Composition d'une plate tombe


Jusqu’au XIVème siècle, la  plate tombe se compose de trois éléments :

1. Le bandeau



C'est la zone périphérique réservée à l’épigraphe qui est gravée en creux et représentée par un cadre dont la largeur est de l’ordre de 10 cm. Ce bandeau supporte l’épitaphe qui obéit à des règles bien précises permettant de connaître dans l’ordre :

Ci gît + nom du défunt + titre du défunt + mention du décès 
+ date du décès + formule déprécatoire + Amen

Il n’existe pas de virgule ni de point pour ponctuer les phrases, mais chaque mot est généralement séparé du suivant par trois points verticaux. Lorsque ce texte est dense, ces séparations en permettent une meilleure lecture. Son organisation dépend de la taille de la dalle et le graveur tient compte de ces contraintes car il doit faire rentrer ce texte dans l’espace prévu. Nous pourrons donc observer des épigraphes avec des lettres très espacées, ou bien très resserrées. Il peut arriver que le graveur, plus souvent un apprenti, oublie une lettre alors que le travail est déjà avancé. Il est impossible de tout reprendre et on la rajoutera, toute petite, entre ses deux compagnes, comme faisaient les moines copistes lorsqu’ils oubliaient un mot et le rajoutaient au-dessus de la ligne.

La lecture commence sur la partie horizontale en haut à gauche, puis se poursuit en faisant le tour dans le sens des aiguilles d’une montre pour terminer par le « amen » en haut de la partie verticale gauche. Il peut arriver que cet espace réservé à l’écriture ne suffise pas pour faire figurer le texte souhaité par le commanditaire, et un deuxième bandeau interne sera créé pour que l’épigraphe fasse un deuxième tour. Cette nouvelle disposition retentira sur la taille de l’effigie qui sera alors réduite.

La langue a d’abord été le latin qui sera réservé à partir de la moitié du XIIIème siècle au clergé. Les autres défunts bénéficieront donc du français, parfois de la langue vernaculaire.

La calligraphie est au départ en Lombarde Majuscule, mélange de calligraphie onciale, très élégante  et de romaine, plus rigide. Il arrive fréquemment que dans une même épigraphe, on observe des U gravés en onciale et plus loin en romaine. Plus tard, la calligraphie gothique fera son apparition, la fraktura étant la variante le plus souvent utilisée.


2. L’effigie



Située au centre, elle bénéficie de l’espace laissé par le bandeau qui n’est que périphérique. Elle vient compléter le message délivré par l’épigraphe.

Elle est placée entre un animal, aux pieds, et une arcature de type gothique où se trouvent des anges thuriféraires agitant un encensoir.

Elle concerne d’abord l’aristocratie laïque. Le seigneur, représenté en armes, est la figure la plus remarquable de la période médiévale aux XIIIème et XIVème siècles.

L’effigie est dite en pied, c’est-à-dire dressée, debout, en majesté. Le visage est de face, les yeux ouverts ou fermés. Dans ce dernier cas, le visage peut être grimaçant avec une barbe naissante, figurant au mieux le seigneur mort. La tête est souvent encapuchonnée par la cote de maille retrouvée fréquemment sur ces iconographies, tandis que le port d’un heaume est plus rare.

Le défunt est revêtu d’un haubert de maille et d’un surcot. Il porte ses accessoires : le bouclier avec les armoiries, l’épée au côté, une lance et des éperons. Ces éléments se retrouvent sur la majorité des plates tombes, et dans la plupart des cas, le défunt conserve les mains jointes en signe de dévotion. Dans cette position, le bouclier est alors pendu au bras, l’épée au côté, et la lance coincée dans le creux du coude droit. Le blason reste un élément constant dans l’iconographie. Il est situé le plus souvent sur l’écu porté au bras lorsqu’il s’agit d’un seigneur, parfois situé dans l’espace central, juste au-dessus de l’effigie ou réparti aux quatre coins. Dans la collection présentée dans Galerie, seules les empreintes d’Agnès de Dompierre et d’Aalys de Saulx n’en possèdent pas.

