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XV - L'affaire Gouffé

XV - L'affaire Gouffé

La sombre'affaire dite de la « malle à Gouffé » ou de la « malle sanglante de Millery » a fait la une de la presse régionale et nationale à la fin du XIXe siècle. Elle passionna l'opinion et fut au coeur de débats scientifiques ; elle n'était pourtant, a priori, qu'un fait divers qui aurait pu passer inaperçu.

L'histoire commence un beau jour d'été 1889 dans le département du Rhône, à Millery, petit bourg du canton de Givors connu pour l'excellence de ses vins. Depuis quelques jours, plusieurs habitants se plaignent d'être incommodés par une odeur putride, vers le lieudit La Tour de Millery. Le 13 août, en fin de matinée, le cantonnier Coffy, qui inspecte les abords du chemin de Vernaison à Millery, à 150 mètres environ de la gare, est loin de se douter de la découverte macabre qu'il va faire et du retentissement qu'elle va avoir, lorsqu'il aperçoit, en contrebas du parapet, un sac de toile exhalant une odeur insoutenable et entouré de nombreuses mouches. Le cantonnier tire le sac à lui à l'aide d'un trident et va chercher le garde champêtre. La police et les autorités judiciaires arrivent sur les lieux. Un médecin expert de Lyon accompagne le juge d'instruction. Les premières constatations sont faites : il s'agit du corps d'un homme attaché dans un sac. Aucuns papiers permettant de l'identifier n'ont été trouvés. Pour en savoir davantage, le cadavre est transporté à la faculté de médecine de Lyon pour examen.

Le lendemain, l'acte de décès de l'inconnu est dressé : « L'an mil huit cent quatre-vingt neuf et le quatorze août à huit heures du matin par-devant nous Charles Joseph Marin maire officier public de l'état-civil de la commune de Millery canton de Givors département du Rhône ont comparu les sieurs Louis Philippe âgé de quarante-huit ans rentier et Denis Coffy âgé de quarante-cinq ans cantonnier tous les deux domiciliés à Millery, hameau de la Tour, lesquels nous ont déclaré avoir découvert hier à onze heures du matin sur le territoire de la Tour, près de la gare le cadavre d'un inconnu. Monsieur le docteur Bernard a reconnu que le cadavre, lié ans un sac, était du sexe masculin, ce cadavre a été transporté à Lyon pour en faire l'autopsie. Après nous en être assuré, nous avons dressé le présent acte que les déclarants ont signé avec nous après lecture faite...»

A l'issue de l'autopsie, un rapport médico-légal fait état d'un sac de toile forte confectionné à la main, d'où émerge par une déchirure l'arrière d'une tête informe et une partie du tronc d'un cadavre en état de putréfaction avancée. La tête, qui occupe le fond du sac, est enveloppée dans une toile cirée noire tenue par une ficelle entourée autour. Le corps dénudé est replié sur lui même, ligoté avec de nombreux tours de corde. Le nez, les yeux et les ongles ont disparu, les cheveux et la barbe se détachent, de même que l'oreille gauche et les pieds. Les conclusions concernant l'identification sont très sommaires : il s'agit d'un homme âgé de 35 à 45 ans, de taille et de corpulence moyennes, portant barbe et moustache, apparemment mort par strangulation depuis trois ou cinq semaines.

Le cadavre de l'inconnu de Millery.

L'identité du défunt demeure ainsi un mystère mais l'enquête avance. Le 17 août, le long de la route allant à Saint-Genis-Laval, à environ deux kilomètres de la découverte macabre, on trouve dans les taillis une vingtaine de débris provenant d'une malle en bois d'où émane une odeur pestilentielle, maculés de taches semblant être du sang. Le lien est rapidement établi avec le cadavre de Millery, à proximité duquel a été retrouvée une clé qui correspond parfaitement à la serrure de la malle. Du reste, cette dernière porte une étiquette de la compagnie des chemins de fer Paris-Lyon-Marseille mentionnant un départ de Paris par le train rapide n° 3 à destination de Lyon-Perrache le 27 juillet 188..., le dernier chiffre étant illisible. S'il s'agit d'un 9, la malle est liée à un crime commis récemment dans la capitale. L'information est donc transmise par le parquet lyonnais à Paris, où l'affaire est confiée au commissaire Goron, chef de la Sûreté.

Ce dernier ne tarde pas à faire le rapprochement avec une affaire en cours : la disparition de Toussaint-Augustin Gouffé, veuf et père de trois filles, huissier au 148 de la rue Montmartre, qui s'est étrangement volatilisé le soir du 26 juillet après un passage au café voisin.

