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Débats scolaires sur les drogues :

évaluation par 180 élèves âgés 

d’environ 12 ans

François Besançon (1)

Barbara Ginsbach (2)

Nicole Mazières (3)

 (1) Professeur honoraire de médecine, université Paris 6.

(2) Directrice adjointe, école active bilingue Jeannine Manuel

(3) Directrice, école active bilingue Jeannine Manuel 

Résumé

Environ 180 élèves âgés en moyenne de 12 ans ont débattu avec un médecin. Un canevas d’évaluation  a été rempli par chaque élève. Un site Internet a résumé pour les parents ce qui avait été dit à leurs enfants, avant le débat avec les parents. Quatre élèves sur cinq ont déclaré avoir appris du nouveau. Un sur quatre a parlé de drogues avec ses parents pour la première fois à la suite du débat. Cela, plus souvent qu’avec ses enseignants. L’effet à moyen terme sur les comportements pourrait être évalué avec pour critères les consommations de tabac, les éventuels incidents liés à l’alcool et aux drogues illicites, et le nombre d’élèves dont les résultats scolaires se sont fortement dégradés depuis un an. L’efficacité préventive à moyen terme ne serait probante qu’à condition de disposer de groupes témoins. Les années paires, l’école renouvellerait les débats avec les élèves âgés de 12 ans en moyenne. Les années impaires, l’école se bornerait à remettre à leurs parents un opuscule préventif. Nos débats visent la “prévention universelle” : de préférence par des messages bien plus brefs qu’en prévention sélective, mais répétés parce que la répétition est la base de l’enseignement, comme de la prévention.

Méthodes 

Notre objectif a été d’impliquer les parents dans les débats scolaires sur les drogues et de réaliser des évaluations. En mars-avril 2010, trois groupes d’environ 60 élèves âgés en moyenne de 12 ans (sept classes de cinquième), accompagnés chacun d’un de leurs enseignants, ont débattu durant 45 à 90 minutes avec le premier auteur. Pour débuter par une constatation faite par les élèves eux-mêmes, l’intervenant leur a demandé s’ils avaient déjà vu de la drogue, puis s’ils avaient remarqué des mégots sur les trottoirs. Ils ont levé la main et le débat s’est poursuivi de façon interactive. Il est résumé dans  http://drogues12ans.jimdo.com/

 En vue d’une évaluation anonyme, un canevas  a été remis à chaque élève par les enseignants. Sur chaque ligne, l’élève était prié d’entourer la note (0, 1, 2, 3) qu’il attribuait à la phrase inscrite sur la ligne. Sur la plupart des lignes, le nombre des réponses a dépassé 170. Les enseignants ont été priés de remplir un autre canevas.

 Les parents ont été invités à débattre par l’école ainsi que par l’intermédiaire de leurs enfants, mais ils n’ont été qu’une vingtaine à s’y rendre. Pour les informer de ce qui avait été dit à leurs enfants, le site Internet mentionné ci-dessus a été créé entre le dernier débat avec les élèves et le débat avec les parents, lors duquel son url a été affichée. Ainsi, l’intervenant a-t-il été dispensé de tout répéter aux parents. Les messages dédiés aux parents ont inclus la corrélation entre l’argent de poche et la fréquence des ivresses (B. Martin 2009), et le conseil d’apprendre aux enfant à faire la cuisine vers l’âge de 11-12 ans pour les motifs suivants : les enfants sont alors réceptifs ; ils affronteront les trafiquants dès l’année suivante ; les enfants vivent dans un tourbillon, les parents aussi, et il faut se donner du temps ensemble pour en venir à parler naturellement des consommations jugées bonnes ou dangereuses.

 Résultats 

Tableau. Sur chaque ligne, l’élève a tracé un cercle autour du chiffre qu’il a attribué comme note pour la phrase de cette ligne. Le dépouillement a demandé moins de deux heures. Sous chaque note figure le total des réponses obtenues.

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0        1        2        3       J’avais envie de m’informer sur les “drogues” (tabac et alcool inclus).

14      39     73      40 

0        1        2         3      C’était facile à comprendre.

4        7       53      107

0        1        2        3        Il était facile de s’en souvenir.

10     34     67      65

0        1        2        3        J’ai appris du nouveau.

35     28     47      67

0        1        2        3        J’ai changé mon point de vue.

99     38     36     10

 0        1        2        3      Nous en avons parlé entre camarades    0      1 pour la première fois

42     55     43      32                                                                                   130    31

0        1        2         3      J'en ai parlé avec un enseignant             0        1 pour la première fois

151    13      8         4                                                                                   132     24

0        1        2         3      J'en ai parlé avec mes parents                 0        1 pour la première fois

37     50     47       37                                                                                 127     40

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Ainsi, quatre élèves sur cinq ont déclaré avoir appris du ouveau. Une minorité a changé son point de vue mais on ignore si ce point de vue était ou non défavorable aux drogues. Un élève sur quatre a parlé de drogues avec ses parents pour la première fois (davantage qu'avec ses enseignants).

