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1. COMMUNAUTÉ

                                                                                                            Table des matières


L’expression « estre en communalté » se retrouve dès 1344 et signifiait alors « être en commun »; puis en 1538, le mot « communaulté » est expliqué comme étant un « groupe de religieux vivant ensembles et observant une règle commune »; on trouve aussi le sens de « groupe de personnes ayant un lien en commun »; l’origine latine du mot est « communitas », traduit par « communauté », « état ou caractère commun »; d’où le titre de cet ouvrage.

 

Ces différentes significations portent toutes sur la notion de « quelque chose en commun ». Dans l’ouvrage qui suit, ce concept prend l’idée d’un état d’esprit amené par la communication authentique. Ce n’est pas un hasard, car les deux mots, communauté et communication, partagent la même étymologie.

 

L’esprit évoqué est celui qui est mis en commun par un groupe de gens qui ont appris à vraiment communiquer entre eux, honnêtement et significativement. Vraiment, car ils ont appris d’abord à  écouter;  honnêtement, car ils ont appris qu’ils peuvent être vulnérable, donc honnête; et significativement car ils ont appris à s’ouvrir par en devenant vulnérables. En une phrase, ils se connaissent et s’acceptent tels qu’ils sont.

 

Je retiendrais donc le mot « communauté » pour le reste de cette monographie, afin de rendre l’anglais « community » tel qu’utilisé par Scott Peck. Je précise la sémantique du mot à l’aide des expressions suivantes:

  • Communauté: s’entend de l’état d’esprit atteint par un groupe de personne qui le développe.

  • Développement de la communauté: processus suivi pour atteindre l’esprit de communauté (rendu de l’anglais « Community Building »)

  • Esprit de communauté: courant spirituel, voire mystique, qui existe au sein d’un groupe qui a réussi à se développer en communauté (anglais: state or phase of community).

  • Être en communauté: un groupe qui a réussi à développer l’esprit de communauté (To be in community)

J’éviterai donc les expressions formées avec l’adjectif « communautaire » à cause de la connotation moderne de ce mot, celle qui qualifie le rassemblement de personnes ayant quelque chose, pratiquement n’importe quoi, en commun. Fort évidemment, ce n’est certainement pas l’objet de cette monographie.

Ici s’arrête la discussion intellectuelle, et donc la définition de communauté. Car par essence même, le processus à suivre pour développer la communauté est flou, fluide, aussi variable que les personnes qui la composent, mystérieux parfois, inqualifiable le plus souvent, même si quelques principes fondamentaux à observer peuvent contribuer à son développement. Il n’est donc pas étonnant que ce soit un processus qui demande en plus que l’on tolère l’ambiguïté. Je ne pense donc pas, en accord avec Scott Peck, qu’un enseignement didactique du développement de la communauté soit efficace; personnellement je ne le pense même pas possible. Comme méthodologie, il reste donc l’expérience, conclusion d’une expérimentation, généralement lors de la tenue d’ateliers.

L’expérience du développement de la communauté peut être accidentelle, autogérée ou guidée.


Expérience accidentelle :

           Bien que l’expérience accidentelle menant à un état de communauté soit réelle, cet état est souvent inconscient et presque toujours éphémère. Des circonstances extraordinaires amènent les gens à passer très vite au travers de certaines des étapes du développement de la communauté, parvenant ainsi à se connaître (un peu) et à s’accepter (tel quel). Une fois ces circonstances résorbées, l’esprit de communauté se perd par un retour aux habitudes d’avant la communauté; par exemple: un groupe de personnes confinées ensembles par accident, sans ressources et en attente de sauvetage, ou encore faisant face à un péril commun.


L’expérience auto gérée :

            C’est celle du développement, conscient ou non, de la communauté par une ou plusieurs personnes dans leur entourage. Je n’ai que très peu de données empiriques sur le sujet, mais un exemple frappant est dramatisé par le film « The Breakfast Club », au cours duquel cinq adolescents très différents les uns des autres sont forcés d’être ensemble, en retenue à leur école, pendant huit heures, sans aucun programme de travail; lors de cette expérience mouvementée, ils passent plusieurs brefs moments par un profond état d’esprit de communauté – mais ceci fait l’objet d’une autre histoire.

            Les personnes ayant expérimenté lors d’atelier la communauté (expérience guidée, voir ci-dessous)  auront plus ou moins tendance à essayer de continuer son développement dans leur entourage, un autre exemple d’expérience auto gérée consciemment.

 

L’expérience guidée :

C’est l’objet de cette monographie, car seule l’expérience guidée, pouvant être répétée et observée comme en laboratoire, me servira pour décrire les phénomènes, les schémas de comportement, et les phases qui permettent le développement de la communauté. C’est le fruit d’ateliers fréquents qui a fait que Scott Peck ait pu décoder ce processus. J’ai fait de nombreuses fois cette expérience.

 

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Ce texte s’inspire en grande partie du travail et de son résultat dans le livre « The Different Drum[1] » de Scott Peck. Bien que ce livre ait été traduit en français sous le titre « La Route de l’Espoir », je citerai souvent des parties du texte dans sa version originale, traduite en français par moi-même;  dans le cas où le texte de cette traduction de l’œuvre de Scott Peck est repris verbatim ici, il sera en caractères italiques avec référence à la page de la version originale en anglais. Pour le reste, l’expérience répétée du développement de l’esprit de la communauté a permis les affirmations, idées, opinions, solutions ou propositions de mon cru.

 

Les mots soulignés sont définis dans l’Annexe « C » Terminologie à la fin de cette monographie.



[1] The Different Drum – Community Making and Peace by M. Scott Peck, M.D., publié by Simon & Schuster Inc. New York, 1987 – ISBN 0-671-60192-X; aussi brièvement cité dans le texte, du même auteur, même maison d’édition: People of the Lie.