Dictées

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2009

Dans les villages, on ne lui donnait guère : on le connaissait trop ; on était fatigué de lui depuis quarante ans qu'on le voyait promener de masure en masure son corps loqueteux et difforme sur ses deux pattes de bois. Il ne voulait point s'en aller cependant, parce qu'il ne connaissait pas autre chose sur la terre que ce coin de pays, ces trois ou quatre hameaux où il avait trainé sa vie misérable. Il avait mis des frontières à sa mendicité.
Maupassant, Contes du jour et de la nuit. Folio

Mots écrits au tableau : "loqueteux", "hameaux"

2008

Ce jour-là, ils traînaient le long des chemins et leurs pas semblaient alourdis de toute la mélancolie du temps, de la saison et du paysage.
Quelques-uns cependant, les grands, étaient déjà dans la cour de l'école et discutaient avec animation. Le père Simon, le maître, sa calotte en arrière et ses lunettes sur le front, dominant les yeux, était installé devant la porte qui donnait sur la rue. Il surveillait l'entrée, gourmandait les traînards, et, au fur et à mesure de leur arrivée, les petits garçons, soulevant leur casquette, passaient devant lui, traversaient le couloir et se répandaient dans la cour.
Louis PERGAUD, La guerre des boutons


2007

L'homme baissa la tête, ramassa le sac qu'il avait déposé à terre, et s'en alla.
Il prit la grande rue. Il marchait devant lui au hasard, rasant de près les maisons, comme un homme humilié et triste. Il ne se retourna pas une seule fois. S'il s'était retourné, il aurait vu l'aubergiste de La Croix-de-Colbas sur le seuil de sa porte, entouré de tous les voyageurs de son auberge et de tous les passants de la rue, parlant vivement et le désignant du doigt, et, aux regards de défiance et d'effroi du groupe, il aurait deviné qu'avant peu son arrivée serait l'événement de toute la ville.

Victor Hugo, Les Misérables


2006

Zambudio avait coupé à droite, par un sentier, une ruelle sans nom, comme le lui avaient indiqué les gosses, puis il était descendu vers un groupe de cabanes en contrebas. Tous les regards convergeaient vers lui. À mi-pente, il s'était arrêté, avait pénétré dans une petite allée entre deux huttes de carton. Un homme assez jeune était occupé à fracasser à coups de marteau une vieille batterie de voiture, tandis qu'un autre, plus vieux, contemplait le crépuscule naissant dans un fauteuil à bascule qui avait connu des jours meilleurs, quelques décennies plus tôt.

Patrick Bard, La Frontière, 2002.


Le Port

Un port est un séjour charmant pour une âme fatiguée des luttes de la vie. L'ampleur du ciel, l'architecture mobile des nuages, les colorations changeantes de la mer, le scintillement des phares, sont un prisme merveilleusement propre à amuser les yeux sans jamais les lasser. Les formes élancées des navires [...] servent à entretenir dans l'âme le goût du rythme et de la beauté. Et puis, surtout, il y a une sorte de plaisir mystérieux et aristocratique pour celui qui n'a plus ni curiosité ni ambition, à contempler, couché dans le belvédère ou accoudé sur le môle, tous ces mouvements de ceux qui partent et de ceux qui reviennent, de ceux qui ont encore la force de vouloir, le désir de voyager ou de s'enrichir.

Baudelaire, Le Spleen de Paris.


   Ce n'était pas une cité de misère, non. Juste un quartier sans passé, dénué de charme, de fantaisie, d'animation. On l'avait planté là, à la hâte, une vingtaine d'années plus tôt, à la périphérie d'une petite ville elle-même fort assoupie. Un quartier résidentiel en toc, fleurant l'ennui et la fadeur.
   Le petit homme chétif, aux cheveux d'un blanc jaune, clairsemés et tombant sur le col élimé d'un pardessus crasseux, affublé de lunettes dont une branche était rafistolée avec du sparadrap, était donc passé inaperçu lors de sa première visite au café "La Croix des Vents". Le malheur fut qu'il y revint, jour après jour. Et sa présence se fit indésirable.

Sylvie Germain, "Le Chineur de Merveilles", in Pour Sol en Si, éd. Gallimard, coll. "Pages blanches", 1997.

Ecrire au tableau :
"sparadrap"
"affublé"


II observait avec minutie chaque coin de rue. Mais il se rassura rapidement. Il avait fait le bon choix. A cette heure de l'après-midi, le village était plongé dans la mort. Les rues étaient désertes. Les volets fermés. Les chiens même s'étaient volatilisés. C'était l'heure de la sieste et la terre aurait pu trembler, personne ne se serait aventuré dehors. Une légende courait dans le village qu'à cette heure, un jour, un homme remonté un peu tard des champs avait traversé la place centrale. Le temps qu'il atteigne l'ombre des maisons, le soleil l'avait rendu fou. Comme si les rayons lui avaient brûlé le crâne. Tout le monde, à Montepuccio, croyait en cette histoire.

