APPENDICE 2 : TABLEAU COMPARATIF DES DEUX MODELES D'EDUCATION


Aspects de l'éducation

Instruction classique

Pédagogie constructiviste

Commentaire

Principe ontologique

Transcendance1

- L'essentiel


Immanence

- L'existentiel

Transcendance : le maître représente quelque chose qui dépasse radicalement l’élève, mais que celui-ci veut atteindre à travers un saut qualitatif qui nécessite un effort continu. Immanence : aucune notion, aucune personne ne s’élève au dessus des autres, l’élève est livré à lui-même, et se constitue sa propre éducation à partir de ses tendances innées.

Principe administratif

Principes théoriques républicains

Pratiques gestionnaires

 

Attitude professorale

paternalisme

maternage

Figure du père : autorité et exigence bienveillante avec possibilité de fierté gratifiante. Figure de la mère : bienveillance sans exigence, reposant sur une inconditionnelle approbation, ainsi qu'une disponibilité relationnelle.

Pédagogie frontale,

Expositive,

Explicite,

Pédagogie de l’assistanat,

par l’animation,

Implicite

Pédagogie de l’assistanat : le professeur n’est plus un supérieur savant de l’élève, mais un assistant qui l’informe et l’aide au besoin, à la demande.

Méthode et idéologie

didactiques

Acquérir pour avoir pour être

Être pour avoir pour acquérir

Sur la déduction, on trouvera réflexion chez Alain, PSE, XXXI et éventuellement XXVI (notamment le 3e §).  

Il s’agit de dominantes, de méthodes de référence.

Déductivisme

Inductivisme

Méthodes progressives : de l'analytique au synthétique

Méthodes globales : du synthétique à l'analytique

Apprentissage des codes du maître

Soumission du maître aux codes de l’enfant

Règle magistrale

Ordre spontané de l’élève

Élévation, ascèse vers un idéal (idéalisme)

Gestion des difficultés (pragmatisme)

Cognition

fonctionnement paradigmatique

fonctionnement syntagmatique

En termes de dominante

Penser (par) l’absolu, de/par ce qui existe en soi

Tout n’est que relationnel ou relatif, à travers l’autre

 

Pensée réflexive par la médiation

Mise en scène immédiate de l'activité


Concept >

Percept >

Affect

Affect >

Percept >

Concept

Ordre de la démarche cognitive. Y réfléchir par exemple à la lumière de Kant : «une idée n'est rien d'autre que le concept d'une perfection encore absente dans l'expérience »2

Theoria (observation, contemplation) : étude de l’essence

Poiesis (activité de production) : manipulation de la substance

 Les deux écoles ont leur praxis (activité pratique, exercice, etc.), étape aristotélicienne intermédiaire. L'une amène de la théorie idéaliste à la pratique universelle, l'autre, de la production matérielle, à la pratique intéressée.

Conception de l’homme par rapport au monde,

Philosophie,

Phénoménologie

culturalisme3

naturalisme

On peut ainsi rattacher l’opposition des deux idéologies pédagogiques aux grands débats qui traversent l’humanité pensante, à une véritable filiation philosophique. Paradoxalement, l’empirisme correspond à la pédagogie traditionnelle, car c’est elle qui entérine le réalisme philosophique et en fait un principe moral et cognitif, qui fonde la transmissibilité des savoirs et de la culture, et la nécessité de la discipline. Pour une explication philosophique assez complète de l'histoire de cette opposition, voir N. Bulle, (notamment p. 97-136).

humanisme

évolutionnisme

existentialisme

essentialisme

substantialisme

relationnisme

empirisme

innéisme

objectivisme

subjectivisme

Réalisme

Nominalisme

Idéalisme

Matérialisme

Dualisme

Monisme

Mentalité

lucidité

naïveté

La première renvoie à la lumière, aux lumières, la deuxième, à une nature spontanée, innée.

Principes d’apprentissage

travail

jeu

 

effort

plaisir

action

passions

Libido sciendi

Libido sentiendi

Enjeux

pédagogiques

Transmission d’une culture

Communication d’informations

 

Valeurs passées

Vie sociale présente

D’après les analyses de N. Bulle et en reprenant les perspectives de Bourdieu notamment.  
 
 
 
 
 
 

Aspiration d’une élite restreinte (?)

