4) L'appel de l'Abbé Pierre et l'écho qu'il a produit

    En 1954, le célèbre personnage connu sous le nom de l'Abbé Pierre, lança un appel qui resta gravé dans les mémoires. Le trente janvier 1954, un chauffeur d'Emmaüs transporte des soupes chaudes pour les sans-logis. Ce dernier se trouve arrêté au feu rouge sur le boulevard Sébastopol. Il aperçoit un gros tas de chiffons qu'il s'empresse d'aller ramasser. Cependant dans celui-ci se trouve une vieille dame morte de froid. Elle tient encore dans ses mains le papier d'expulsion de son logement qui a été mis en action deux jours auparavant.

    Pendant ce temps l'Abbé est avec son ami journaliste Georges Verpraet, ils sont à Courbevoie dans les Hauts-de-Seine. Tous les deux assistent à l'ouverture du premier comité de secours aux sans-abris. Ils reçoivent l'appel du compagnon ayant retrouvé cette femme gelée dans la nuit. L'abbé Pierre n'arrive pas à accepter cette terrible nouvelle alors que la France est en pleine croissance.

   Il s'insurge et prend sa plume pour écrire d'urgence un texte pour faire réagir les français. Il attend le lendemain midi pour passer son appel qu'il fait lire au présentateur du journal de midi de la radiodiffusion française. Cependant l'Abbé ne s'arrête pas là puisqu'il part diffuser son appel sur les ondes de Radio Luxembourg . Il lit son texte en direct devant des milliers d'auditeurs. Il parvient avec difficulté à faire transmettre son message au peuple français, du fait de sa voix tremblante qui est emplie d'émotion. Ses mots sont forts, sans ambiguïté. Il propose des solutions concrètes de solidarité mettant le progrès à porté de l'implication des citoyens.

                                                                                                              L'abbé Pierre lors de son appel.


   Son discours est le suivant:


   «Mes amis, au secours...Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à 3 heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant-hier, on l'avait expulsée. Chaque nuit, ils sont plus de 2000 recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d'un presque nu. Devant l'horreur, les cités d'urgence, ce n'est même plus assez urgent!Écoutez-moi! En trois heures, deux premiers centres de dépannage viennent de se créer : l'un sous la tente au pied du Panthéon, rue de la Montagne Sainte Geneviève; l'autre à Courbevoie. Ils regorgent déjà, il faut en ouvrir partout. Il faut que ce soir-même, dans toutes les villes de France, dans chaque quartier de Paris, des pancartes s'accrochent sous une lumière dans la nuit, à la porte de lieux où il y ait couvertures, paille, soupe, et où l'on lise sous ce titre«centre fraternel de dépannage», ces simples mots:«Toi qui souffres, qui que tu sois, entre, dors, mange, reprends espoir, ici on t'aime».La météo annonce un mois de gelées terribles. Tant que dure l'hiver, que ces centres subsistent, devant leurs frères mourant de misère, une seule opinion doit exister entre hommes : la volonté de rendre impossible que cela dure. Je vous prie, aimons-nous assez tout de suite pour faire cela. Que tant de douleur nous ait rendu cette chose merveilleuse : l'âme commune de la France. Merci! Chacun de nous peut venir en aide aux sans abri. Il nous faut pour ce soir, et au plus tard pour demain: 5.000 couvertures, 300 grandes tentes américaines, 200 poêles catalytiques. Déposez-les vite à l'hôtel Rochester, 92, rue de la Boétie! Rendez-vous des volontaires et des camions pour le ramassage, ce soir à 23 heures, devant la tente de la montagne Sainte Geneviève. Grâce à vous, aucun homme, aucun gosse ne couchera ce soir sur l'asphalte ou sur les quais de Paris.»

   Son message est poignant il emploie des mots comme «mes amis,au secours» où l'on voit que son dernier espoir est le recours à la générosité de la population. Au fur et à mesure de sa lecture l'Abbé  ne précise toujours pas où les dons doivent être déposés alors le journaliste lui indique en gros sur une pancarte qu'il faut le préciser pour que l'appel ait l'effet escompté. Alors l'Abbé Pierre sort de sa poche la lettre d'une dame s'appelant Larmier, cette dernière dirige l'hôtel Rochester à la rue de La Boétie, de ce fait l'homme donne cette adresse dans sa lettre pour déposer les biens comme des couvertures ou encore des poêles catalytiques.

    Suite à cette requête, l'hôtel Rochester se retrouve rempli de colis alimentaires, vêtements ,couvertures ou encore du bois de chauffage mais aussi beaucoup d'argent est récolté.

               Fondation-Abbé Pierre.fr, 1954. Arrivée des biens des citoyens devant l'hôtel Rochester suite à l'appel de l'Abbé Pierre.

    Les biens viennent de partout en France et cet élan de générosité est appelé à : «l'insurrection de la bonté» qui prouve que la France à cette époque est unie et s'entraide. Ce sont essentiellement les classes moyennes qui font des dons. Des sans-abris sont recueillis dans la France entière dans des gymnases, écoles ou encore les mairies. En quelques jours un milliard de francs est récolté au profit des sans-logis et des dizaines de milliers de personnes sont hébergées. Ainsi au début du mois de mars cinq cent millions de francs sont récoltés.

    Son appel a eu un véritable écho positif, la RATP (régie autonome des transports parisiens) apporte aussi son aide et ouvre des stations désaffectées en guise d'abris. Grâce à l'appel le gouvernement fait voter un budget de dix milliards de francs pour créer des cités d'urgence. Une nouvelle communauté d'Emmaüs se forme qui s'appelle Bougival, elle a été ouverte spécialement pour désengorger la gare d'Orsay, où était stocké jusqu'à présent tous les dons qui n'étaient pas à l'hôtel. Dans le même temps l'association construit avec l'aide des dons une société d 'HLM.

    Une nouvelle association naît l'Union nationale d'aide aux sans-logis. Pour maintenir la lutte contre la pauvreté l'Abbé Pierre crée le journal «faim et soif des hommes» en mais 1954. A partir d'un appel qui paraît pourtant simple, s'est déchaîné un grand élan de solidarité du côté des habitants mais aussi une réaction de l'État face à la pauvreté. Dans le cours de l'année 1954, l'association qui n'était à la base qu'un mouvement, est créée dans le but d'organiser les communautés. L'immeuble du 32 rue des Bourdonnais est acheté avec l'argent reçu de l'appel, il devient le siège de la nouvelle association.








 

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