Laurent Gaudé, Le Soleil des Scorta, 2004.


2005

Paris avait glacé en moi cette fièvre de mouvement que j'avais subie à Nohant. Tout cela ne m'empêchait pas de courir sur les toits au mois de décembre et de passer des soirées entières nu-tête dans le jardin en plein hiver ; car dans le jardin aussi, nous cherchions le grand secret et nous y descendions par les fenêtres quand les portes étaient fermées. C'est qu'à ces heures-là nous vivions par le cerveau, et je ne m'apercevais plus que j'eusse un corps malade à porter.
Avec tout cela, avec ma figure pâle et mon air transi, dont Isabelle faisait les plus plaisantes caricatures, j'étais gaie intérieurement. Je riais fort peu, mais le rire des autres me réjouissait les oreilles et le cœur.

George Sand, Histoire de ma vie, Troisième partie, chapitre XI.


(le 10 Mai 1986, Jean-Louis Etienne touche au but.)

Ça y est, je suis passé ! Enfin... il serait exact, et surtout plus noble, de dire que la banquise vient de m'ouvrir sa porte blanche, pour accéder jusqu'à son centre, le pôle Nord, que les enfants canadiens appellent le pays du père Noël, car ils savent bien qu'il y habite.
Et moi, en contemplant la blancheur insensée de cet univers fabuleux, je suis prêt à croire qu'ils ont raison, que je vais croiser son traîneau au détour d'une crête enneigée, et que nous nous saluerons au passage !

Jean-Louis Etienne, Le marcheur du pôle.


Elle préfère marcher au hasard, sans itinéraire, mais avec le plan dans sa poche pour le cas où elle se perdrait. Tout de suite elle est dans les bois. Les rues de son quartier se transforment en chemins de terre où elle croise des cavaliers. Elle franchit des ponts, longe des petits cours d'eau couverts de feuilles mortes, qui lui rappellent son enfance, lorsqu'elle jouait au Robinson avec son frère. Tout la déconcerte. Elle se croit parfois en pleine campagne, découvre même des poules dans un champ et se trouve soudain devant un carrefour à huit voies.

Jacques Tournier, La maison déserte, éd. Calmann-Lévy.


Bonne-maman ouvrit son parapluie et, très droite sur son banc, fixa la mer d'un œil sévère. Elle n'était pas belle la mer, oh non, pas belle du tout ! La Méditerranée s'était mise en frais en notre honneur et roulait d'impressionnantes vagues. Tout alla à peu près bien tant que nous fûmes dans le bassin du port ; nous avions déjà les pieds dans l'eau, mais ce n'était pas encore angoissant.
La danse commença dès que nous eûmes franchi la passe. Nous mesurâmes soudain à quel point notre embarcation était petite, délabrée, surchargée. Le patron se cramponna à la barre et augmenta le régime du moteur, l'oncle Marc s'épongea fébrilement le front, mes sœurs et moi nous nous regardâmes avec une certaine inquiétude et c'est alors que bonne-maman sortit son chapelet.

Claude Michelet, Une fois sept


2004

C'est une opération qui se fait en demi-cachette, juste avant le départ des grands-parents, dans un coin de la salle à manger, avec des gestes nerveux, précipités :
- Tiens, tu t'achèteras quelque chose...
Et ils vous fourrent dans la poche une enveloppe. On les embrasse, et si on est gêné, c'est surtout parce qu'on a l'impression de jouer un rôle déjà écrit. Les parents reviennent avec un air de joie ennuyée. Ils font semblant de se fâcher contre les grands-parents - c'est ça, leur rôle.
Mais ce qui est très bien, c'est de se retrouver le mercredi matin suivant à l'hypermarché avec un billet de cent francs dans la poche.
On se sent tout léger, et pour un peu on ferait de grandes glissades au milieu des allées. Une heure entière à dépenser !

Philippe Delerm


Vous le voyez, le théâtre de notre petite troupe était assez bien machiné pour l'époque. Il est vrai que la peinture de la décoration eût semblé à des connaisseurs un peu enfantine et sauvage. Les tuiles des toits tiraient l'œil par la vivacité de leurs tons rouges, le feuillage des arbres plantés devant les maisons était du plus beau vert-de-gris, et les parties bleues du ciel étalaient un azur invraisemblable ; mais l'ensemble faisait suffisamment naître l'idée d'une place publique chez des spectateurs de bonne volonté.
Un rang de vingt-quatre chandelles soigneusement mouchées jetait une forte clarté sur cette honnête décoration peu habituée à pareille fête. Cet aspect magnifique fit courir une rumeur de satisfaction parmi l'auditoire.

Théophile GAUTIER, Le Capitaine Fracasse.


