaliste


La seule nationalité à laquelle les Wallons pourraient facilement s’assimiler après que la nationalité belge leur eût claqué dans la main, est la nationalité française comme l’a si bien démontré René Swennen dans son excellent livre « Belgique Requiem »

La Meuse – 28 avril 1981.

Je vous le demande, puisque la démocratie fondée sur le suffrage universel a défait ce que les siècles avaient fait par la force contre nous, allons-nous nous obstiner à maintenir cet État qui n'est plus qu'une caricature de nation dans un climat de confusion et de chamaille perpétuel ?

Le Vif /L'Express, 19 juillet 1996

Et nous serions donc une petite république wallonne qui éblouirait le monde ? Allons donc ! La Wallonie ne forme pas une nation. Les circonstances veulent qu'une république wallonne indépendante serait l'incarnation de la médiocrité. Non, à part la France, je ne vois pas d'autre solution de rechange. On ne peut tout de même pas nous donner au Japon sous prétexte qu'il s'agit d'un État dynamique qui nous accueillerait. 

La Meuse, 13 et 14 juillet 1996

°

Félix Rousseau, écrivain namurois


Et cependant, dès le XIIIe siècle, c’est le français qui est adopté partout comme langue littéraire. Voilà le fait capital de l’histoire intellectuelle de la Wallonie. Sans aucune contrainte, de leur pleine volonté, les Wallons sont entrés dans l’orbite de Paris et, depuis sept siècles, avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie, n’ont cessé de participer à la culture française.

« La Wallonie, Terre romane », Institut Jules Destrée, 1960

°

Philippe Destatte, directeur de l'Institut Jules Destrée


On se retrouverait devant trois solutions pour la Wallonie. Premièrement, rester dans la Belgique avec Bruxelles et faire une mini-Belgique à deux : mais cela n'a pas de sens parce que la Belgique n'existe que par les Flamands, la Belgique francophone n'étant évidemment qu'un fantasme qui a été abattu depuis bien longtemps.

Deuxièmement, faire le choix d'une Wallonie indépendante. Ce choix ne peut être possible qu'en fonction de l'Europe : dans une Europe suffisamment développée, l'idée d'une Wallonie indépendante est crédible parce qu'il y aura une monnaie européenne, une sécurité sociale européenne, une défense européenne, etc. Mais si l'Europe n'est pas suffisamment développée, on se voit mal imaginer une monnaie wallonne, une sécurité sociale wallonne, une défense nationale wallonne. Et, dans ce cas-là, on en vient à la troisième possibilité, la France apparaissant alors quasi comme la seule solution pour la Wallonie; parce que si l'on imagine peut-être mal aujourd'hui de négocier un statut d'autonomie avec la France, le négocier avec l'Allemagne ou avec l'Angleterre paraît évidemment encore plus absurde. En fait, on s'aperçoit, par des positions comme celle de Claude Eerdekens ou, plutôt, de Willy Burgeon, que l'idée qui avait été développée par un Maurice Bologne, un Félix Rousseau ou un Jacques Hoyaux (Les Wallons sont tout simplement les Français de Belgique), est une idée qui peut prendre aujourd'hui une dimension politique. 

La Meuse, 13 et 14 juillet 1996

°

André Renard, président du Mouvement Populaire Wallon


Notre cœur reste attaché à la France. Nous avons foi dans cette France qui, pour nous, est éternelle. Nous croyons pouvoir exprimer en ce jour le sentiment de dizaines de milliers de travailleurs liégeois en disant que la France reste le grand flambeau et, pour beaucoup d'entre nous, la grande lumière de culture. C'est pourquoi nous terminons comme nous l'avons commencé, en criant : Vive la France ! 

Éditorial de La Wallonie du 13 juillet 1958

°

Charles Plisnier, écrivain et Prix Goncourt 1937

Lorsque nous aurons fait cette expérience ultime et si, comme je le crains, cette expérience avorte, alors - j'entends le dire 
aujourd'hui - nous serions justifiés à nous tourner vers la France et aucun reproche ne pourrait nous être adressé, car cette 
expérience, nous la ferons en toute loyauté et sans arrière-pensée d'aucune sorte. Alors, nous lui dirions : Maintenant France au 
secours ! Et, croyez-le bien, elle viendra ! Discours de clôture du Congrès National Wallon de 1945
°

Georges Simenon, romancier

La Belgique a été créée pour être un barrage contre une France alors belliqueuse. À l'école, on nous bourrait le crâne avec ces
histoires de Belge sorti du tombeau. C'était la théorie de Pirenne: avant 1830, la Belgique avait toujours existé, il y avait toujours 
eu des Belges. C'était idiot. J'ai fait ma carrière en France. Je n'ai rien contre les Flamands, je suis un peu flamand moi-même. 
Je me méfie du centralisme français. Mais il ne me déplairait pas de voir une Wallonie française, avec certaines précautions.
Cité dans La Wallonie du 7 août 1996 °
Jean Pirotte, professeur d’histoire émérite de l’UCL

Cette question d’un amarrage institutionnel à la France ne se pose pas dans l’immédiat, tant que survit la Belgique. Il semble 
irréaliste de chercher à mobiliser les masses pour résoudre une question qui ne se pose pas, qui ne se posera peut-être pas avant
très longtemps, qui ne se posera peut-être jamais.

Un simple constat : la solution française se heurte encore à d’énormes résistances, irrationnelles mais fortes, dans de larges 
couches de la population wallonne nourrissant un complexe de petit voisin. Ce complexe s’alimente à tous les stéréotypes sur
« le » Français, proclamé chauvin, jacobin, condescendant. On ne peut négliger cet irrationnel. Il est moins difficile, disait Einstein, 
de désintégrer un atome qu’un préjugé.
Dans le domaine de la culture, l’intégration des populations francophones de Belgique dans la République française réduirait d’une 
unité le nombre de pays partiellement de langue française, ce qui déforcerait inévitablement la position de la francophonie dans le 
monde. Enfin, un des principaux reproches que les militants wallons peuvent faire aux partisans d’un amarrage institutionnel à la France 
est d’avoir les yeux tournés davantage vers la France que vers les populations wallonnes. Pour arriver à leur fin, la France, certains
militants pro-français iraient, dit-on, jusqu’à espérer le pire pour les Wallons : une dégradation totale de la situation wallonne dans 
un État belge délabré, pour mieux manifester la pertinence de la solution française. Un attachement sentimental à la France ne 
peut justifier de plonger les populations wallonnes dans la déconfiture. Exposé fait à Namur, le 20 novembre 2008 °

Daniel Ducarme, député MR

Ce qui resterait de la Belgique après une indépendance de la Flandre n’aurait pas une identité assez forte pour poursuivre seul 
son chemin, mais en aurait trop pour être simplement intégré à l’Hexagone. Mais il y a l’article 77 de la Constitution française, 
qui stipule que « la République offre aux territoires d’outre-mer qui manifestent la volonté d’y adhérer des institutions nouvelles 
fondées sur l’idéal commun de liberté, d’égalité et de fraternité ».

Le Point, 4 décembre 2008