ARGUMENTAIRE



Au cours du siècle dernier s’est développée une nouvelle tranche d'âge social, l'adolescence. Période de bouleversements identitaire, marquée par des changements physiques et psychiques, elle se double souvent de phases d'errance qui se  manifestent aussi bien sur les scènes familiales qu'institutionnelles.

Si l'errance est sociale, elle est aussi psychique.

En effet, l'errance est souvent une exploration qui peut paraître sans but et sans retour imaginé, une entrée possible dans la marginalisation avec parfois, pour pouvoir survivre, des conduites à risques comme expressions de la pulsion de mort, de l’identification au déchet, ou de la crainte de l'abandon.

Mais l'errance est aussi un voyage, un mode de vie très désiré à l'adolescence, un processus qui participerait d'une quête identitaire, d'une tension vers un idéal, voire d'une tentative de sublimation.

Ainsi apparaissent les deux faces de l'errance qui peuvent se repérer dans la clinique comme un signe de ce qui ne peut se dire. Toxicomanie, isolement, marginalisation, délinquance, décrochage scolaire, ou bien rêve d'un voyage initiatique où se mêlent mythes, légendes et poésie. Toute indication est à entendre comme trace de ce qui ne va pas, de ce qui se répète, en même temps qu’une tentative d'invention.

Ce temps de l'errance nécessaire, c'est ce qui dans la praxis doit être accueilli et accompagné par chacun de nous. « Tu peux errer, tu peux prendre ce temps nécessaire de non-savoir sur toi », tel serait notre message. La tâche qui nous revient est alors de rendre féconde cette errance, de l’orienter, de l’éclairer, de l'analyser pour que, de son histoire, l’adolescent puisse faire émerger un savoir ainsi que la possibilité pour lui de faire des choix. C'est toute la valeur de l'accompagnement.

La prise en charge de ces jeunes en errance nous oblige à un aménagement du cadre psychanalytique et psychothérapique,  articulé au champ socio-éducatif. Nos réflexions partent notamment d’une pratique réalisée au sein du dispositif d’accompagnement psychosocial de Métabole, qui met en œuvre le mouvement tant physique que psychique et plus ou moins organisé de l’adolescent. Cette pratique n'est en aucun cas un laisser-faire sans cadre et sans limites, mais elle ne peut prétendre au risque zéro. Nous nous appuierons sur les problématiques particulières que nous rencontrons à Métabole pour éclairer nos positions d'accueil, d'écoute et d'accompagnement des adolescents.

En partant de cette clinique aux limites de l'analysable, nous chercherons à tisser un cadre pour penser ces errances qui pourraient être bénéfiques.

—oOo—

Errance[s] Adolescente[s]
est un colloque de