Né à Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne) le 27 octobre 1840 et fils unique d'un cultivateur, Toussaint Gouffé quitta la maison familiale de la Grande Rue entre 1856 et 1861. Il devient maître-clerc puis huissier à Argenteuil où il épouse Stéphanie Félicité Marie Delorme. En 1876, il achète l'étude de la rue Montmartre. Le couple habite alors avec ses trois filles au n° 172 de cette même rue, où Madame Gouffé décède le 27 janvier 1881. Au moment de sa disparition, l'huissier habitait un appartement au n° 13 de la rue Rougemont avec ses filles âgées de 16, 18 et 20 ans. L'aînée, Jeanne Augustine Marie, née à Argenteuil le 5 janvier 1869, épousera René Baudin, clerc de notaire le 5 janvier 1892 à Paris. Marie Rosine Stéphanie, née aussi à Argenteuil le 20 janvier 1870 épousera l'huissier Henri Dubois à Paris le 25 juin 1892.

Alertée le 29 juillet par le beau-frère du disparu, la police parisienne a mené son enquête. Elle a d'abord constaté que des papiers avaient été dérangés dans l'étude et le concierge du 148 a affirmé avoir croisé un individu suspect sortant de l'étude le soir du 26. Toutefois, il n'y a pas eu d'effraction et 14 000 francs étaient toujours présents sur un bureau. La thèse du crime crapuleux est donc fragile et, en s'intéressant de plus près à la personne et à la vie privée de l'huissier, la police s'oriente davantage vers une histoire de coeur : les recherches, notamment l'audition de son beau-frère, n'ont-elles pas révélé que Gouffé avait de nombreuses maîtresses ? Cependant, la plupart d'entre elles sont entendues et aucune piste n'aboutit.

Néanmoins, l'inspecteur Soudais, chargé de l'enquête à Paris, est de plus en plus convaincu du lien entre les deux affaires. Il se rend alors à Lyon avec le beau-frère de l'huissier dans l'espoir qu'il reconnaîtra le corps mais sur place, toute identification s'avère impossible compte tenu de l'état du cadavre.

Naturellement, on cherche à déchiffrer la date qui pouvait permettre de faire le lien entre les deux affaires. La piste est cependant abandonnée lorsqu'un cocher affirme avoir transporté la malle en donnant de nombreux détails, tandis que la police lyonnaise identifie finalement le cadavre comme étant celui d'un nommé Daudier disparu lui aussi en juillet 1889. L'affaire de Millery ne semble donc plus avoir aucun lien avec la disparition de l'huissier de la rue Montmartre. Mais rebondissement : la victime supposée, bien vivante, se manifeste à Nice après avoir appris sa mort dans les journaux et le cocher, un pauvre alcoolique, avoue avoir tout inventé.

La police reprend donc ses investigations en s'intéressant plus particulièrement à la malle. L'étiquette de la compagnie de chemin de fer est un indice de première importance car elle prouve que la malle a voyagé et c'est la consultation des registres de la compagnie ferroviaire qui permet de préciser la date : c'est le 27 juillet 1889, le lendemain de la disparition de l'huissier, que fut expédié par train de Paris à Lyon un colis de 105 kg.

Les enquêteurs comprennent alors que, pour identifier la victime et établir le lien pressenti entre les deux affaires, il faut se concentrer sur le cadavre : à cette époque, qui vit les débuts de la médecine légale, on décide d'autopsier à  nouveau. Cette fois, le professeur Lacassagne, expert en la matière, est désigné pour procéder aux examens mais, à la stupéfaction générale, le corps non réclamé à la morgue a été jeté dans la fosse commune. Sans corps, l'affaire aller se terminer si un employé de la morgue n'avait marqué le cercueil. La dépouille exhumée, l'autopsie commence dans l'amphithéâtre de la faculté de médecine de Lyon le 13 novembre 1889 et va durer huit jours, en présence des autorités judiciaires et de médecins. L'autopsie révèle sans difficulté que l'on est en présence d'un homme de 50 ans environ (Gouffé en a 48) mesurant 1m77 voire 1m78 (l'état signalétique communiqué par l'autorité militaire confirme), présentant des signes physiques distinctifs identiques à ceux de l'huissier et dont les cheveux correspondent à ceux qui ont été prélevés dans le cabinet de toilette de l'huissier. Tout concorde et le légiste peut proclamer haut et fort : « Messieurs, je vous annonce que la succession de maître Gouffé est ouverte ! ». La cause de la mort est elle aussi déterminée : étranglement à la main.

