FINISTERE

MAI-AOUT: LES REFUGIES BASQUES.

Les premiers réfugiés arrivent dans le Finistère entre mai et août 1937 et ils sont environ 2300.

Le 9 mai 1937, 446 enfants accompagnés par un vingtaine d'adultes, infirmières et médecins de Bilbao chargés de les prendre en charge depuis le port charentais de La Pallice arrivent à Quimper. Tous embarquent dans neuf autobus et prennent la direction de la colonie de vacances de Poulgouazec en Plouhinec. Ces premiers réfugiés ont été pris en charge non par l'État, mais par la CGT.

A ces enfants succèderont 1630 réfugiés supplémentaires, ceux-ci pris en charge par l'État français.. Ils arriveront par le train en dix convois successifs entre le 3 juin et le 10 août 1937.

Ces réfugiés ont été évacués par le gouvernement du pays basque qui collabore à cet effet avec le gouvernement français. (Les cuirassés Bretagne et Lorraine quittent Brest le matin du 8 mai 1937 pour se rendre à Bilbao où les attendent depuis la veille le croiseur Emile Bertin et les contre-torpilleurs Terrible et Fantasque. Leur mission est de protéger les convois de Réfugiés en partance pour la France.

Beaucoup ont pris le bateau à destination des ports de Saint Nazaire ou Nantes, entre autres.

À leur arrivée, après avoir été vaccinés ils sont acheminés vers divers centres d'hébergement. Ils seront placés dans quatre vingt dix communes en tout.

D'autres réfugiés encore, arrivent, mais cette fois de leur propre initiative et par la mer. Plusieurs chalutiers transportant des réfugiés espagnols sont débarqués en Bretagne. L'un de ces navire le Huerta, en provenance de Gijon viendra s'échouer à Penmarc'h où il échappera de justesse au naufrage grâce à des marins pêcheurs bigoudens. Les cent vingt hommes qui se trouvent à bord sont sauvés et dirigés vers la colonie de Poulgoazec d'où ils repartiront pour l'Espagne républicaine après quelque temps.  Les pêcheurs et marins du Finistère ont manifesté de très bonne heure leur solidarité avec les réfugiés espagnols. Dès le début de la guerre, ils ont pris en charge les bateaux galiciens, asturiens, cantabres et basques qui fuyaient la répression franquiste (Cf  LES BOATS PEOPLES DE 1937 ). Beaucoup d'autres bateaux y arrivent, mais leurs équipages seront vite rapatriés en Espagne, souvent, le lendemain même de leur arrivé, vers la frontière de leur choix. Dans une majorité des cas ils rentrent en zone républicaine. Seulement restent quelques hommes à bord des bateaux pour assurer leur gardiennage, et ils sont pris en charge par le vice-consul de l'Espagne à Brest et aussi par le consulat espagnol à Nantes.

La plupart des réfugiés espagnols arrivés dans les Finistère en 1937 seront forcés au rapatriement, car « seuls sont autorisés à résider en France les réfugiés qui possèdent des ressources suffisantes pour y demeurer sans occuper aucun emploi ou qui peuvent être recueillis par des personnes prenant l'engagement de subvenir à tous leurs besoins, exceptions faite toutefois pour les femmes, les enfants, les vieillards et les malades qui peuvent être encore hébergés aux frais des collectivités publiques.

Le 8 janvier 1938 il ne reste dans le Finistère que 7 réfugiés à la charge de l'État et 77 réfugiés hébergés par l'initiative privée.

Une nouvelle vague migratoire vers la France se produisit au printemps 1938 lorsque le sort des armes pencha définitivement en faveur des nationalistes avec l'occupation du haut Aragon. Entre mars et juin 25.000 personnes passèrent en France, parmi lesquelles les deux tiers étaient des combattants, qui furent rapidement rapatriés. Aux archives départementales du Finistère il n'y a pas des traces de l'arrivée dans le département de contingents issus de cette vague migratoire. Soit parce que les documents n'ont pas été conservés, soit parce que il n'y a pas eu d'arrivés à ce moment. Ce dernier cas de figure me semble douteux, car il a eu des convois de réfugiés espagnols arrivés aux Côtes du Nord dès le printemps 1938. Le seule référence de nouvelles arrivées de réfugiés en 1938, c'est l'allusion à un petit chalutier galicien, le San Adrien, qui entre dans le port d'Audierne avec à son bord vingt six hommes.

Avec la Retirada, début 1939, on peut estimer à 4000 le nombre de réfugiés espagnols dont beaucoup de femmes et d'enfants dans le Finistère. 3700 à la charge de l'État (voir tableau), et environ 200 enfants placés par la CGT.

Des quatre arrondissements c'est celui de Quimper qui accueille le plus d'Espagnols, et c'est la qui se trouvent les deux centres les plus importantes du département: Poulgoazec et le manoir du Dourdy à Loctudy.