Lorsqu’il s’agit d’une femme, que l’on va rencontrer dans près de 25% des dalles, parfois avec leur époux, parfois seule (deux tiers des cas), le vêtement sera beaucoup plus simple, composé d’une seule pièce de tissu rarement décoré. Par contre, l’originalité se portera sur la coiffe, variée et très représentative de la région et du rang de la défunte, l’image globale demeurant toujours très sobre.

Les membres du clergé qui avaient plus facilement accès à l’inhumation ad ecclesiam représentent un grand pourcentage des plates tombes rencontrées. Elles concernent toutes les fonctions, du simple curé de campagne à l’évêque, leur vêtement liturgique permettant de les reconnaître facilement. Leur représentation iconographique est donc très large et variée et échappe un peu au style plus standardisé observé chez les seigneurs de l’aristocratie.

Enfin, les effigies funéraires bourgeoises sont très rares dans cette première période. On les rencontrera plus fréquemment à partir du XVème siècle. Après la fin du Moyen Âge, leurs dalles vont se multiplier.

Certaines plates tombes ne possédaient pas d’effigies mais seulement un blason et étaient alors considérées comme de simples dalles laïques.
3. L’environnement 



Il s'agit de tout ce qui comble l’espace entre l’effigie centrale et le bandeau périphérique.

Jusqu’au début du XVème siècle, ce n’est pas qu’un simple accessoire décoratif, mais le support d’un symbolisme profond. Il est la marque d’un Moyen-Âge fort et ardent, très strict aussi que l’on retrouvera de façon constante  jusqu’au début du XVème siècle. (Pour en savoir plus sur la symbolique, consulter notre page dédiée à ce sujet)

Il est fait de deux parties, en-dessous et au-dessus de l’effigie :

Au bas de la dalle, se trouve dans plus d’un quart des cas un animal, le plus souvent un chien. Très présent au XIIIème siècle, il se retrouve moins fréquemment par la suite. Symbole de fidélité de l’animal à son maître et du vassal à son suzerain, ce chien qui a suivi son maître toute sa vie va l’accompagner dans la mort, les yeux toujours ouverts.

Mais il est avant tout le symbole de l’espace temporel, la terre que le défunt vient de quitter. On le retrouve majoritairement dans l’aristocratie féodale, et sensiblement dans les mêmes proportions chez la femme que chez l’homme. Il sera représenté par quatre races différentes que sont le lévrier, l’épagneul, le transylvanien et le mâtin. 

On retrouvera parfois deux chiens aux pieds du défunt, pieds qui ne s’appuient jamais sur l’animal, quel qu’il soit, car le défunt vient de quitter la terre, et en attendant de gagner le ciel, flotte dans un espace qui est le purgatoire. 

Incarnation du pouvoir et de la force, le lion est le deuxième animal à paraître aux pieds du défunt. Arrivé  plus tard que le chien, il est l’apanage des grands seigneurs et sa fréquence sera donc moindre. On le retrouve rarement aux pieds d’une femme.

L’aigle enfin, pourrait être représentatif de l’envol de l’âme vers le ciel. Il apparaît ponctuellement au Moyen-Âge. C’est un oiseau royal que l’on retrouvera sous forme allégorique sur le monument funéraire d’un grand personnage. 

En haut est représenté le ciel par cette architecture parfois complexe, faite d’arcatures gothiques parfois trilobées, ornées de multiples rampants à crochets, fleurons encadrant le chef (la tête) et parfois de pinacles8 très stéréotypés.  On trouve généralement situés de façon symétrique deux anges thuriféraires qui l’accueillent en agitant des encensoirs.

Dans ce décor simplifié va apparaître vers la fin du Moyen-Âge une nouvelle forme épigraphique  représentée par le phylactère. Rappelant un parchemin déroulé, il évoque des paroles qu’aurait prononcées le défunt, souvent des passages de la Bible. Il va considérablement se développer après le Moyen-Âge. Sur le plan topographique il se situe au centre de de la dalle et fait donc partie intégrante de l’iconographie. Il pourra se dérouler autour du personnage prenant la place laissée libre dans cet espace central.