Par jugement du 26 mars 1890, le tribunal civil de Lyon reconnaît que l'acte de décès relatant la découverte du cadavre de Millery concerne l'huissier Toussaint Augustin Gouffé, décédé à Paris, 3 rue Tronson-Ducoudray, le 26 juillet 1889, et que ledit acte tient lieu d'acte de décès dudit Gouffé. Le beau-frère et les filles du défunt se rendent alors à Lyon pour réclamer le corps afin de le conduire au cimetière de Dammartin.

Pour la police, il reste à élucider le crime dont les circonstances, hormis le déplacement du corps de Paris à Lyon, demeurent obscures. Pour en apprendre davantage, Goron fait fabriquer une malle identique par un artisan et la fait exposer à Paris tout comme la malle authentique que les autorités lyonnaises avaient fait reconstituer, avec appel à témoins. Parmi la multitude de curieux venus voir la fameuse malle dont toute la presse parlait, un sellier indique qu'il s'agissait d'un modèle fabriqué et vendu uniquement en Angleterre. Ce détail est recoupé avec une autre information, selon laquelle l'huissier a dîné peu de temps avant avec un nommé Eyraud qui a payé la note en monnaie anglaise. Goron a aussi reçu le courrier d'un ressortissant français demeurant à Londres, affirmant que les Labordère, un couple de français logeant chez une de ses connaissances, a fait l'acquisition d'une malle identique.

La malle en bois a été décrite dans le journal Le Salut public : « 80 à 90 cm de long ; un peu plus de 50 cm de hauteur ; le fond manque. L'extérieur est recouvert de forte toile foncée vernie, fixée par des clous jaunes. L'intérieur est tapissé de papier peint à fond blanc avec des taches noirâtres ». On apprit plus tard qu'en prévision de son méfait, le couple en avait fait renforcer le fond par un serrurier.

Goron se rend alors aussitôt en Angleterre, pour rendre visite à la logeuse, laquelle donne l'identité des deux individus : l'homme s'appelle Michel Eyraud et sa compagne répond au nom de Gabrielle Bompard. Ces noms n'étaient pas inconnus puisque la police avait été informée, dans le cadre de l'enquête sur la disparition de l'huissier, que ce dernier avait été vu en leur compagnie le 25 juillet dans un café des Grands Boulevards. Eyraud était un escroc notoire aussi connu pour violence conjugale ; sa compagne était une jeune femme aux moeurs légères. Ils n'avaient pas été revus depuis le 27.

Michel Eyraud est né à Saint-Etienne, le 30 mai 1843, d'un père aubergiste. Après le lycée, il gagne la capitale pour rejoindre sa famille qui s'y est installée après avoir fait fortune dans le négoce de la farine. Mais après une brouille familiale, il quitte Paris pour courir le monde. En 1863, il participe à l'expédition du Mexique comme caporal mais déserte face à l'ennemi. Rentré en France en 1867 après l'amnistie, on le retrouve à Paris à la tête d'un commerce de cuirs. En 1870, il est capitaine dans la garde nationale et épouse Louise-Laure Bourgeois, une honnête femme qui lui donnera une fille, Reine, âgée de 19 ans au moment des faits. En 1874, il part aux Etats-Unis comme agent général d'une maison de commerce londonienne qui finit par le congédier. Etabli comme distillateur à Sèvres, il se ruine en débauches et fait faillite. Après avoir tenté en vain de soutirer de l'argent à sa mère, il s'associe avec un commissionnaire en marchandises mais leur affaire fait elle aussi faillite. Il vit depuis d'expédients. Au moment des faits, il était domicilié à Levallois-Perret, 4 place de la République, où il jouissait de la plus mauvaise réputation.


Gabrielle Bompard est née à Lille le 13 août 1868 d'un marchand de métaux originaire du Cantal, qui avait épousé la fille d'un brigadier des douanes. La famille paternelle, cultivateurs ou marchands depuis plusieurs générations, descendait même d'un notaire royal de Saint-Jacques-des-Blats. Après la mort de son épouse en 1877, le père de Gabrielle s'efforce de lui donner une bonne éducation en la plaçant dans plusieurs maisons pour jeunes filles, mais elle en est chaque fois renvoyée pour comportement vicieux et indiscipliné. Arrivée à Paris en 1888 après un bref retour au domicile paternel, elle se retrouve prise dans les griffes d'une proxénète du boulevard Malesherbes. Elle fait alors la connaissance d'Eyraud qui la prend sous sa protection (d'après elle, il recherchait une caissière ; d'après lui elle l'a racolé dans la rue), devient sa maîtresse et se livre occasionnellement à la prostitution.