Un livre peut être une forêt de signes. Mais une forêt non tropicale, une forêt domestiquée, aménagée, un parc de loisirs, un éden à portée des lèvres et des yeux. Ne dit-on pas d'ailleurs, quand on parcourt un livre, ne dit-on pas qu'on le feuillette ? Les livres auraient donc des feuilles, comme les arbres ! On n'oublie jamais un livre parlant des forêts quand il est lu dans les branches d'un arbre. Il faudrait faire aussi des livres qu'on pourrait lire sous l'eau quand ils nous parlent de la mer et d'autres, phosphorescents, pour nous raconter chaque nuit les étoiles ! Mais je rêve.

Jacques Lacarrière


- Quand j'étais gosse, j'aimais aller à la ville pour regarder les vitrines. Surtout bien sûr la veille de Noël. Tout ce qu'il y avait dans les vitrines, c'était bien arrangé sur du velours avec des guirlandes et des branchettes de sapin. Et puis la vitre, ça interdit, ça empêche de toucher. Quand on entrait dans le magasin et quand on se faisait montrer quelque chose qu'on sortait de la vitrine, tout de suite, c'était moins bien. Ça avait perdu son charme, si tu vois ce que je veux dire. Alors ici avec le pare-brise, eh bien le paysage, il est comme en vitrine. Bien arrangé et impossible à toucher. C'est peut-être pour ça qu'il est plus beau.
- En somme, conclut Gaston, si je comprends bien, l'autoroute, c'est des belles choses, mais pour les yeux seulement. Pas la peine de s'arrêter et de tendre la main.

Michel Tournier, L'aire du Muguet.


2003

Vers 1900, un camarade de classe présente à Marcel Pagnol un nouvel objet.

Il m'expliqua que cet appareil s'appelait un "stylographe", que son père le lui avait rapporté d'Angleterre, et qu'il permettait d'écrire pendant une semaine sans s'arrêter; enfin, quand il était vide, on pouvait le remplir de nouveau en tirant sur une sorte de piston.
Il voulut m'en montrer le fonctionnement : mais il n'était pas encore très habile au maniement de cette mécanique anglaise, et ne réussit qu'à lancer un jet soudain d'encre indélébile sur son magnifique cahier neuf.
J'en ressentis un si vif plaisir que je lui pardonnai aussitôt la possession d'une merveille dont il ne saurait jamais se servir.

Marcel Pagnol, Le Temps des Secrets.


Un jour, bien des années auparavant, quand la forêt recouvrait beaucoup plus de terres et qu'elle s'étendait dans toutes les directions, quand les hommes ne pensaient pas encore à abattre les arbres pour planter le cacao, qui n'était pas encore arrivé d'Amazonie, Jeremias se réfugia dans cette forêt. C'était un jeune noir qui fuyait l'esclavage. Les chasseurs d'esclaves le poursuivaient ; il pénétra dans la forêt habitée par les Indiens et jamais plus n'en sortit.

   Jorge AMADO, Les Terres du bout du monde, trad. I. Meyrelles, Gallimard, 1994.


Le bois s'épaissit, l'obscurité devint profonde. Des bouffées de vent chaud passaient, pleines de senteurs amollissantes. Il enfonçait dans des tas de feuilles mortes, et il s'appuya contre un chêne pour haleter un peu.
Tout à coup, derrière son dos, bondit une masse plus noire, un sanglier. Julien n'eut pas le temps de saisir son arc, et il s'en affligea comme d'un malheur.
Puis, étant sorti du bois, il aperçut un loup qui filait le long d'une haie. Julien lui envoya une flèche. Le loup s'arrêta, tourna la tête pour le voir et reprit sa course. Il trottait en gardant toujours la même distance, s'arrêtait de temps à autre, et, sitôt qu'il était visé, recommençait à fuir.

Gustave Flaubert, Trois contes, "La Légende de saint Julien l'Hospitalier".


  Duroy marmottait toujours :
    "Quand on commandera feu, j'élèverai le bras". Et il pensa qu'un accident de voiture arrangerait tout. Oh ! Si on pouvait verser, quelle chance ! S'il pouvait se casser une jambe !
    Mais il aperçut au bout d'une clairière une autre voiture arrêtée et quatre messieurs qui piétinaient pour s'échauffer les pieds ; et il fut obligé d'ouvrir la bouche tant sa respiration devenait pénible.
    Les témoins descendirent d'abord, puis le médecin et le combattant. Rival avait pris la boîte aux pistolets et il s'en alla, avec Boisrenard, vers deux des étrangers qui venaient à eux. Duroy les vit se saluer avec cérémonie puis marcher ensemble dans la clairière en regardant tantôt par terre et tantôt dans les arbres, comme s'ils avaient cherché quelque chose qui aurait pu tomber ou s'envoler. Puis ils comptèrent des pas et enfoncèrent avec grand-peine deux cannes dans le sol gelé. Ils se réunirent ensuite en groupe et ils firent les mouvements du jeu de pile ou face, comme des enfants qui s'amusent.

