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Chômage et bilinguisme

Education Alsace : le déclin de la langue allemande fait craindre pour l'emploi

Le déclin de la langue allemande en Alsace menacerait des dizaines de milliers d'emplois frontaliers: c'est la conclusion d'une étude qui remet sur le tapis la question toujours polémique d'une refonte de l'enseignement de la langue de Goethe aux Alsaciens.

Avec près de 8% de sa population active travaillant en Allemagne, l'Alsace est une grande pourvoyeuse de main d'oeuvre. La région voisine du Bade-Würtemberg, son chômage à moins de 4%, ont de quoi attirer des Français confrontés dans leur pays à un marché de l'emploi morose.

Les Alsaciens représentent ainsi le gros des 50.000 Français qui travaillent outre-Rhin, selon une étude publiée en octobre par l'Euro-Institut, un organisme spécialisé dans les relations franco-allemandes.

Mais cette aubaine pourrait ne pas durer. Le déclin a même déjà commencé selon cette étude, qui souligne qu'il y avait 10.000 frontaliers français de plus il y a dix ans en Allemagne.

«C'est tout un modèle économique qui est en train de s'effondrer», s'inquiète Alexis Lehmann, un responsable de la Fondation Entente franco-allemande (FEFA), commanditaire de cette étude.

Longtemps, grâce à la maîtrise du dialecte alsacien, dont l'allemand est considéré comme l'expression écrite, «les régionaux avaient accès facilement à des emplois peu qualifiés en Allemagne, où ils avaient la réputation d'une main d'oeuvre fiable et disciplinée», explique M. Lehmann.

«Mais le dialecte est en chute libre, il n'est plus pratiqué par les jeunes et dans les zones urbaines», poursuit-il. Parallèlement, les besoins côté allemand s'orientent vers des métiers nécessitant une bonne maîtrise de la langue (services, commerce, santé) selon l'Euro-Institut.

«Si on ne fait rien pour améliorer l'enseignement de l'allemand, 50.000 emplois sont menacés dans les dix prochaines années en Alsace», estime M. Lehmann.

L'allemand, «une langue du passé»

Le recteur de l'académie de Strasbourg, Armande Le Pellec Muller, en convient. «Il y a de l'emploi transfrontalier, il y a des milliers d'emplois, des opportunités fortes, mais nos jeunes ne savent plus parler l'allemand», a-t-elle déploré récemment dans le journal L'Alsace.

Elle s'est notamment fixé pour objectif de rendre plus attractif le cursus bilingue, qui existe depuis 20 ans dans les écoles de la région, et qui prévoit une moitié des matières enseignées en allemand.

S'il concerne plus de 10% des élèves de la maternelle au CM2, ce cursus dit paritaire n'est plus suivi que par moins de 3% des lycéens, et les milieux favorisés y sont surreprésentés. Il pâtirait selon ses détracteurs d'une approche élitiste qui intimiderait certaines familles.

Mais le recteur a déclenché une polémique en proposant d'expérimenter un cursus intermédiaire avec moins d'heures d'allemand. Des associations ont notamment crié au «mépris jacobin», un élu allant jusqu'à organiser une marche de protestation, baptisée «Alsatian Pride».

«Pour beaucoup, l'allemand est vu comme une langue du passé, contrairement au français ou même à l'anglais», explique Dominique Huck, directeur du département de dialectologie à l'Université de Strasbourg. D'où des réactions brutales dès que les défenseurs de la culture alsacienne se sentent menacés.

Mais les nouvelles générations sont «moins sensibles à ces questions identitaires et voient davantage l'allemand comme un outil concret que comme un héritage culturel», poursuit-il.

«De ce point de vue, l'idée d'une voie intermédiaire, où on apprend davantage l'allemand comme une langue, et pas les maths en allemand, est judicieuse. Et elle répond sans doute à l'inquiétude sur l'emploi» des Alsaciens en Allemagne, selon l'universitaire.

le 16/11/2011 à 09:24 par afp


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Philippe Marchet,
21 oct. 2011 à 02:33
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Philippe Marchet,
16 nov. 2011 à 23:49
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