 Pour le Finistère on n'a pas trouvé beaucoup des donnés pour établir des statistiques fiables du nombre de rapatriements, mais, le dernier rapport du préfet Angeli au Ministre de l'Intérieur daté du 14 août 1939 indique qu'il demeurait dans le département 2359 réfugiés.

Le 26 septembre 1939 un télégramme stipule que après enquête du vice consul d'Espagne en poste à Brest les réfugiés du Finistère sont 1360, mais ce nombre diminuera rapidement par la suite.

 

 LE GUILVINEC
1939 : L'arrivée des réfugiés espagnols
Ce fut un drame qui impressionna vivement la population guilviniste. La vue de ces femmes, enfants, vieillards, miséreux, démunis, mal vêtus, tristes, est restée dans les mémoires.
La guerre civile espagnole entre les troupes républicaines et les nationalistes du général Franco jeta des centaines de milliers de réfugiés sur les routes. Fuyant devant les troupes franquistes, ils franchirent les Pyrénées.
La municipalité de gauche du Guilvinec se porta volontaire pour en accueillir. Un comité composé du Maire, d'adjoints et de personnalités comme A. Biguais, J.Nadan, fut mis sur pied pour subvenir à leurs besoins. Une cinquantaine environ, venus de Barcelone, furent logés dans l'ancienne poste, mais mis aussitôt en quarantaine en raison de maladies qu'ils pouvaient véhiculer. La population fut sollicitée pour leur offrir ustensiles, matelas, vêtements, victuailles.
Ils séjournèrent au Guilvinec jusque la fin de 1939. José Soler joua même à l'USG. Puis ils furent évacués vers l'Ile Tudy où ils logèrent dans une usine. Vers 1942, ils franchirent la ligne de démarcation vers la zone sud pour tenter de retrouver leurs proches internés dans les camps de Gurs et d'Argeles. La plupart ne retournèrent plus en Espagne.

 Source: site de la Ville du Guilvinec. www.leguilvinec.com/public/pages/histoire_120anneesdhis.php

 

Marie Rose LE BLOCH:
née à Quimper en 1920,Marie Rose Le Bloch est issue d’une vieille famille quimpéroise.
Après ses études secondaires, elle choisie le métier d’infirmière et suit les cours de la Croix-Rouge. Elle obtient son certificat d’auxiliaire en 1939. Dès l’arrivée des réfugiés de la guerre civile espagnole, son dévouement est remarqué: les familles de réfugiés sont souvent dispersées: les hommes à Rennes, les femmes et les enfants à Quimper. Marie-Rose prend en charge le regroupement de ces familles.
Elle meurt en 1944 à Telgruc lors d'un bombardement nord-américain.

Julien GRACQ: le 7 février 39, Julien Gracq écrit au maire de Quimper pour que soit organisée une collecte.
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PONT AVEN:

Après la victoire de Franco sur l’Ebre fin 1938, la France reçut un très grand nombre de réfugiés. Ils n’étaient malheureusement pas les premiers. Déjà en 1937, des réfugiés ayant quitté Bilbao par bateaux, ceux-ci avaient été protégés par des bateaux de la marine nationale l’Emile Bertin, le Terrible, le Fantasque. Un bateau de la ligne transatlantique espagnole débarquera 2273 enfants (2483 passagers au total !) à La Pallice, le centre de colonies de vacances de Poulgoazec recevra 383 d’entre eux. (réf : il y a 60 ans les réfugiés espagnols en Finistère – Bibliothèque municipale de Quimper).

Les réfugiés arrivent sur nos côtes: de nombreux petits bateaux arriveront dans les petits ports bretons. A Kerdruc arriveront quatre bateaux. M. Yves Tocquet se souvient de deux yachts occupés par deux femmes qui se replieront ensuite à Quimperlé, d’un bateau en bois de la marine espagnole qui restera pourrir dans la vasière, d’un bateau en fer occupé par des hommes. Certains s’établiront dans la région.

En février 1939, la Catalogne passe sous la férule de Franco et 4000 républicains arrivent dans le Finistère, surtout des vieilles personnes, des femmes et des enfants.

Margarita, réfugiée à Pont-Aven

Après la victoire des nationalistes sur l’Ebre, la famille de Margarita quitte Barcelone en quelques heures. Le frère de son père étant très impliqué politiquement, elle a peur des représailles. La famille ramasse quelques vêtements, la grande sœur prend en charge les plus jeunes et surtout songe à prendre une casserole, bien précieux qui leur permettra de préparer quelques aliments chauds. Ils abandonnent la petite entreprise de transport du père et l’atelier de couture de la mère qui employait sept personnes pour la fabrication de lingerie destinée à un magasin allemand mais surtout la maman est complètement désemparée car elle laisse derrière elle un fils de 18 ans, blessé pendant la bataille de l’Ebre, intransportable. Bien qu’étant enrôlé dans les forces nationalistes, il croupira cinq ans dans les geôles franquistes à cause de sa famille exilée en France ; il sera libéré sur l’intervention d’un aumônier. Il restera en Espagne.