Guy de Maupassant, Bel-Ami.


 2002

Remarque : la narratrice est une jeune fille.

    Ce que j'aimais le plus, c'était voir le soleil se coucher à l'ouest, sur les collines qui deviennent comme des nuages bleus. La maison de ma mère est un appartement au sixième étage, sous les toits, sans vue et presque sans soleil. Il y a deux petites fenêtres basses, fermées par des grillages à cause des rats. Je me souviens ce que j'ai ressenti quand je suis entrée dans cet appartement pour la première fois. Non pas pour passer, comme quand on va voir une pauvresse, mais pour y vivre, pour y rester des mois, des années. Un désespoir comme jamais je n'avais imaginé, un trou noir, je tombais en arrière sans espoir de pouvoir remonter.

    C'était le plein hiver, il pleuvait, la nuit tombait tôt. La nuit semblait monter de tous les soupiraux, des portes des maisons pour envahir les ruelles de la vieille ville.

J.M.G. Le Clézio, Printemps et autres saisons, Gallimard, 1989.


Dès qu'un homme cherche le bonheur, il est condamné à ne pas le trouver, et il n'y a point de mystère là-dedans. Le bonheur n'est pas comme cet objet en vitrine, que vous pouvez choisir, payer, emporter ; si vous l'avez bien regardé, il sera bleu ou rouge chez vous comme dans la vitrine. Tandis que le bonheur n'est bonheur que quand vous le tenez ; si vous le cherchez dans le monde, hors de vous-même, jamais rien n'aura l'aspect du bonheur. En somme on ne peut ni raisonner ni prévoir au sujet du bonheur ; il faut l'avoir maintenant. Quand il paraît être dans l'avenir, songez-y bien, c'est que vous l'avez déjà. Espérer, c'est être heureux.

Alain, Propos, 18 mars 1911


Vous aviez une grande glace qui faisait tout le mur derrière la barre, je ne sais pas pourquoi j'étais tourné vers cette glace et je voyais l'immeuble d'en face qui se réfléchissait là, dans la lumière grise du petit matin. A l'horizontale de nous dans cet immeuble, il y avait un homme, accoudé à sa fenêtre, qui nous regardait en fumant, j'ai eu un coup à la tête, j'ai dit "mais c'est lui, c'est le...". Et à ce moment-là, un bruit épouvantable, la boîte de cassoulet qui explosait dans la cuisine, on l'avait oubliée pas même ouverte sur le camping-gaz.

Tout cela, Estelle, ça me revient, tous les détails, on a pleuré plus d'une fois ensemble, et voilà que je repleure et c'est encore à cause de vous.

Quand on est revenus dans votre cathédrale (tu te rappelles, j'appelais votre grande pièce une cathédrale), l'homme avait disparu et on s'est endormis sur le parquet.

Est-ce que je fais mal de ramener tout ça ? Ma première visite chez vous, comment veux-tu que j'aie oublié, et toi as-tu oublié, je ne veux pas le croire, non je me refuse à le croire.

Pierrette FLEUTIAUX, Nous sommes éternels, 1990



Je me mets au travail avec l'ardent désir de réaliser un bon devoir. Je décris mon attente près du poste de garde, la lumière d'automne sur la ville, la pâtisserie, le petit chemin, la maison, la colline, le silence, parle de mon admiration pour le chef, de sa femme et de leur petite fille, du plaisir que j'ai eu à manger à ma faim. Ensuite, aux heures que je vis à la caserne, parfois si grises, si lourdes, si lentes à s'écouler, j'oppose celles que j'ai connues au cours de cet après-midi, mais qui ont passé si vite que je n'ai pu les savourer. Et je termine en essayant de recréer l'émotion qui m'a étreint à cet instant où nous étions tous quatre sur la terrasse.

Charles Juliet, L'année de l'éveil, J'ai lu, 1988.

 

2001

Je te l'ai dit, je suis une vieille carcasse qui s'ennuie. J'ai eu tout ce qu'une vieille femme peut raisonnablement et même déraisonnablement souhaiter. L'argent, la puissance, les amants. Maintenant que je suis vieille, je me retrouve aussi seule que lorsque j'étais une petite fille qu'on faisait tourner en pénitence contre le mur. Et ce qui est plus grave, je me rends compte qu'entre cette petite fille et cette vieille femme, il n'y a eu, avec beaucoup de bruit, qu'une solitude pire encore.
Toutes les femmes sont pareilles. Ma petite Juliette, elle, sera sauvée parce qu'elle est romanesque et simple. C'est une grâce qui n'est pas donnée à toutes.

 

Jean Anouilh,
Le Bal des voleurs, Tableau II
Répliques de Lady Hurf.


