Lockheed M-21 / D-21

L’histoire de ce composite commence en 1958 avec celle du Lockheed A-12 conçu pour remplacer le U2. Seulement les progrès des Russes en matière de DCA obligèrent bientôt les Américains à envisager des vols non pilotés au dessus de l’URSS ou de la Chine. Et comme à l’époque, les satellites espions c’était pas encore ça, le recours au drone parut tout indiqué, ce sera en 1962 le « Tagboard » dont le cahier de charges spécifiait qu’il devait pouvoir croiser à 30 000 mètres à une vitesse trisonique tout en ayant une faible signature radar et en étant compatible avec la technologie du A-12.

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photo domaine public

Pour pouvoir atteindre les performances attendues pour ce drone, Clarence Kelly Johnson, ingénieur en chef de la section « sconses » de Lockheed, envisagea très vite une motorisation par statoréacteur (entrée d’air, chambre de combustion, tuyère d’éjection des gaz enflammés… difficile de faire plus simple pour un réacteur). Si techniquement et économiquement cette solution est très avantageuse (entretien simplifié etc), opérationnellement, c’est moins rigolo car le drone est tributaire d’un autre avion pour le mener à son altitude de croisière. En effet pour être efficace, le système suppose que l’air entre à grandes vitesse dans la tuyère dès le départ, ce qui n’est pas possible à partir du sol, à moins de pourvoir le drone d’un réacteur classique en sus ! Donc il fallut trouver un avion porteur, et ce ne fut pas le SR-71 dont la production débutait pourtant à la même époque, mais bien deux exemplaires de A-12 récemment déclassés et adaptés pour le transport d’un drone et de son équipage de deux personnes (pilote et officier drone qui disposait d’un périscope pour suivre la phase d’éjection du drone. La désignation de M-21 / D-21 correspondra pour le M / D à Mother et Daughter (mère et fille).

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Et le 21, anagramme de 12, sera adopté pour souligner la filiation entre les deux appareils (A-12/M-21) mais aussi pour qu’on ne les confonde pas. Les essais en vol du composite débutent le 22 décembre 1964, même jour que pour le SR-71, mais la première séparation en vol n’aura lieu que le 5 mars 1966, quelque part au dessus du Pacifique. Plusieurs autres essais par la suite révélèrent des difficultés à maîtriser le D-21A au moment du lancement… jusqu’à l’accident fatal du 30 juin 1966 qui vit entrer en collision l’avion porteur et le drone avec perte de l’un et de l’autre. Le pilote en réchappa toute fois, mais pas son coéquipier. Cette catastrophe entraîna la fin du programme composite, mais pas celle du Drone D-21 dont la mise au point continua et fit l’objet d’une commande de 30 exemplaires (D-21B) par la CIA. mais il était désormais largué à partir d’un Boeing B-52. Toutefois la perte de l’un d’eux, le 20 mars 1971, abattu en opération au dessus de la Chine, mit un terme à son engagement sur le terrain, et plusieurs d’entre eux sont encore visibles dans des musées souvent dans le voisinage de SR-71 !

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