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Muller Hugo,

Professeur au lycée Félix Esclangon de Manosque

Lettre au Père-Noël


Cher Père-Noël,

J'ai le regret de vous informer, qu'ayant bien philosophé cette année, j'ai du me résoudre à admettre toute l'étendue de votre perversité. Vous prétendez que tout enfant sage sera récompensé par une large dotation de cadeaux. Il sera démontré ici – selon la lumière naturelle de la saine raison – que votre générosité n'est en réalité que la plus infâme des cruautés.

Tu l'auras compris Papi, tu vas prendre cher en trois parties.


Premièrement vous incitez au bien par un odieux chantage. La sagesse est récompensée, la vilenie châtiée. Et bien, en procédant ainsi, non seulement vous retirez tout son mérite à l'enfant qui n'est plus sage que par contrainte, mais vous l'incitez au mal. Car qu'est-ce qui le pousse à se tenir tranquille sinon les basses de son égoïsme ? Et je vous le demande, quoi de plus improductif que d'inciter à la morale en encourageant ce vile penchant ? Père-Noël, par pitié, vous exploitez des lutins, n'allez donc pas vous piquez pas de pédagogie par dessus le marché !


Deuxièmement, m'est avis que le seul cadeau que vous offrez, n'est rien de plus que de la frustration empaquetée.

En voici l'accablante démonstration :

Tout enfant est ou bien capricieux ou bien sage.

1 ° cas l'enfant capricieux

Celui-ci n'est pas supposé recevoir de cadeaux. Donc si je suis capricieux, je n'ai rien alors que mon désir est affolé par effervescence que vous prenez un malin plaisir à encourager. Bon, je crois que ça s'appelle tout simplement de la torture en fait.

2° cas l'enfant sage,

Alors lui, il en reçoit, des cadeaux. Mais la sagesse consistant précisément à limiter ses désirs, il ne peut que souhaiter se passer des cadeaux qu'il reçoit.

Voilà, bien joué, sage ou capricieux : sous les rubans, c'est le néant !



Troisièmement, cette sagesse à laquelle vous nous invitez est de loin votre présent le plus empoisonné. Bien loin d'être le confortable refuge qui permet de résister à la frustration et de se contenter de ce que l'on possède, cette sagesse dis-je ouvre le terrible monde de la lucidité. Car, Oui, Père-Noël, je l'ai compris, en donnant aux sages et en refusant aux capricieux, vous entretenez ce procédé ignoble qui consiste à être généreux avec ceux qui n'ont besoin de rien, et à frustrer ceux qui manquent de tout ! Sous couvert de justice, vous alimentez la cause même de toutes les injustices. Oh Père Noël, et je dirais même oh oh oh, car tel est bien le son du rire sarcastique par lequel vous vous repaissez, chaque année, sans vergogne, du malheur de votre prochain, oh Père Noël, cessez de faire de nous les jouets de votre sadisme.


Mais, je l'avoue je suis mauvais payeur, et je ne rends pas encore assez hommage à votre grandeur d'âme! Et comme c'est Noël, je vais aller contre tout ce en quoi je crois et faire une quatrième partie.

Vos menaces ne sont en effet que de vains mensonges, car au matin du 25, quelle que soit la manière dont j'ai agi, et bien en fait, je reçois quand même des cadeaux ! Générosité de votre part ? Lâcheté ? J'en doute fort car ces présents dont on profite ont le goût rance de la dinde de la veille. Et je vais vous le prouver :


Si je suis capricieux et que je ne mérite pas mes cadeaux, l'indigestion du réveillon est assaisonnée d'un insupportable sentiment de culpabilité. Je ne peux en effet m'empêcher de comparer ma méchanceté à votre excès de gentillesse. Ou bien donc vous voulez m'humiliez, et dans ce cas merci bien Père Noël, joyeux noël, à vous aussi. Ou bien vous voulez vous la péter. Dans ce cas je peux vous le dire maintenant, rentrer chez les gens par la cheminée c'est juste pour les idiots ou les pervers et le costume rouge et blanc, bon, c'était à la mode, mais au Vatican, chez les cardinaux, en 1523.

Si par contre je mérite ces cadeaux parce que j'ai effectivement été sage, mais que je ne les désire plus comme on l'a démontré ci-avant, alors non seulement j'aggrave la culpabilité de mon petit frère capricieux qui devant le spectacle de ma vertu ne peut que pleurer sa propre misère morale, mais en plus puisque je l'empêche de jouir de ce qu'il a reçu, il est condamné – et attention, il est condamné POUR NOEL - à ne m'offrir que les larmes de sa haine, les tremblements de sa frustrations et l'aigreur de sa jalousie. A cela s'ajoute que vous me condamnez à l'hypocrisie : comment en effet mes parents pourraient-ils comprendre que je ne me réjouisse pas en ce jour de fête. Quel autre choix ai-je que d'afficher le plus forcé des sourires ? Ainsi au cœur même de ma sagesse vous causez la dépravation et chaque année vous piétinez de tous vos rennes la sainte innocence des tout petits. Bref : j'espère bien que vous allez choper la gastro sur votre traîneau.

Effervescence de la nativité oblige : cinquième partie ?

A cerise sur le gâteau ou devrais-je dire, du nain de jardin sur la bûche de Noël : c'est que votre jouissance sadique est récompensée. Non content de déverser chez nous le poison de vos présents, vous en profitez pour exigez la gratitude de ceux qui les reçoivent. Il ne suffit pas de subir l'injustice, mais c'est encore avec le sourire qu'il faut se faire maltraiter ! Cette gratitude ne serait que symbolique, passe encore, un petit « merci Père Noël !» au matin, soit, mais vous réclamez en outre votre part du réveillon. Que ne doit-on pas laisser sur la table à votre intention ? Grands vins de Bougogne, fromage de luxe, foie gras, petits gâteaux de maman à base de tendresse et d'amour à défaut d'une bonne recette, et même oranges ou mandarines déjà épluchées, oui monsieur, déjà épluchés, pour vous, parce qu'on a la bonté de s'imaginer que la pénible distribution du réveillon vous éreinte ! Il suffit. Cher Père Noël, je me passerai bien de vous cette année!

Si toutefois vous osiez passez votre tête bedonnante et votre ventre grisonnant par la cheminée de ma chaleureuse maison, sachez qu'un feu bien nourri vous y attend. Et si votre barbe roussie ne suffisait pas à vous décourager, essayez donc nos petits gâteaux de Noël de cette année - ma petite fille de trois ans a tenté la recette sable-farine-colle-jus d'orange-bibi au chocolat et crotte de nez. Une tuerie, littéralement !


Joyeux Noël Père Noël