Solfège : kit de survie !

Introduction

Rappel : MTI = "Musique Traditionnelle Irlandaise".

Le solfège est le langage commun permettant de communiquer clairement sur la musique. Il me semble nécessaire d'en connaitre les bases pour faciliter l'échange. Je propose donc ce petit article qui en explique les bases, je l'espère d'une façon simple et synthétique. Le but n'est pas de former des lecteurs de partitions (travail long, difficile et pas très utile en MTI), mais d'aider à la compréhension des termes utilisés en musique (notamment en MTI), de permettre le lien avec l'instrument et éventuellement de permettre la lecture, voire, l'écriture de la notation ABC, qui a l'avantage d'être simple, facile à mettre en œuvre et généralement suffisante pour la MTI, par exemple, en tant qu'aide mémoire.

Un chapitre est consacré à l'accompagnement.

La musique

La musique est essentiellement une séquence organisée de sons. Un son est défini par sa hauteur (fréquence), son niveau (ou intensité), par le moment où il démarre et le moment où il s'arrête (ou sa durée).

Chaque élément constituant la musique porte un nom bien précis.

Note

La hauteur du son est définie par la note. En musique occidentale, il existe 7 notes, nommées Do Ré Mi Fa Sol La Si Do en notation latine ou C D E F G A B en notation internationale (dite ABC).

La succession des 7 notes constitue une gamme. Les notes sont cycliques. Cela signifie qu'après un Si, il y a un Do. Ce Do est à l'octave au-dessus du Do initial. Un instrument comme le tin whistle (TW) couvre 2 octaves (du Ré au Ré). Les octaves sont répérées par un numéro qui suit la note. Ainsi, le Ré grave du TW est un Ré5, le Ré de la première octave, un Ré6 et le Ré de la deuxième octave, un Ré7 (on approche la limite dans les notes aigues). Pour la flute, c'est pareil, mais une octave en dessous : Ré4, Ré5, Ré6. Le changement de numérotation se fait en passant du Si au Do

   Ré4
   Do4
---------------
   Si3
   La3

Il existe un lien très précis entre la fréquence produite par une note et son nom. Ce lien a évolué dans le temps. Actuellement, le La 'standard' (appelé aussi 'diapason') a une fréquence de 440 Hz. Il correspond à la corde de La du violon à vide. C'est le La4 (A4). Cette information est utile pour se servir correctement d'un accordeur électronique et vérifier si son instrument est juste (au diapason).

La tendance actuelle, dans les orchestres symphoniques, est de relever ce diapason. 442 est courant, certains chefs vont jusqu'à 445. En MTI, on essaye de jouer strictement en 440. C'est comme ça que sont accordés les instruments 'fixes', comme l'accordéon et le concertina.

Niveau

Le niveau, encore appelé intensité ou puissance ou vélocité (du terme MIDI 'velocity'), désigne le niveau sonore de la note.

Sur une flute, un tin-whistle, ou un uillean-pipes, on a peu ou pas de contrôle sur ce niveau. On dit que ces instruments ont une dynamique faible. (La dynamique est le rapport entre le niveau le plus faible et le niveau le plus élevé d'une même note).

Mais sur un violon, un accordéon, un concertina, ou un banjo, l'intensité produite peut varier dans de grandes proportions. Ce sont des instruments à forte dynamique.

On qualifie l'intensité par les termes italiens allant de pianissimo (pp) à fortissimo (ff) : pp p m mf f ff. Cette notation est surtout utilisée en musique classique symphonique ou en orchestre de jazz. En MTI, on parle plutôt d'accentuation, qui consiste à 'appuyer' (intensifier, jouer plus fort) la note jouée (quand l'instrument le permet).

Rythme, durée

Une note est émise à un moment et se termine à un autre moment. La durée des notes (différence entre ces moments) pourrait s'exprimer en millisecondes, par exemple, mais ce ne serait pas très facile à noter. En fait, et ce, en raison de l'aspect généralement régulier de la musique et de son rythme, le système de notation est relatif à la durée d'une note de référence (dite 'ronde').