  En ce moment, les moulins situés sur les chutes de l'Indre donnaient une voix à cette vallée frémissante, les peupliers se balançaient en riant, pas un nuage au ciel, les oiseaux chantaient, tout y était mélodie. Ne me demandez plus pourquoi j'aime la Touraine. Je ne l'aime ni comme on aime son berceau, ni comme on aime une oasis dans le désert ; je l'aime comme un artiste aime l'art ; je l'aime moins que je ne vous aime, mais sans la Touraine, peut-être ne vivrais-je plus. Sans savoir pourquoi, mes yeux revenaient au point blanc, à la femme qui brillait dans ce vaste jardin.
   Je descendis, l'âme émue, au fond de cette corbeille, et vis bientôt un village que la poésie qui surabondait en moi me fit trouver sans pareil.

D'après Honoré de Balzac,
Le Lys dans la vallée.


C'était toujours les mêmes départs. La séparation d'avec la terre s'était toujours faite dans la douleur et le même désespoir, mais ça n'avait jamais empêché les hommes de partir...
Lorsque l'heure du départ approchait, le bateau lançait trois coups de sirène, très longs, d'une force terrible, ils s'entendaient dans toute la ville et du côté du port le ciel devenait noir. Les remorqueurs s'approchaient alors du bateau et le tiraient vers la travée centrale de la rivière. Lorsque c'était fait, les remorqueurs larguaient leurs amarres et revenaient vers le port. Alors le bateau encore une fois disait adieu, il lançait de nouveau ses mugissements terribles et si mystérieusement tristes qui faisaient pleurer les gens, non seulement ceux du voyage, ceux qui se séparaient mais ceux qui étaient venus regarder aussi, et ceux qui étaient là sans raison précise, qui n'avaient personne à qui penser.

Marguerite DURAS, L'Amant


Ce miracle, M. Havard l'avait attendu jusqu'alors.
Lorsqu'il vit au contraire que l'on s'arrêtait devant son cachot, lorsqu'il comprit qu'on allait ouvrir la porte, il lui apparut brusquement que les miracles n'existaient point, qu'il ne fallait pas les attendre, que sa dernière heure était venue.
La clé tourna dans la serrure.
Lentement les rouages fonctionnaient.
Il fallait peut-être une seconde pour que la porte s'ouvrît, cette seconde devait durer un siècle pour l'agonisant qu'était M. Havard.
Enfin, très lentement, le battant de la porte s'écartait. M. Havard eut alors l'impression qu'une vive clarté illuminait la pièce.
Depuis qu'il était dans le noir, ses yeux s'étaient dilatés. Il fut ébloui par la lumière, il ne vit pas, il crut qu'il ne voyait pas celui qui entrait...
Une voix murmurait simplement :
- Vous êtes bien là ?

Pierre Souvestre et Marcel Allain, Fantômas, La série rouge, 1913


 

Article 32*

Les Etats reconnaissent le droit de l'enfant d'être protégé contre l'exploitation économique et de n'être astreint à aucun travail comportant des risques ou susceptible de compromettre son éducation ou de nuire à sa santé ou à son développement physique, mental, spirituel, moral ou social.

Article 24*

Les Etats reconnaissent le droit de l'enfant de jouir du meilleur état de santé possible et de bénéficier de services médicaux et de rééducation. Ils s'efforcent de garantir qu'aucun enfant ne soit privé du droit d'avoir accès à ces services.

Article 31*

Les Etats reconnaissent à l'enfant le droit au repos et aux loisirs, de se livrer au jeu et à des activités récréatives propres à son âge, et de participer librement à la vie culturelle et artistique.

Convention Internationale des Droits de l'Enfant

* On écrit ces nombres en chiffres et pas en lettres.


2000

Mon très cher et honoré mari,

     Nous venons d'avoir au château la visite du jeune baron de Rosemberg, qui s'est dit votre ami et envoyé par vous. Bien qu'un secret de cette nature soit ordinairement gardé par une femme avec justice, je vous dirai toutefois qu'il m'a parlé d'amour. J'espère qu'à ma prière et recommandation vous n'en tirerez aucune vengeance, et que vous n'en concevrez aucune haine contre lui. C'est un jeune homme de bonne famille et point méchant.

                                                                        A. de Musset, Barberine, III, 11


" Le jour du spectacle arriva. Je pouvais prévoir tout ce qui allait se passer. J'étais dans l'indifférence la plus complète jusqu'au moment où j'entrai dans ma loge ; alors mon cœur se mit à battre.

       En scène, je fus surpris par l'extraordinaire solennité, le calme et l'ordre qui y régnaient. Après l'obscurité des coulisses, les feux de la rampe et les projecteurs m'éblouissaient. J'étais complètement aveuglé. "

                                                          Constantin Stanislavski, La formation de l'acteur.
                                                                           
Petite Bibliothèque Payot, 1993.