Savoir-faire d’utilité générale

Savoirs statiques (constants)

Expériences dynamiques - (variables)

Solutions toutes faites

Comportements appropriés

Connaissance fixe atemporelle

Action immédiate

jugement

Opinion

D’après H. Pena-Ruiz, cf. bibliographie.

universel

Diversité

raison

motivation

Relation maître-élève

Autorité

Respect naturel ou affection

 

Discipline

Adaptation, négociation

 

Sanction impartiale

Reconnaissance affective

 

Obéissance

Coopération

 

Statut politique de la classe

Despotisme éclairé

Démocratie dont le maître n’est que l’arbitre

 

Docimo-terminologie

contrôle

évaluation

Contrôle se caractérise par sa précision, son sérieux et l’importance d’une figure magistrale investie d’une autorité. Evaluation évacue cette dimension et donne au contrôle une valeur relativisée.

Diplôme, concours

Attestation, certificat, brevet

Le premier modèle a une valeur morale, sociale, culturelle, et économique. La deuxième, une valeur essentiellement administrative.

Discipline et

projet moral

Contrôle des corps (uniformisés) pour libération des esprits (formalisme)

Libération des corps (libéralisés) par contrôle des esprits (conformisme)

A cela s'ajoute que le premier modèle est ici explicite, totalement assumé, quand le deuxième n'affiche que la libération, l'épanouissement.

responsabilité

Sensibilité, émotivité, affectivité

 

Hétéronomie imposée apprentissage de l’autonomie

Autonomie présupposée, qui n’est donc pas à apprendre

 

Axiologie

de l’apprentissage

Devoir

Intérêt

 

Principe

Besoin

Impératif, obligation

Option, liberté

Volonté

Désirs

Mise en scène pédagogique

Le professeur est le centre des activités de la classe.

L’élève ou les élèves sont le centre des activités de la classe.

Dans le premier, les élèves doivent s’adapter au professeur ; dans le deuxième, le professeur doit s’adapter aux élèves.

Sociologie

La société-classe est entièrement régie par le maître.

Prépondérance de la sociabilité  des élèves

Dans le premier modèle, la société  des élèves n’a de sens que dans l’instruction de la classe unifiée dans la même activité, le même apprentissage. Dans le deuxième, tout acte éducatif est tributaire de la sociabilité des élèves.

Hiérarchisation dynamique

Sensiblerie égalisatrice

Du maître

Différenciation évolutive

Nivellement général

 

Respect disciplinaire,

Émulation saine4

Indifférence nonchalante,


compétition agressive

Dans la première, la discipline canalise les motivations en les rendant rationnelles et responsables, ce qui fait défaut dans le 2e cas.

camaraderie

copinage

 

Principe notionnel

Logos

éthos

Le premier réfère à divers concepts : verbe, mot, langue, raison, discours rationnel, science ; le deuxième réfère à un être social spontané dont on laisse s’exprimer le caractère.

Terminologie pédagogique dominante ou préférentielle

Professeur, maître

Enseignant

 

Élève, disciple

Gamin, enfant, apprenant

Leçon

Séance

La leçon implique un maître surplombant une classe d’élève. La séance laisse entendre un ensemble d’interlocuteurs qui sont à égalité.

Exercice

Activité

«  L'exercice » implique discipline, régularité, répétition, effort et contrainte. L' « activité », l’effort seulement.

Chapitre

Séquence

 

Enseigner

Professer

Instruire

Former5

Accompagner

Eduquer

D’un côté, insignare : faire connaître par le signe, le code ; de l’autre : formare, modeler une forme en la manipulant.

Capacités

Compétences6


Support

pédagogique

Canon classique

Mosaïque diversifiée, non hiérarchisée

œuvres, références et méthodes

SIGNE : Livres, manuels, textes, œuvres, morceaux choisis

SON et IMAGE : Documents, tableaux, multimédia, nouvelles technologies, oralité, débats


Valeurs éducatives

Vrai  


Bon


Beau

Actuel, « objectif » (c'est-à-dire expérimenté)

Utile, économique


Plaisant, jouissif

L’éducation nouvelle disjoint, par exemple, la notion de vérité et celle d’objectivité. Un discours qui s’impose comme vrai est alors automatiquement suspecté de n’être pas objectif. Plus rien n’est vrai, plus rien n’est beau, plus rien n’est bon en soi. On note un usage tendancieux de la notion de « sens » (dans une acception subjectiviste : n’est bon que ce qui « fait sens » pour l’élève)

Expressions géométriques, symboliques et architecturales

Lignes droites, angles saillants et droits, espaces carrés, centrés et centralisés. Proportions équilibrées.