Discussion

       En 2009, des débats analogues, mais sans évaluation, avaient été organisés pour les élèves et les parents d'établissements piblics et privés par la mairie de Fonainebleau et par l'Ecole des Parents et des Educateurs du 77 sud, dans le théätre de Fontainebleau. Les changements de comportements à court terme constatés en 2010 encouragent à persévérer. 

  

La répétition est la base de l’enseignement… et de la prévention. Tous les deux ans, par exemple, ne serait-il pas bon de se répéter partiellement, non sans tenir compte de ce que les adolescents se croient inoxydables et détestent qu’on les baratine ?   Une évaluation à moyen terme d’un effet sur les comportements est envisagée sous deux conditions. 


La première serait d’observer en première ou en terminale des critères qui ne seraient pas les consommations de drogues illicites, mais les consommations de tabac, les éventuels incidents liés à l’alcool et aux drogues illicites, et le nombre d’élèves dont les résultats scolaires se sont fortement dégradés. Ce dernier comportement est utilisable dans des comparaisons statistiques même s’il n’est pas spécifique des drogués. Il n’est pas spécifique car on voit les  notes se dégrader quand les parents se séparent, quand un bon élève perd son temps devant un écran ou a trop servi de tête de Turc, et surtout en cas de dépression pour une autre cause. La dépression est fréquente dès l’enfance mais elle est trop rarement diagnostiquée, notamment parce que trop de parents refusent que leur enfant consulte un professionnel en vue d’un diagnostic. Une autre limitation est qu'entre la sixième et la première la cohorte a subi des changements.


La seconde condition requise pour l’évaluation à moyen terme est de disposer de groupes témoins exposés aux deux mêmes limitations. Les années paires, l’école renouvellerait les débats avec les élèves âgés de 12 ans en moyenne. Les années impaires, l’école se bornerait à remettre à leurs parents l’opuscule préventif “Drogues et dépendance” co-édité par l’INPES (Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé) et la MILDT (Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et Toxicomanies).

La prévention est dite “universelle”, sélective” ou “indiquée” selon qu’elle vise la population générale, des groupes à risque élevé ou des malades. La plupart des “programmes scolaires” nord-américains ne relèvent pas de la “prévention universelle” mais de la “prévention sélective”, conçue pour les groupes à risque élevé : enfants de drogués et adolescents sous main de justice. Ces programmes visent à aider les jeunes et leurs familles par l’intermédiaire des enseignants, très motivés. Ces programmes sont  onéreux et lourds, comme le “Strengthening Families Program” de K. Kumpfer, abondamment cité aux récentes Assises de la parentalité de la MILDT. Leur efficacité a paru faible dans les méta-analyses de Cuijpers 2002 et Peters 2009.

En conclusion, nos débats avec les élèves, eux, visent la “prévention universelle” en impliquant les enseignants et les parents : de préférence par des messages bien plus brefs qu’en prévention sélective, mais répétés (parce que la répétition est la base de l’enseignement comme de la prévention). Ils ont été évalués à court terme et ils sont évaluables à moyen terme.

Références 

- Cuijpers P. Effective ingredients of school-based drug prevention programs. A systematic review. Addict Behav. 2002; 27: 1009-1023

- Kumpfer KL, Baxley G. Drug abuse prevention: What works. Resource manual. National Institute on Drug Abuse, Technology Transfer Program, NIH Pub. 1997, No. 97-4110. Rockville, MD: NIDA

- Martin B, McCoy T, Champion H, Parries M, DuRant R, Mitra A, Rhodes S. The role of monthly spending money in college student drinking behaviors and their consequences. J Am Coll Health 2009; 57: 587-596

- Peters LW, Kok G, Ten Dam GT, Buijs GJ, Paulussen TG. Effective elements of school health promotion across behavioral domains: a systematic review of reviews. BMC Public Health. 2009; 9: 182. Published online: http://www.biomedcentral.com/1471-2458/9/182/ Consulté le 17.11.2010

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Du même auteur, le Pr. François Besançon :

      Elèves de 12 ans et drogues   

      





Livre : 

Besançon F. Drogues, alcool : en parler en famille. Paris, InterEditions-Dunod, 2006

Merci de vos remarques : inscrire fbesan et ajouter @gmail.com. Cette correspondance restera confidentielle. 

Site créé le 13.10.2010. Révision le 11.11.2011


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