Arrivés en France, les hommes seront gardés au camp d’Argelès tandis que femmes et enfants reprendront la route et un contingent arrivera dans le Finistère. La Préfecture de Quimper répartit ces réfugiés dans plusieurs communes. Pont-Aven reçoit donc un groupe de femmes et d’enfants. La municipalité n’avait rien prévu pour garnir les pièces vides de la mairie où ils devaient être hébergés. M. Le Recteur Tanguy suggérera de faire appel à la population pour équiper les familles. La population ne fera pas défaut. Aucune trace de cette installation sur les registres du Conseil Municipal, seulement, quelques semaines plus tard, l’épicier M. Tessier fait remarquer qu’il lui est impossible de nourrir les réfugiés pour les 10 francs et 8 francs accordés par le préfet et demande 12 francs par adulte et enfant de plus de 12ans, 10 francs pour les enfants de 6 à 12ans, 8 francs pour les plus jeunes. La commune accorde 1710 francs supplémentaires pour 45 jours d’hébergement.

La famille Montané, la maman, la sœur aîné Rosita, les frères Ernesto 17 ans et Rosario 10 ans, Margarita 5 ans, passeront onze mois à Pont-Aven. Pour survivre, certaines femmes fabriquent des soutiens gorges au crochet, plusieurs pontavénistes se souviennent d’achats auprès de femmes espagnoles. Margarita fréquente l’école Saint Guénolé et non l’école publique comme on aurait pu l’attendre de réfugiés républicains. Cette petite fille devient la « mascotte » de Pont-Aven. Comment résister au charme de ce bout de chou toujours de bonne humeur qui commence à parler français, chante dans les deux langues, danse. Melles Françoise Madec et Antoinette Hémon seront comme proches voisines les premières à y succomber ; elles lui corrigent ses fautes et la gâtent.

Chaque dimanche M. Le Recteur Tanguy, à la messe, au moment de son homélie, dit quelques mots en espagnol à l’intention de ses ouailles étrangères, ceci au grand dam de certains paroissiens qui ne comprennent pas cette attention vis-à-vis de Républicains dont les armées se vengeraient sur le clergé espagnol, soutien des nationalistes.

Puis la guerre est déclarée, c’est l’invasion allemande. Ordre est donné par la Préfecture de regrouper ces antifascistes dans un camp à Douarnenez. Pendant deux mois, toutes ces familles souffriront. « Quand je suis sortie de Douarnenez, j’avais les jambes comme deux allumettes » dit Margarita. Entre temps, leur père avait eu de leurs nouvelles par une autre réfugiée à Pont-Aven qui avait écrit à un de ses amis du camp de Bram. Et c’est grâce au maire de Noé qui leur paya le voyage et leur fournit les papiers qu’elles purent ainsi le rejoindre. Françoise Madec et Madeleine Guillerm, sous prétexte de les emmener à la messe purent ainsi les faire sortie du camp et les accompagner à la gare. Il était temps car trois jours plus tard les allemands prenaient le contrôle du camp de Douarnenez. Mme Le Pautremat, fille de Mme Guillerm, ignorait cette démarche de sa mère et de sa tante. D’après Margarita, près de 90% des réfugiés de ce camp ont péri dans des camps d’extermination en Allemagne. Soixante ans après Margarita est revenu à Pont-Aven dire merci à ces Pontavénistes.

Fin « heureuse »

« Ma mère avait toujours désiré revenir à Pont-Aven mais la vie a été dure pour elle et elle n’a jamais pu réaliser son souhait. Elle parlait toujours de Pont-Aven et de l’accueil de la population. Quant à moi, mon enfance c’est Pont-Aven et non Barcelone. » Et d’égrener des tas de souvenirs. Margarita est intarissable sur ces onze mois à Pont-Aven. Elle-même attendra d’avoir élevé ses six enfants avant de réaliser un de se grands désirs, revenir et peut-être retrouver quelques témoins de son histoire. Toute la famille restera en France dans la région de Toulouse car après le camp de Noé, le père partira pour le Pas-de-Calais dans le cadre du S.T.O. Après la guerre, ses parents travailleront dans une exploitation agricole, le père comme ouvrier, la mère comme couturière. Puis ils prendront une petite ferme à leur compte, la vie sera encore très dure.

D’après un article paru dans « Bulletin trimestriel municipal », n° 16, premier trimestre 2000, écrit par F. Rivet-Daoudal.

 

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