Lignes courbes, vagues, spirales, cercles et espaces en rotonde, sans centre.

Pensez aux fameuses rotondes dont on a affublé les lycées (halls et réfectoires par exemple) sous prétexte d'innovation architecturale, avec la plupart du temps pour effet un certain kitsch ignoble et dénué de sens. Dans la rotonde, il n'y a pas de repère, de centre, de structure, de hiérarchie : tout y est vertige et tourbillonnement. Dans un espace architecturalement classique, vous trouvez les repères et la mesure dont a besoin par définition l'élève.

Rapport école-société

Sanctuarisation 

-

L'école est un modèle de société

Inclusion et/ou transitivité au monde extérieur -

L'école est un miroir de la société

 

Scholè, otium

« Activité », negotium

 

Références

Pascal, Voltaire7, Condorcet, Kant, Alain, H. Arendt

Montaigne, Comenius, Helvétius, Rousseau, Pestalozzi, Schopenhauer, Dewey, Bourdieu8

Listes représentatives, non exhaustives. Concernant Rousseau, consulter notamment La nouvelle Héloïse, V, III, et l’Emile. Concernant Schopenhauer, on consultera "Sur l'éducation" (in Parerga und Paralipomena).

Sources et vecteurs  historiques

Scolastique,

collèges jésuites,

Humanisme

Psychologie de l’enfant,

Sciences de l’éducation,

Écoles privées et instituts pour « débiles » de toutes sortes

« débile » dans le sens de Piaget comme dans un sens élargi…

Moyens d’éducation civique

Symboles, cérémonies et rituels d’un ordre disciplinaire général

Bavardage moralisateur, prédication verbaliste, « débats » d’opinions

 

Rapport idéologique à la diversité de religion et d’opinion

Laïcité

Tolérance

La première est une notion rationnelle construite sur des principes philosophiques et historiques, la deuxième une notion vague et moralisatrice sans principe clair.

Projet politique, civilisationnel ;

Tendance culturelle

Méritocratie explicite,

Egalitarisme de l’excellence

Darwinisme social dissimulé  sous un discours démagogique,

Egalitarisme de la médiocrité

Il faut ici une précision : la notion d’élitisme méritocratique, fondement de l’école républicaine, ne mérite pas le traitement partial et populiste de Christian Baudelot et Roger Establet, qui s’en prennent en vain à un principe resté lettre morte depuis longtemps, de par l’adoption de l’idéologie constructiviste dans l’école massifiée.9 Cette critique démagogique de l’institution méritocratique ressortit à un profond darwinisme social absolument abject.

Démocratie élitiste, hiérarchique

Démocratie d’opinions indifférenciées (idéologie foulocratique)

Progressisme, rationalisme,

socialisme (pédagogie égalisatrice de la classe)

Consumérisme, hédonisme, individualisme (pédagogie de l’élève)

Ces conceptions théoriques de tendances philosophiques ou politiques s’entendent dans leur sens propre, premier.

Patriotisme culturel,

Universalisme

Relativisme culturel,

Particularisme

Relativisme parfois présenté  comme un œcuménisme, à des fins démagogiques (irénisme).

République universaliste française

Libéralisme libertaire mondialiste

 

Devenir politique de l’écolier

Citoyen défenseur actif et assumé  d’une République qui surplombe le peuple et sublime la nation

Consommateur-acteur du marché, rouage servile et inconscient de l’économie libérale

« La collusion entre les libéraux et les libertaires est liberticide », comme le dit si bien Jean Romain (http://www.sauv.net/anaideol.htm)

Maximes représentatives

  • Qui peut le plus peut le moins

  • Savoir est un bonheur

  • L’élève doit se concentrer sur sa leçon

  • Une école qui récompense les mérites

  • Les élèves apprennent du professeur (le professeur sait tout… ce qu’il faut savoir)

  • La science est infinie

 C’est dès l’école qu’on construit le progrès des sciences

  • Savoir est un honneur, ignorer est une honte

  • Il faut être grand pour hisser les élèves vers le haut, vers la grandeur.