 "Tous mes souvenirs d'enfance sont bien puérils, comme l'on voit, mais si chacun de mes lecteurs fait un retour sur lui-même en me lisant, s'il se retrace avec plaisir les premières émotions de sa vie, s'il se sent redevenir enfant pendant une heure, ni lui ni moi n'aurons perdu notre temps ; car l'enfance est bonne, candide, et les meilleurs êtres sont ceux qui gardent le plus ou qui perdent le moins de cette candeur et de cette sensibilité primitives."

                                                                         George Sand, Histoire de ma vie.


Pourtant il avait un père et une mère. Mais son père ne pensait pas à lui et sa mère ne l'aimait point. C'était un de ces enfants dignes de pitié entre tous qui ont père et mère et qui sont orphelins.
           Il n'avait pas de gîte, pas de pain, pas de feu, pas d'amour, mais il était joyeux parce qu'il était libre.

                                                                                                                                  V. Hugo

1999

Parfois, échappant à ma vigilance, mon chat profite de l'enchevêtrement de la vigne vierge pour escalader le grillage et pénétrer dans la basse-cour.

Il s'approche d'abord des canards, qu'il sait pacifiques, mais ils ont vite fait de se précipiter dans la mare.

Il se tourne alors vers les poules : sa jouissance à mettre en déroute ces grosses bêtes peureuses décuple son agilité. Il saute sur l'une, barre la retraite d'une autre, ravi de les voir détaler en poussant des cris.

Depuis quelques jours, cependant, il semble avoir renoncé à cette amusante distraction : la semaine dernière, une poule, plus dégourdie ou plus méchante que les autres, s'est retournée, et à son tour, s'est mise à le poursuivre, le bec férocement pointé vers l'ennemi.

Le chat n'a sauvé l'intégrité de son derrière qu'en bondissant par-dessus la clôture. Je crois que cette aventure lui a servi de leçon.

D'après Alain PARAILLOUS, Le Chemin des cablacères, 1998.

 


Grand-père dormait trop longtemps quelquefois ; son visage devenait rigide, son long nez se tirait, sa bouche s'ouvrait en long. Christophe le regardait avec inquiétude et craignait de voir sa tête se changer en une forme fantastique. Il chantait plus fort pour le réveiller, ou il se laissait dégringoler à grand fracas de son talus de pierres. Un jour, il inventa de lui jeter à la figure quelques aiguilles de pin, et de lui dire qu'elles étaient tombées de l'arbre. Le vieux le crut : cela fit bien rire Christophe. Mais il eut la mauvaise idée de recommencer ; et, juste au moment où il levait la main, il vit les yeux de grand-père qui le regardaient. Ce fut une méchante affaire : le vieux était solennel et n'admettait point la raillerie sur le respect qu'on lui devait ; ils restèrent en froid pendant plus d'une semaine.

Romain ROLLAND, Jean-Christophe.


Simone est assise en face de moi, vêtue d'une robe à fleurs, elle aussi, les mains à plat sur la toile cirée.

- Qu'est-ce que tu veux que je te raconte ?

Elle ne risque pas d'avoir un musée familial, elle : ni cave ni grenier ; et, dans ce mouvement perpétuel que fut son existence, elle n'emportait que le minimum : quelques meubles, quelques objets, de la vaisselle, du linge, comme ces nomades dont toutes les propriétés tiennent dans un sac ou une malle. Ses souvenirs sont dans sa tête, et dans trois boîtes à chaussures qu'elle ouvre en se pourléchant un peu les lèvres, comme si elle allait y découvrir des sucreries. Elle tâtonne un instant, puis elle en tire, comme pour me rendre hommage, mes livres qui sont là, bien serrés, couverts de papier marron, des photos, des cartes que je lui ai envoyées, les faire-part de naissance de mes enfants, quelques articles de journaux où on parle de moi.

Jean JOUBERT.


L’arbre de vie

Quand j'étais enfant, ma grand-mère me dit un jour d'aller dans les vieux bois qui se trouvaient à proximité de la maison de mes grands-parents au pays de Galles, d'y choisir un grand chêne bien robuste, de le serrer aussi fort que je le pouvais et de lui demander d'être mon grand frère.

"L'arbre te donnera du courage et de la force", me dit-elle.

Ma grand-mère me dit aussi de me débarrasser de mes peurs et soucis d'enfant, en les murmurant à l'arbre, et seulement à l'arbre, et que tout finirait par aller bien.

En effet, tout s'est toujours bien passé ! Elle me dit de grimper à l'arbre, jusqu'au sommet et, là, de respirer le souffle frais et pur de l'arbre qui me donnerait une bonne santé.

Ainsi il y eut toujours des arbres dans mon enfance. L'existence des arbres allait de soi.

Clive William NICOL.

 Ecrire au tableau : pays de Galles.


