Projets


  • La suite de La tentation autobiographique devait s'intituler La construction autobiographique de 1600 à 1900. A mesure que j'avance dans le temps, la pratique des écritures du moi s'étend, se ramifie, se diversifie ; il devient toujours plus difficile à un seul chercheur d'en avoir une vue d'ensemble. J'ai déjà rassemblé une documentation considérable sur la seule autobiographie religieuse, qui devait occuper un quart ou un cinquième du livre. J'envisage donc de publier, vers 2019, une étude spécifique de ce sous-genre assez méconnu en France.
  • Dans cette perspective, je suis fasciné par les liens qui se tissent entre la folie, la religion et l'autobiographie aux XVII et XVIIIèmes siècles. Plusieurs auteurs catholiques et protestants témoignent de souffrances, angoisses, obsessions, manies, tentatives de suicide, provoquées par la certitude d'être promis aux feux de l'enfer. Ce fut le sujet de mon cours de 2017 à l'Université populaire.   

  • Ensuite, j'ai bien envie de sauter directement aux XXe et XXIe siècles. Car mon entreprise historique avait d'abord pour but de mettre les pratiques actuelles en perspective avec celles qui les ont précédées. Je voulais comprendre pourquoi les écritures du moi se développent particulièrement maintenant, depuis les années soixante-dix, qu'est-ce qui différencie notre société, notre culture, de toutes les autres. Naturellement, des milliers de chercheurs en différentes disciplines réfléchissent à ces questions. Mais il me semble que l'histoire de l'autobiographie peut apporter un éclairage intéressant. Car l'écriture du moi traduit, avec d'autres moyens que les représentations fictionnelles, le désarroi et les aspirations des individus confrontés aux changements de plus en plus rapides de leurs conditions de vie. Alors que le cinéma, le roman et les autres arts mimétiques, marqués par la fatalité grecque et la prédestination chrétienne, mettent le plus souvent en scène des anti-héros condamnés à l'échec par toutes sortes de déterminismes, le sujet autobiographique se considère généralement comme un acteur de sa propre existence. Doublement agent, d'abord dans ses choix de vie, puis dans la manière dont il les reconfigure en leur donnant du sens. Nous retrouvons là le concept d'agency utilisé par les sociologues pour prendre en compte la marge de manoeuvre dont disposent les individus dans la conduite de leur propre existence. Ainsi, l'aspiration du sujet postmoderne à se constituer, à se construire et à se représenter de manière autonome a-t-elle partie liée avec les écritures du moi.

  • C'est dans cette perspective que j'aimerais étudier ce que j'appelle l'auto-essai. On pourrait le définir comme un discours auto-référentiel sans récit, à la fois autobiographie thématique, autoportrait, et méditations sur l'expérience de la vie. Son histoire plonge dans les biographies de l'Antiquité, à dominante thématique ; elle passe évidemment par Montaigne, mais aussi Cardan, le Rousseau des Rêveries, qui d'autre ? Et elle se développe au XXe siècle, dès lors que le récit de soi devient suspect, sinon coupable, de fictionnalisation, et que de nombreux auteurs recherchent les moyens de le contourner, ou de le déjouer, pour dire le réel de leur expérience.  

  • Dans le même ordre d'idée, j'ai commencé à travailler sur un texte personnel selon un dispositif original, que je ne dévoilerai pas ici.
  • Simultanément, ou presque, je suis entré dans le balancement du journal. Avec des entrées qui ne sont pas quotidiennes, puisqu'elles sont centrées sur un thème unique qui ne m'occupe pas tous les jours, du moins pour le moment : la préparation du marché du Tiroir... A suivre.