Si le couple paraît impliqué dans le meurtre de Gouffé, le mobile du crime demeure inconnu et il faut encore retrouver les deux individus. La tâche s'annonce très difficile mais un événement inespéré se produit le 22 janvier 1890 : Gabrielle Bompard se constitue prisonnière à la préfecture de police de Paris et avoue, tout en chargeant Eyraud au maximum, le piège qu'ils ont tendu à l'huissier dans le but de le dépouiller de son argent.

D'après les dires de la jeune femme, Gouffé a été choisi parce qu'on le disait riche. Il fréquentait avec Eyraud le même café où chacun sait qu'il emportait chez lui la recette de la journée après avoir quitté son étude. Bien plus, l'huissier qui sortait chaque vendredi pour courir les jupons avait plusieurs fois « fait la fête » avec Eyraud et avait manifesté un intérêt non dissimulé pour Gabrielle. Pour certains, l'huissier, Eyraud et d'autres individus peu recommandables auraient même monté ensemble une combine consistant à prêter de l'argent à des insolvables afin de faire saisir leurs biens.

Compte tenu des penchants de Gouffé, Gabrielle doit servir d'appât. Le couple fait en sorte que qu'ils se rencontrent sur le parcours menant chaque jours l'huissier de son domicile à son étude. Quelques mots, un jeu de séduction, et la belle invite sa proie à la retrouver, le soir du vendredi 26 juillet, dans un appartement loué à cette fin, 3 rue Tronson-du-Coudray.


Les lieux du crime, à l'époque et aujourd'hui

C'est là que le meurtre, soigneusement préparé, a lieu : l'huissier, inévitablement envoûté et enclin à se livrer aux caprices de sa conquête, se laisse volontiers entraîner sur le divan et passer autour du cou la cordelette qui fermait le peignoir de la belle, sans se douter un instant qu'elle était reliée à une corde passant par une poulie fixée au plafond et dont l'autre extrémité allait être tirée par Eyraud, dissimulé derrière des rideaux. Le mécanisme fonctionne mais l'huissier résiste. Eyraud, paniqué, sort de sa cachette, bondit sur Gouffé et l'étrangle de ses mains.

Le crime accompli, Eyraud fouille le corps et ne trouvant pas la fortune escomptée, s'empare des clés de l'étude que Gouffé portait sur lui et s'y rend dans le but d'y trouver de l'argent. Rentré bredouille après avoir fouillé plusieurs tiroirs mais sans avoir réussi à forcer le coffre-fort, il dépouille le mort de tout ce qu'il a de valeur sur lui : une pièce en or de 100 francs, un billet de 50 francs, une montre en or avec sa chaîne, une bague ornée de deux diamants et un pince-nez en écaille. Le cadavre est ensuite dévêtu et pendu grâce à la corde pour être mis dans un sac de toile. Retombé sur le sol, il est pendu à nouveau, glissé dans le sac et caché dans la malle. L'enquête révèlera que la malle, ainsi qu'une partie du matériel utilisé pour la pendaison, avait bien été achetée à Londres, où Eyraud s'était réfugié en 1889 pour échapper à une plainte pour escroquerie déposée à son encontre.

La seule idée du couple est alors de fuir, en emportant l'encombrant colis. Après l'avoir acheminé par coche jusqu'à la gare et l'avoir expédié, le couple se rend à Lyon, récupère la malle, loue un attelage et la transporte jusqu'à Millery. L'endroit n'est pas été choisi au hasard car Eyraud a habité à Lyon et connaît les environs. Sur les lieux, la malle est vidée par-dessus le parapet, rechargée sur la voiture pour être brisée et abandonnée plus loin.

Eyraud et Gabrielle regagnent ensuite Lyon et prennent le train pour Marseille où demeure le frère de l'assassin. Là, ils se débarrassent des habits et des chaussures de leur victime et s'apprêtent à partir à l'étranger. Il faut toutefois retourner à Paris où Eyraud a malencontreusement laissé son chapeau, marqué des initiales M. E., sur les lieux du crime. L'objet compromettant récupéré, le couple part pour Londres puis pour l'Amérique du Nord : New-York, Montréal puis Vancouver où Eyraud fait la connaissance d'un français supposé riche et qu'il aurait dépouillé et certainement assassiné si Gabrielle ne l'avait mis en garde en lui avouant être la maîtresse du meurtrier de Gouffé. L'intrigante, qu'Eyraud présentait comme sa fille, l'abandonne alors pour regagner l'Europe avec son nouvel amant qui la persuade de retourner en France et de se livrer.