Au sommet du phare

Quand nous débouchâmes à cent pieds du sol, ce fut comme un ouragan qui nous fouetta le visage, et de tout l'horizon s'éleva je ne sais quel murmure irrité dont rien ne peut donner l'idée quand on n'a pas écouté la mer de très haut. Le ciel était couvert. La marée basse laissait apercevoir entre la lisière écumeuse des flots et le dernier échelon de la falaise le morne lit de l'Océan pavé de roches et tapissé de végétations noirâtres. Des flaques d'eau miroitaient au loin parmi les varechs, et deux ou trois chercheurs de crabes, si petits qu'on les aurait pris pour des oiseaux pêcheurs, se promenaient au bord des vases, imperceptibles dans la prodigieuse étendue des lagunes. Au-delà commençait la grande mer, frémissante et grise, dont l'extrémité se perdait dans les brumes.


Eugène FROMENTIN, Dominique.


 

Nous avions atteint la région des aigles. De loin en loin, nous apercevions un de ces nobles oiseaux perché sur une roche solitaire, l'œil tourné vers le soleil, et dans cet état d'extase contemplative qui remplace la pensée chez les animaux. L'un d'eux planait à une grande hauteur et semblait immobile au milieu d'un océan de lumière. Romero ne put résister au plaisir de lui envoyer une balle en matière de carte de visite. Le plomb emporta une des grandes plumes de l'aigle, et l'aigle, avec une majesté indicible, continua sa route comme s'il ne lui était rien arrivé. La plume tournoya longtemps avant d'arriver à terre, où elle fut recueillie par Romero qui en orna son feutre.

Les neiges commençaient à se montrer par minces filets, par plaques disséminées, à l'ombre des roches ; l'air se raréfiait ; les escarpements devenaient de plus en plus abrupts ; bientôt ce fut par nappes immenses, par tas énormes, que la neige s'offrit à nous, et les rayons du soleil n'avaient plus la force de la fondre.


Théophile GAUTIER, Voyage en Espagne.


Un végétarien démasqué


Elle ouvrit la porte de l'appartement avec précaution afin de ne pas troubler le travail du père et, sur la pointe des pieds, passa devant la porte du bureau pour gagner la cuisine. La moquette étouffait complètement le bruit des pas. Une légère odeur de graisse et de brûlé flottait dans le couloir.

Avec le même luxe de précautions, Roberte ouvrit la porte de la cuisine et resta clouée au seuil, la gorge serrée, les yeux agrandis par l'horreur du spectacle. M. Berthaud, assis sur la table de la cuisine, les épaules courbées sur son assiette, mangeait un biftèque saignant qu'il venait de faire sauter à la poêle. Sur son ventre était noué le tablier de cuisine de Julia. La poêle, encore luisante d'un jus onctueux, était posée sur le fourneau à gaz, à côté d'une assiette de beurre.


Marcel AYME, Le Boeuf clandestin, Folio n° 512, p. 30.


Civilisation 2190 (1)

Ils enfoncèrent hâtivement la porte à coups de talon. Ils entrèrent. C'était une grande pièce, sombre et froide comme une caverne, aux murs tapissés de livres. L'air, à l'intérieur, avait cent ans.

Des générations d'araignées avaient tissé des milliers de toiles en vain et étaient parties ou mortes, mais les toiles étaient restées intactes et se déposèrent sur les cheveux des hommes de La Recherche (2) du passé.

Il y avait une fenêtre, mais elle était noircie et opaque, et lorsqu'ils tentèrent de l'ouvrir, le bois se désagrégea et le verre vola en éclats.

Le vent glissa dans la pièce entre leurs jambes et souleva la poussière, et ils reculèrent précipitamment en se frottant les yeux et en toussant. La lumière caressa les rayons, et ils virent des teintes vives et surprenantes naître dans l'obscurité : des livres.

Leurs pas laissaient des traces dans une neige impalpable. Leurs doigts en effleurant le dos des livres les dégageaient de leur gaine d'oubli...

Gérard KLEIN, Les Perles du temps, Denoël.

(1) La date sera écrite, en chiffres, au tableau.
(2) On indiquera aux élèves la présence des majuscules dans l'expression "La Recherche".


L'hiver, cette année-là, fut terrible. Dès la fin de novembre, les neiges arrivèrent après une semaine de gelées. On voyait de loin les gros nuages venir du nord ; et la blanche descente des flocons commença.

En une nuit, toute la plaine fut ensevelie.

Les fermes, isolées dans leurs cours carrées, derrière leurs rideaux de grands arbres poudrés de frimas, semblaient s'endormir sous l'accumulation de cette mousse épaisse et légère.

Aucun bruit ne traversait plus la campagne immobile. Seuls les corbeaux, par bandes, décrivaient de longs festons dans le ciel, cherchant leur vie inutilement, s'abattant tous ensemble sur les champs livides et piquant la neige de leurs grands becs.

On n'entendait rien que le glissement vague et continu de cette poussière gelée tombant toujours.

