Français‎ > ‎Questions fréquentes‎ > ‎

Question 5

Est-ce vrai qu'Emmaüs-Nicopolis se trouve trop loin de Jérusalem pour que les deux disciples puissent faire l’aller-retour à partir de Jérusalem en un seul jour, surtout en prenant en considération le fait qu’au moment où Jésus arrive avec eux à Emmaüs, «il se fait tard, et déjà le jour baisse» (Luc 24, 29)?

 

   L'Évangile de Luc ne précise pas que les deux disciples, qui viennent de reconnaître Jésus à Emmaüs et sont repartis vers Jérusalem, soient arrivés à Jérusalem le même soir. En  même temps, il faut remarquer qu'il est tout à fait possible de faire l’aller-retour à pied entre Jérusalem et Emmaüs-Nicopolis en une seule journée, comme cela a été plusieurs fois  prouvé par l'expérience. De Jérusalem à Emmaüs-Nicopolis, il y a entre vingt huit et trente kilomètres. Dans l'antiquité, on était habitué à couvrir de longues distances en marchant, comme on le voit par exemple dans le deuxième livre de Luc, «Les Actes des Apôtres» (Actes 23,23-32), qui raconte comment une troupe de plusieurs centaines de soldats quitte Jérusalem à neuf heures du soir et revient le lendemain après avoir parcouru une distance de cent vingt kilomètres. 

  Une intéressante confirmation de la possibilité de faire un aller-retour à pied entre Jérusalem et Emmaüs-Nicopolis au cours d'une seule journée se trouve dans le Talmud de Babylone, au traité "Pessachim" 93b: 

«Quelle distance un homme peut parcourir à pied en un jour? Dix parasanges. De l'aube au lever du soleil cinq milles, du coucher du soleil jusqu'à la sortie des étoiles cinq milles, du lever du soleil jusqu'à midi quinze milles et à partir de midi jusqu'au coucher du soleil quinze milles.» (voir ici le texte original) Dix parasanges représentent donc quarante milles, soit environ soixante kilomètres. Ainsi, ayant quitté Jérusalem tôt le matin, les disciples auraient pu arriver à Emmaüs vers midi et être de retour à Jérusalem tard dans la soirée. Il ne faut non plus exclure qu'ils auraient éventuellement utilisé des montures pour le retour.

 


  

  En ce qui concerne l'expression de Luc «déjà le jour baisse», elle servait en Palestine antique pour désigner le moment de la journée qui commence à partir de midi. On trouve un bon exemple de cela dans le livre des Juges, au chapitre 19, dans l’histoire du Lévite qui arrive à Bethléem pour reprendre sa concubine. Le Lévite est invité par le père de cette dernière à rester pour la nuit: «Voici, le jour baisse, il se fait tard, passez donc la nuit ; voici, le jour est sur son déclin, passe ici la nuit » (Juges 19, 9). Le Lévite refuse et se met en chemin. Au moment où ils sont sur le point d’atteindre Jérusalem, «le jour avait beaucoup baissé» (verset 11), mais ils continuent leur chemin et au coucher du soleil, ils arrivent près de Guibéa (verset 14). Cela signifie que depuis le moment de leur départ de Bethléem, quand «le jour était à son déclin», jusqu’au coucher du soleil ils ont parcouru quinze kilomètres. Et comme, en fonction de l'époque de l'année, en Palestine, le soleil se couche entre cinq et sept heures du soir, on peut supposer que le Lévite et sa concubine ont quitté Bethléem au début de l'après-midi. 

Il est également important de noter que la rencontre des deux disciples d'Emmaüs avec Jésus se passe pendant la Pâque juive, au moment de la pleine lune, ce qui aurait pu leur permettre d'accomplir une partie du voyage de retour après le coucher du soleil.

 L' idée du voyage de retour nocturne est exprimée dans un texte ancien :

 Hésychius de Jérusalem, Quaestiones, difficultas 57  (écrit au début du 5ème siècle) :

 «Difficulté: Comment Jean peut-il dire que le Christ se manifesta à tous ses disci­ples, sauf à Thomas, le soir du dimanche, quand Luc dit qu'il apparut seulement à Pierre, lorsque Cléophas et son compagnon revenaient le soir de ce même jour à Jérusalem après avoir vu le Seigneur à Emmaüs?

Solution: Après les (saintes) femmes c'est à Pierre que le Christ apparut d'abord, puis aux Apôtres, d'après ce que dit Paul : Il a été vu par Céphas et ensuite par les Douze (1 Cor, 15, 5), en comptant non Thomas qui était absent, mais Matthias et Justus (Actes 1, 22-23). Du reste, c'est pendant que Cléophas et son compagnon se trouvaient sur le chemin au retour d'Emmaüs que le Christ apparut à Pierre. Quand ils furent revenus d'Emmaüs et qu'ils racontaient aux Apôtres comment ils l'avaient reconnu à la fraction du pain, alors le Christ se montra à tous dans Sion, comme Luc en fait foi (Luc, 24, 35-36). Il ne faut pas s'étonner si dans un même jour ils sont allés de Jérusalem à Emmaüs et d'Emmaüs à Jérusalem. Il n'est pas écrit qu'il était le soir quand ils approchaient d'Emmaüs mais qu'il était sur le soir, que le jour baissait (Luc 24, 29) comme s'il était par exemple la huitième ou la neuvième heure (quatorze ou quinze heures). Depuis la septième (treize heures) le soleil semble s'incliner vers l'Occident. Sans compter que la joie d'annoncer le miracle devait précipiter leur course et qu'ils arrivèrent très tard. Nous avons en effet l'habitude d'appeler soir («opsias», voir Jean 20, 19) le temps qui se prolonge jusqu'à une heure avancée de la nuit. Là encore le Christ leur apparut ainsi qu'aux autres. »(PG XCIII, 1444).