De son côté, Eyraud resté aux Etats-Unis et enragé par le départ de sa compagne et complice, est bien décidé à ne pas porter le chapeau. De New-York où il se trouve en janvier 1890, il écrit au commissaire Goron, niant avoir assassiné l'huissier dont le meurtre a, dit-il, été imaginé et perpétré par Gabrielle et un de ses amants. Pourchassé malgré tout par les policiers français partis sur sa piste et le suivant grâce aux lettres qu'il envoie, il gagne le Canada, la Floride, le Mexique puis Cuba où il est finalement reconnu grâce à un signalement précis et arrêté par la police locale à la demande du consulat français. Malgré deux tentatives de suicide, il est ramené en bateau - dans une cage gardée de jour comme de nuit - jusqu'à Saint-Nazaire et, de là, à Paris.

Michel EYRAUD lors de son arrestation

Après la clôture de l'instruction, le procès devant la cour d'assises de la Seine s'ouvre le 16 décembre 1890. Les chefs d'accusation sont les suivants : Pour Michel Eyraud et Gabrielle Bompard, homicide volontaire avec préméditation, guet-apens, accompagné de vol ; vol de nuit par deux ou plusieurs personnes, dans une maison habitée. Pour Eyraud seul, tentative de soustraction frauduleuse de nuit, dans une maison habitée.

Le procès attire la foule et passionne. La presse s'empare de l'affaire et de nombreux articles illustrés sont publiés.

Page de l'Illustration, 1889.


Si la culpabilité d'Eyraud ne fait aucun doute, la salle d'audience devient le théâtre de débats houleux sur sur l'état d'hypnose dans lequel se serait trouvée Gabrielle Bompard lorsqu'elle a passé la corde au cou de la victime. Pour certains spécialistes, elle aurait été sous l'emprise d'Eyraud et donc irresponsable. Toutefois le jury reconnaît sa responsabilité.


Le Journal illustré, du 21 décembre 1891.

Le verdict tombe le 20 décembre : Eyraud est condamné à mort et sa complice, qui a bénéficié de circonstances atténuantes et du bénéfice du doute sur sa participation à l'homicide, écope de vingt années de travaux forcés ; un franc de dommages-intérêts est alloué à la partie civile. Eyraud, transféré à la prison de la Grande-Roquette en attendant son exécution, est guillotiné le 3 février 1891 à 7h15, en dépit d'un pourvoi en cassation et d'un recours en grâce signé par les douze jurés. Sa dépouille est dans un premier temps enterrée au cimetière d'Ivry-Nouveau, puis transférée au cimetière du Père-Lachaise, pour être inhumée anonymement dans le caveau familial. 

« La Bompard » est incarcérée à la prison de femmes de Nanterre puis à la centrale de Clermont. Après avoir bénéficié de plusieurs réductions de peine pour bonne conduite, elle sera graciée en 1903. Elle se produira dans un cabaret et mourra dans l'oubli de tous en 1923.

 

 

BIBLIOGRAPHIE :

FOUQUIER (Armand), Causes célèbres de tous les peuples. Les assassins de Gouffé (Michel Eyraud et Gabrielle Bompard, 1889-1890), Paris, Lebrun, 1891.

GRANDPRE (Jules de), La malle sanglante. Assassinat de l'huissier Gouffé. Affaire Eyraud-Bompard, Paris, Fayard, 1890.

GUIMBAIL (Henri), Étude médico-légale sur Gabrielle Bompard, Clermont, Daix frères, 1891.

JAUME (Paul), L'affaire Gouffé, Paris, Ollendorf, 1909.

Jugement d'Eyraud et de Gabrielle Bompard, Paris, L. Baudot, 1889.

LACASSAGNE (Alexandre), L'affaire Gouffé, Lyon, Stork et Paris, Masson, 1891.

L'affaire Gouffé. Révélations complètes de Gabrielle Bompard, Paris, L. Baudot, 1890.

DARMON (Pierre), La Malle à Gouffé : le guet-apens de la Madeleine : récit, Paris, Denoël, 1988.

L'AULNAYE (Remy de), Les confessions secrètes de Gabrielle Bompard, avec son portrait, Lille, Hayard, 1890.

LOCARD (Edmond), La malle sanglante de Millery, Paris, Gallimard, 1934.

MAYEN (Maurice), La malle à Gouffé, Collection Chronique judiciaire, Ed. Astéria, 1949.

Procès Eyraud-Bompard, tiré du compte rendu "in extenso" de la "Gazette des tribunaux", Paris, Strauss, 1890.

ROBERT (Henri), Cour d'assises de la Seine. Affaire Gouffé. Plaidoirie de Me Henri Robert pour Gabrielle Bompard (20 décembre 1890), Paris, Muzard et fils, 1891.


Dernière mise à jour le 23 août 2012

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