Chaque durée de note est une division de moitié de la durée précédente. Ainsi :

 Durée Description Note Silence   
 1 ronde  ronde pause
 1/2 demi-ronde blanche demi-pause
 1/4 demi-blanche noire soupir
 1/8 demi-noire croche demi-soupir
 1/16 demi-croche double croche (1)
 quart de soupir
  etc.  
(1 )oui, la terminologie française est étrange. En anglais, on dit semi-quaver)

Il faut savoir qu'une durée peut aussi être divisée en 3, afin d'obtenir 3 notes dans le temps de 2 ou encore un 'triolet'.

En MTI (airs de danse), la notation courante se fait à base de croches. Il peut y avoir des noires (donc la durée de 2 croches), mais rarement plus. Il peut y avoir des doubles croches (donc 2 dans le temps d'une croche) pour réaliser un effet particulier.

Dans la plupart des musiques, particulièrement liées à la danse, le rythme auquel sont émises les notes est régulier. Cela signifie que la durée de chaque note est connue et prévisible, à condition qu'on puisse définir une unité de référence. C'est le rôle du 'tempo', qui définit très précisément la durée de référence en précisant :

  • la durée utilisée (noire, blanche...)
  • le nombre de battements par minute de temps (ou Battements/Beats Par/Per Minute ou BPM) : c'est le nombre de fois que cette durée est contenu dans une minute.

Par exemple un tempo de "80 à la blanche" signifie que l'on bat la blanche 80 fois par minute. Cette information est utile pour utiliser correctement un métronome, dont le réglage se fait en BPM. Evidemment, le battement est régulier, ce qui signifie que le temps entre chaque battement est égal. C'est ce que fait un métronome dont c'est la fonction primaire, et ce que s'efforce de faire le musicien, particulièrement si il joue pour la danse.

Dans la plupart des musiques, il existe une structure rythmique plus ou moins complexe. La structure rythmique est la manière dont est composé le motif rythmique de base récurrent encore appelé 'mesure'. La définition d'une mesure porte sur le nombre d'éléments rythmiques qui la composent et sur la manière d'accentuer certaines éléments de la mesure. La définition est formalisée par la 'signature rythmique de la mesure' qui est composée de 2 nombres séparés par une barre de fraction : X/Y.

  • X (valeur quelconque) désigne le nombre d'éléments identiques composant la mesure
  • Y (1,2,4,8,16) désigne la durée de l'élément en fraction de ronde : 2=demi (1/2); 4=quart (1/4) etc.

Par exemple, une valse est généralement notée 3/4, ce qui signifie qu'il y a 3 noires par mesure.

En MTI, on a de la chance, car chaque danse définit clairement sa structure rythmique :

  • Reel / Hornpipe : 4/4 soit 4 noires par mesure ou encore 8 croches
  • Polka : 2/4 soit 2 noires par mesure ou encore 4 croches
  • Jig : 6/8 soit 6 croches par mesure
  • Slip jig, hop jigs : 9/8 soit 9 croches par mesure
  • Slide : 12/8 soit 12 croches par mesure
  • Valse / Mazurka : 3/4 soit 3 noires par mesure ou encore 6 croches

La notion de mesure a des conséquences importantes sur la structure rythmique de la mélodie. En effet, elle permet de définir l'accentuation courante (ou 'par défaut) de la mélodie, à savoir que le premier temps de chaque mesure est un temps dit 'fort'. Cela signifie qu'il est 'accentué' d'une manière ou d'une autre (on le joue généralement attaqué et, quand on peut, on joue un peu plus 'appuyé' ou fort...).

Par exemple dans une valse, composée, je le rappelle, de mesures en 3/4, c'est à dire de 3 noires notées 1 2 3, l'accentuation se fait sur le temps 1 et c'est tout. Les temps 2 et 3 sont faibles. Au contraire, dans une mazurka ayant pourtant la même signature rythmique (3/4), on va marquer les temps 1 (temps fort) et 3 (contre-temps). Seul le temps 2 sera faible. Tout dépend donc du type de musique que l'on joue.