  • La raison doit être une règle de vie pour tous.

  • Le mieux est l’ennemi du bien

  • Apprendre est un plaisir

  • L’élève est au centre des préoccupations


  • « Une école élitaire pour tous »10

  • Le professeur apprend des élèves (le professeur ne sait donc rien… d’intéressant)

  • Les savoir-faire sont à portée de main


  • A l’école il faut faire le deuil des disciplines universitaires

  • Ignorer ne doit pas être une tare, ni savoir un privilège


  • Il faut se mettre à la portée des élèves, pas forcément à leur niveau

  • L’école doit permettre aux individus de s’épanouir.

Quelques exemples illustratifs, parfois attestés tels quels, et  abondamment déclinés dans le langage usuel et la pensée des divers penseurs et pédagogues.


NOTES

1 Si la notion de transcendance peut pour certains revêtir une connotation religieuse impertinente  pour  un humanisme laïc,   Lorvellec (Op. cit., p.130), élève d’Alain , explique : « "Géométrie et poésie ; cela suffit", conclut Alain (XXV). Mais il faut les deux ; il faut, de droit, à toute forme humaine présumée, ce double "baptême" de la culture. Cette image religieuse suggérée par Alain n'est pas fortuite et nous présente l'idée sous un autre angle. Le contenu de tout enseignement ne peut être fixé en dernière instance que par une conception de l'homme, un projet de l'homme. »

2 Kant, Réflexions sur l’éducation, citées dans cet article : http://agora.qc.ca/reftext.nsf/Documents/Kant--Kant_et_leducation_par_Heinrich_Kanz

3 Dans son sens anthropologique : prépondérance de la culture sur la nature chez l’être humain, par exemple dans la théorie historico-culturelle du psychisme chez Vygotski.

4 « L'éblouissante réussite de mon semblable me présente et me propose, en effet, une sorte d'idéal concret ; elle me signifie que l'impossible est possible et lui donne un visage. » (Lorvellec, Alain philosophe de l’instruction publique, p. 111).

5 A la notion absurde de « formation tout au long de la vie » prêchée dans les instituts et les discours officiels, il faut opposer cette réflexion de Lorvellec élève d’Alain : « la mission de l'école n'est pas de former des écoliers à vie mais des hommes et des citoyens. » (Op. cit., p. 30)

6 Sur la notion de compétence, lire ce dossier intéressant : http://www.skolo.org/IMG/pdf/APC_Mystification.pdf. L’analyse critique de la pédagogie par compétence y est proposée dans une perspective constructiviste, à mettre en regard des analyses de cet essai. Le constructivisme radical y est réfuté, mais la version pourtant défendue du constructivisme pédagogique ne manque pas d’en souffrir, malgré les intentions de l’analyste, qui ne perçoit pas comment la pédagogie de la compétence peut découler de ce même constructivisme. Ce qui est démontré dans le cours de notre étude.

7 Dans Jeannot et Colin de Voltaire, la profession de foi du gouverneur de Jeannot et d’un « bel esprit » est une reprise satirique des idées de Montaigne sur l’éducation. Le conte illustre de manière caricaturale les conséquences funestes d’une telle idéologie démagogique (Voltaire dit « vanité »).

8 Alain Viala, grand disciple de Bourdieu, fut président de la Commission des programmes en Lettres (Français, Littérature comparée, Langues et littératures anciennes) au M.E.N. (1992-2002), et y a laissé une marque durable.

9 L'élitisme républicain : L'école française à l'épreuve des comparaisons internationales (Seuil, 2009). Les deux auteurs sont des purs produits des institutions républicaines les plus élitistes, à savoir l'École normale supérieure de la rue d’Ulm et le concours de l’agrégation. Il serait difficile de trouver meilleur exemple de trahison de l'École Républicaine par ses propres enfants ; une forfaiture explicable, au mieux, par un incroyable aveuglement sectaire consécutif à l’adhésion à une idéologie qui s’est depuis avérée largement caduque (gourous correspondants : Althusser, Bourdieu, notamment).

10 Titre d’un ouvrage de Jack Lang, défenseur des IUFM et de la pédagogie constructiviste.

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