Potez 540

La genèse de cet avion remonte au 1er avril 1933 quand Pierre Cot, ministre de l’Air, décrète que l’Aéronautique militaire doit se développer indépendamment des autres armes terrestre et navale et ne plus leur être subordonnée. Du coup une réorganisation s’impose au niveau des bases mais aussi du matériel volant. Il est alors envisagé de la doter de 350 bombardiers multiplaces ; 350 chasseurs et 310 avions de reconnaissance… mais c’était compter sans les théories du général Douhet qui se croyait doué pour la Guerre aérienne et ne se privait pas de le faire savoir !


Ainsi, selon lui, pour faire court, en cas de conflit : aux biffins et aux marins la défense du territoire national, et aux aviateurs l’attaque et la destruction par bombardement de la terre ennemie… … pour cela point n’était besoin d’avoir ce qu’on aurait appelé dans la marine une « frégate » mais bien plutôt un « cuirassé », c’est-à-dire, pour revenir à l’aviation, un appareil imposant, à même d’emporter des bombes tout en ayant un armement défensif important et des capacités de reconnaissance. Le concept de BCR (Bombardement ; Chasse ; Reconnaissance) était né, et il en résulta un cahier de charges (équipage de 4 à 5 hommes ; transport de une tonne de bombes ; appareils photos ; équipement radio ; tourelles et mitrailleuses ; 350 km/h à 4000 m d’altitude ; rayon d’action de 1300 km maximum) sur lequel s’alignèrent plusieurs constructeurs d’avions, tel Potez avec son modèle 540 dont le prototype sera construit en un temps record.

En effet, commencé le 25 août 1933, il effectue son premier vol le 14 novembre de la même année. C’est que le temps presse, et il y a d’autres concurrents (Bréguet 460 ; Farman F420 et Bloch MB130). Moderne (cockpit fermé ; tourelles de tirs ; train semi-escamotable) et vieillot (fuselage rectangulaire en bois ; fixation des moteurs via des haubans et un appareillage compliqué…) à la fois, le Potez 540 alors bidérive répondait grosso modo au cahier de charges, mais était sujet à des vibrations (dues aux moteurs Hispano Suiza) compliquant son pilotage. Pour y remédier, au cours des essais en vol qui débutèrent le 23 mars 1934,un empennage monodérive fut adopté, de même que des hélices tripales à pas variable plutôt que simplement bipales ; un nouveau cockpit et enfin d’autres moteurs (« Gnome et Rhone » ;Lorraine Dietrich ; …)… puis l’avion sera commandé par l’armée de l’Air. Et ce ne seront pas moins de 270 exemplaires qui seront construits et livrés à différentes unités de reconnaissance et de bombardement… Un certain nombre d’entre eux, iront aux Espagnols républicains.

De tous ces appareils, côté français, il n’en restera que 180 opérationnels au début des hostilités et il ne seront guère ou peu engagés dans le conflit et seulement dans des missions de transport, liaison (France de Vichy aussi) ou reconnaissance. Pour ce qui est de l’Espagne par contre, ce sera plus mouvementé, puisque les appareils auront pour mission sous protection de chasseurs (enfoncé le général Douhet et ses fumeuses théories du tout en un !) de détruire des bases aériennes ou des positions d’artillerie. A l’usage, l’appareil rélévera ses qualités (bonne stabilité en vol ; bonne résistance au combat en particulier grâce à ses réservoirs de type « auto-obturant », technologie innovante dont par la suite les Russes s’inspireront pour leurs propres avions ; aptitude à se poser sur le ventre sans trop de dégâts du fait des trains d’atterrissage semi-escamotables) et ses défauts (freins pas terribles ; vitesse insuffisante et manque de fiabilité des moteurs).

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