Nota : avec les instruments à faible dynamique, le marquage de l'accentuation est confié au phrasé. Le fait d'attaquer une note, plutôt que la lier à la précédente, par exemple, va permettre de 'marquer' celle-ci, donc de l'accentuer. C'est plus subtil que de jouer plus fort (appuyer) comme on fait au banjo ou à la mandoline, par exemple. Le violon, et, dans une certaine mesure, le concertina et l'accordéon permettent de combiner phrasé et appui ...

Gamme

Une gamme est une succession de notes consécutives décrivant 8 degrés, c'est à dire les 7 degrés fondamentaux et un 8ème dont la note a le même nom que la note du premier degré mais dont la hauteur se situe à l'octave au-dessus (fréquence double). Les degrés sont numérotés en chiffres romains. Un nom particulier leur est associé :

  • le degré I est appelé "tonique"
  • le degré II est appelé "sus-tonique"
  • le degré III est appelé "mediante"
  • le degré IV est appelé "sous-dominante"
  • le degré V est appelé "dominante"
  • le degré VI est appelé "sus-dominante"
  • le degré VII est appelé "sensible"
  • le degré VIII est appelé "octave"

Les intervalles[ mélodiques] entre les degrés peuvent être de 1 ton ou de 1/demi ton. Leur appréciation dépend de notre culture musicale occidentale, qui en musique moderne, post 17ème, considère qu'une gamme contient 12 demi-tons "égaux" ou "tempérés"[1]. Dans d'autres cultures, on sait appréciser jusqu'au 1/4 de ton. On admettra pour le moment que les intervalles entre les degrés sont définis de la façon suivante :

  • De I à II : 1 ton
  • De II à III : 1 ton
  • De III à IV : 1/2 ton
  • De IV à V : 1 ton
  • De V à VI : 1 ton
  • De VI à VII : 1 ton
  • De VII à VIII : 1/2 ton

Nota : cette répartition des intervalles est appelé "Mode de DO" ou "Mode Ionien". (La définition des modes est faite dans l'article "Accompagnement")

Dans ce mode (j'insiste !),

  • l'intervalle entre la tonique et le degré II est appelé "seconde majeure"
  • l'intervalle entre la tonique et le degré III est appelé "tierce majeure"
  • l'intervalle entre la tonique et le degré IV est appelé "quarte"
  • l'intervalle entre la tonique et le degré V est appelé "quinte"
  • l'intervalle entre la tonique et le degré VI est appelé "sixte"
  • l'intervalle entre la tonique et le degré VII est appelé "septième majeure"
  • l'intervalle entre la tonique et le degré VIII est appelé "octave"

La 'tonique' donne la 'tonalité' de la gamme. Par exemple, si la tonique est DO, la gamme est dite "DO de mode de DO" ou encore "DO majeur" (parce que la tierce est majeure. Elle se situe en effet à 2 tons au-dessus de la tonique, alors qu'une tierce mineure se situe à 1.5 ton de la tonique).

Les 7 notes fondamentales permettent de former une gamme de Do majeur de façon 'naturelle' :

  • DO (I) la tonique (ou fondamentale) qui donne le nom 'DO' à cette gamme (dite "de Do majeur").
  • 1 ton
  • RE (II) est la seconde majeure de Do
  • 1 ton
  • MI (III) est la tierce majeur de Do (qui donne le nom de 'majeure' à cette gamme de DO)
  • 1/2 ton
  • FA (IV) est la quarte de Do
  • 1 ton
  • SOL (V) est la quinte de Do ou "Dominante"
  • 1 ton
  • LA (VI) est la sixte (ou 'relative') de Do
  • 1 ton
  • SI (VII) est la septième majeure de Do ou "Sensible"
  • 1/2 ton
  • DO (VIII) est l'octave de Do

Si on change de tonalité (par exemple une gamme de Ré majeur, comme la gamme fondamentale d'une flute ou d'un tin-whistle dit 'en Ré' (D), une règle s'impose : les degrés sont les mêmes, les intervalles restent identiques.