Cela dura huit jours pleins, puis l'avalanche s'arrêta. La terre avait sur le dos un manteau épais de cinq pieds.

Et, pendant trois semaines ensuite, un ciel clair comme un cristal bleu le jour, et la nuit tout semé d'étoiles qu'on aurait crues de givre, tant le vaste espace était rigoureux, s'étendit sur la nappe unie, dure et luisante des neiges.


Guy de MAUPASSANT, Conte de Noël.


Mon père avait sa case à proximité de l'atelier, et souvent je jouais là, sous la véranda qui l'entourait. C'était la case personnelle de mon père.

Elle était faite de briques en terre battue et pétrie avec de l'eau, ronde et fièrement coiffée de chaume. On y pénétrait par une porte rectangulaire. A l'intérieur, un jour avare tombait d'une petite fenêtre. A droite, il y avait le lit, en terre battue comme les briques, garni d'une simple natte en osier tressé. Au fond de la case et tout juste sous la petite fenêtre, là où la clarté était la meilleure, se trouvaient les caisses à outils.

Enfin, à la tête du lit, surplombant l'oreiller et veillant sur le sommeil de mon père, il y avait une série de marmites contenant des extraits de plantes et d'écorces.


Camara LAYE, L'Enfant noir.


Un dopant est une substance nuisible à la santé, utilisée pour augmenter artificiellement les performances au cours d'une épreuve sportive. Son utilisation, lors des compétitions, est strictement interdite, mais l'augmentation du nombre des champions sanctionnés pour dopage montre que les sportifs professionnels se dopent fréquemment. Les drogues les plus utilisées par les athlètes sont les amphétamines. Par leur effet "coupe-faim", elles permettent d'abaisser le poids des jockeys, boxeurs... Elles font aussi reculer la sensation de fatigue. Après une stimulation intense des fonctions, le sujet dopé a brutalement une sensation d'épuisement qui peut aller jusqu'à la mort. L'utilisation des dopants est une forme de toxicomanie qui entraîne accoutumance et dépendance.


Manuel de biologie Belin troisième, p. 149.


Bock sortit, respira, s'assit sur un banc. On était en semaine, il faisait gris et froid, le jardin n'était peuplé que de vieilles personnes et d'enfants en bas âge, avec des mères et des chômeurs.
Soudain le ciel couvert redoubla d'épaisseur, une lueur sombre tomba comme la nuit sur les choses, du vent fit courir quelques objets légers à la surface du sol : signes avant-coureurs d'une averse qui déferla en effet aussitôt, avec fougue.

Bock courut vers un petit groupe spontanément formé sous le couvert d'un large épicéa. Il s'essuya le visage de sa manche mouillée, croisa les bras, frictionna ses épaules sans un regard vers les vieillards et les enfants qui tremblaient d'enthousiasme devant la pluie violente.

Jean ECHENOZ, Cherokee.

On écrira au tableau "Bock" et "épicéa".


Nous étions maintenant l'escorte habituelle de la jeune fille. Une dizaine, à peu près.
Tous ceux qui l'approchaient, ceux auxquels elle parlait, ceux qui jouaient avec elle, formaient, autour d'elle, une sorte de cour d'amour ; c'étaient ses chevaliers. Les chevaliers de Fermina Marquez, donc, étaient admirés de tous les élèves, et peut-être même des plus jeunes parmi les surveillants. De ces belles promenades dans le parc, nous ne rapportions plus l'odeur du tabac fumé en cachette, mais le parfum des petites Américaines. Etait-ce le géranium ou le réséda ?
C'était un parfum indéfinissable, un parfum qui faisait penser à des robes bleues et mauves, et blanches, et roses, à de grands chapeaux de paille souple ; et à des rouleaux et à des coquilles de cheveux noirs, et à des yeux noirs, tellement grands que le ciel doit s'y refléter tout entier.


Valéry LARBAUD, Fermina Marquez, 1911.


 

Au sortir du domaine, l'homme prit la direction du carrefour d'où il avait aperçu pour la première fois les lumières du village.

Elles brillaient maintenant d'un éclat plus vif, la pluie s'était arrêtée de tomber, et la route qui, à droite, menait vers elles était tracée droit à travers des champs de vigne dont les fils de fer brillaient par endroits.

A mi-chemin environ, le cheval ralentit de lui-même et prit le pas.

On approchait d'une sorte de cabane rectangulaire dont une partie, formant une pièce, était maçonnée et l'autre, la plus grande, construite en planches, avec un grand auvent rabattu sur une sorte de comptoir saillant.

Une porte s'encastrait dans la partie maçonnée sur laquelle on pouvait lire : "Cantine agricole Mme Jacques".

De la lumière filtrait sous la porte. L'homme arrêta son cheval tout près de la porte et, sans descendre, frappa.


CAMUS, Le Premier Homme.


 

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