XI - LES BARRIERES DES SERGENTS


On appelait barrière des sergents un petit bureau ou guichet où l’on pouvait aller chercher les sergents ou les huissiers dans les villes. A l’origine, ces officiers se tenaient en effet appuyés sur la barrière qui fermait l’hôtel seigneurial où se rendait la justice (1). Par la suite, ils furent autorisés à se tenir dans une petite loge couverte, plus éloignée et plus commode pour rédiger leurs exploits.

Cette pratique était un héritage des Romains qui avaient pour usage d’établir dans leurs villes des postes de garde où devaient stationner les sergents (les stationarii) pour être à la disposition des magistrats et des officiers de police.

A Paris, les plus anciennes barrières avaient été établies aux trois portes principales : les deux portes de la Cité (grand Châtelet et petit Châtelet) et la porte Baudets. Les sergents à verge ou à pied se tenaient ordinairement appuyés à une barrière qui se trouvait devant le Châtelet, pour être prêts au premier ordre du juge ou réquisition des parties. Par la suite, on en construisit dans différents quartiers et leur nombre s’est accru en même temps que la ville,  pour atteindre le nombre de quatorze.

Au XVIIème siècle, les barrières des huissiers et sergents du Châtelet se trouvaient au marché neuf, au petit marché du faubourg Saint Germain, à l'aile du pont Marie, à la pointe Saint Eustache, au coin Saint Jacques de l'Hôpital (quartier du Luxembourg), sur la place du cimetière Saint Jean (quartier de la Grève), à la pointe Saint Honoré (la barrière du For-l’Evêque située au coin de la rue de l’Echelle), devant l'Abbaye Saint Martin, à la place Maubert, rue du petit Pont (quartier de Saint-Benoît, près du Petit Châtelet) et dans la rue Saint-Antoine, face à l’église Saint-Paul-Saint-Louis.

Les sergents à cheval avaient quant à eux leur bureau sur le quai de la Mégisserie où l'on pouvait consulter leur liste et savoir leur date de départ pour chaque province. Enfin, à partir de 1691, les huissiers-priseurs et vendeurs de meubles avaient leur bureau dans la cour du Grand Chatelet. (2)

Les sergents de la douzaine (qui étaient des sergents à verge affectés détachés à la garde du prévôt) avaient leur propre barrière. Celle-ci se trouvait près du Châtelet, rue des Ecrivains, avant d’être déplacée par le prévôt Louis Séguier contre l’église Saint-Jacques de la Boucherie.

Une barrière des huissiers et sergents-à-verge avoisinait encore la rue de la Monnaie (1er arrondissement) en 1714. Celle du Pont Marie fut déplacée au bas du côté du Port au foin où elle se trouvait en 1722. Un historien parisien du XIXème siècle écrivait à propos de la rue Grenéta (ou Darnetal) qu'existait, du côté droit, l'une des barrières dites des sergents. Il indiquait aussi qu'un corps-de-garde qui marquait encore, rue rue croix-des-Petits-Champs et rue Saint-Honoré, la place d'une ancienne barrière des Sergents, n'a été démoli qu'en 1805. Il évoquait enfin une barrière des huissiers priseurs et sergents à verge du grand Châtelet  dans le 4ème arrondissement, sur le pont près du quai d'Anjou. (3)

Enfin, toujours à Paris, les Huissiers du Grand Conseil avaient un bureau sur l'Ile de la Cité, au pied du grand degré de la Sainte-Chapelle.

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(1) FURETIERE, Dictionnaire universel ; FERRIERE, Dictionnaire de droit et de pratique.
(2) Sur ces différents emplacements, voir
ABRAHAM DU PRADEL, Le livre commode des adresses de Paris pour 1692 et MAQUET (Auguste), Paris sous Louis XIV, Paris, Laplace, 1883.
(3)
LEFEUVE (Charles),  Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon III, Paris, 1873.

Dernière mise à jour le 30 mars 2011

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