   
   I  1 II 1 III 1/2 IV 1 V 1 VI 1 VII 1/2 VIII

ce qui donne, je le rappelle, avec la gamme de DO :

   
   I  1 II 1 III 1/2 IV 1 V 1 VI 1 VII 1/2 VIII
   DO   RE   MI      FA   SOL LA   SI      DO

ce qui va changer, c'est le nom absolu des notes. En effet, si on utilise les notes 'naturelles, on va constaté ceci :

   
   I  1 II 1 III 1/2 IV 1 V 1 VI 1 VII 1/2 VIII  1 II
        RE   MI      FA   SOL LA   SI      DO      RE (je rappelle que la séquence est cyclique)

Ce qui est incorrect, car on veut que le RE soit le degré I (la tonique) et non II. Il faut donc décaler les notes comme ceci :

   
   I  1 II 1 III 1/2 IV 1 V 1 VI 1 VII 1/2 VIII
   RE   MI   FA      SOL  LA  SI   DO      RE

Mais cette fois, c'est le nom des notes qui est faux. En effet, Entre Mi et Fa, il y a un demi ton, or ici, l’échelle des degrés (qui est caractéristique du mode Majeur, ici, Ré majeur), exige un ton (idem entre SI et DO). Il faut donc altérer le FA pour qu'il soit 1/2 ton plus haut. On utilise pour ça un dièse (#) qui indique la note est jouée 1/2 ton plus haut que la 'normale' : FA#. On fait pareil pour le DO, ce qui donne :

   
   I  1 II 1 III 1/2 IV 1 V 1 VI 1 VII 1/2 VIII
   RE   MI   FA#     SOL  LA  SI   DO#     RE

Et maintenant, les intervalles sont corrects.

On constate donc que pour créer une gamme de Ré majeur il a fallu altérer 2 notes (le Fa et le Do), et donc utiliser 2 #.

Pour les autres tonalités, il est parfois nécessaire d'altérer la note de 1/2 ton vers le bas. On utilise alors un bémol (b).

Si on extrapole ce principe aux autres tonalités en mode de DO, on constate que

  • La gamme de Do majeur n'utilise pas d'altération
  • La gamme de Sol majeur utilise un Fa# (1 altération)
  • La gamme de Ré majeur utilise Fa# et Do# (2 altérations)
  • La gamme de La majeur utilise Fa#, Do# et Sol# (3 altérations)
  • La gamme de Mi majeur utilise Fa#, Do#, Sol# et Re# (4 altérations)
  • La gamme de Si majeur utilise Fa#, Do#, Sol#, Re# et La# (5 altérations)
  • La gamme de Fa# majeur utilise Fa#, Do#, Sol#, Ré#, La#, Mi#[2] (6 altérations)
  • La gamme de Do# majeur utilise Fa#, Do#, Sol#, Ré#, La#, Mi#, Si#[2] (7 altérations)
  • La gamme de Fa majeur utilise un Sib (1 altération)
  • La gamme de Sib majeur utilise Sib et Mib (2 altérations)
  • La gamme de Mib majeur utilise Sib, Mib et Lab (3 altérations)
  • La gamme de Lab majeur utilise Sib, Mib, Lab et Réb (4 altérations)
  • La gamme de Reb majeur utilise Sib, Mib, Lab, Reb et Solb (5 altérations)
  • La gamme de Solb majeur utilise Sib, Mib, Lab, Réb, Solb et Dob[3] (6 altérations)
  • La gamme de Dob majeur utilise Sib, Mib, Lab, Réb, Solb, Dob et Fab[3] (7 altérations)

Pour approfondir : Théorie de la Musique


Références

Théorie de la musique

Approfondir les aspects scientifiques de la musique

vulgarisation

Le livre de Hermann von Helmholtz : "Théorie physiologique de la musique"



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