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Serge Dinerstein
 
Né en 1940 à Paris,
contemporain jusqu'à nouvel ordre.
Grand-père tourneur sur bois, médaille d'or aux expositions
universelles de Paris en 1925 et 1937
 
Ex commerçant international,
poétise et écrit à ses heures,
 
Humaniste, généreux...et tout et tout...(condition élémentaire en poésie,
à l'exception de Verlaine, bénéficiaire d'une dérogation spéciale).
 
 
Quelques travaux :  
Poèmes publiés dans les revues Inédit-Nouveau, Jalons, Le Journal à Sajat, L'Ouvre-Boîte, le Manoir des Poètes, le Cerf-Volant, l'Agora.
Nouvelles publiées dans les revues L'Archipel et Inédit-Nouveau, toutes deux en Belgique,
Recueils de poèmes : deux recueils dans la collection Franche-Lippée, publiés par le regretté Marcel Chinonis aux Editions Associatives Clapàs, et trois recueils à compte d'auteur, Coulures de Plume (Clapàs), La Paille du Lin  et L'Etrange indifférence des nuages (Gerbert).
Recueil de nouvelles : Passage Ensemble, Editions Sajat.
Roman: Un petit meurtre parisien, roman policier, Editions Sajat
Traduction inédite : de l'allemand au français, Eine Jugend in Deutschland (Une jeunesse en Allemagne), mémoires de Ernst Toller, auteur de pièces de théâtre et l'un des dirigeants de la "République de Weimar".
Conférences : Boris Pasternak, Rainer Maria Rilke, Anna Akhmatova et autres poètes russes du 20ème siècle, Heinrich Heine. Louise Labé.
 
Contact: serge.dinerstein@yahoo.fr

 
Depuis longtemps il n'est plus de pluriels,
mais infiniment de singuliers.
Rainer Maria Rilke 
 

La vertu, vois-tu,

C’est joli à l’endroit,

Mais à l'envers

C’est dur comme le verre,

Plus doux en vers qu’en prose,

Moins rare en vert qu’en rose.

Mais prends bien garde,

Où qu’elle se pose,

A l’endroit comme à l’envers,

Vêtue de rouge ou de vert,

 

Trop de vertu tue.

 

 


Jeux interdits

 

 

 

La guitare

Goutte à goutte

Frappe la voute

De mon brouillard

 

Goutte à goutte

Tombent les notes

Elles trottent trottent

Suivant ma route

 

Goutte à goutte

A pas de loup

Rythmant mon pouls

Et moi j’écoute

 

Goutte à goutte

Coulent les heures

Coulent les notes

Sur mon coeur

 

REFLEXIONS

 

Dieu et nous

 

 

         Noël vient d’éteindre ses lumières, brillent encore celles, assez timides de ma banlieue qui proclament prudemment « Bonnes Fêtes ». Mieux vaut rester neutre. Nous nous étions réunis en famille, les enfants, les petits-enfants, les parents et beaux-parents. Un melting pot politique : certains gardent l’empreinte d’un communisme moribond, d’autre d’une anarchie qui ne sait trop où se situer, d’autres comme moi, nourris au lait marxiste et, bien qu’atteints de cette allergie spécifique, n’ont plus envie de vendre leur âme à quiconque.

         Et malgré tout, la magie de Noël réunit tout ce monde qui s’y donne avec plaisir, surtout les enfants, évidemment. A causes des cadeaux ? Probablement, mais d’abord la joie de se retrouver, et même les cadeaux, pour cette génération gâtée au quotidien, revêtent à Noël un mystère particulier.

         Cela me donnait à songer. Je l’ai dit, mes antécédents m’empêchent d’adhérer à une église quelle qu’elle soit, et pourtant l’idée de Dieu a fait son nid en moi, aussi étrange que cela paraisse.

         La musique y est certainement pour beaucoup, c’est dans les grandes œuvres liturgiques que l’on ressent cette envolée de l’âme. Mais est-ce la musique qui nous entraîne vers Dieu, ou bien n’est-elle pas elle-même Dieu ?

         Je ne peux m’empêcher de rapprocher cette idée d’une réflexion de Boris Pasternak. Il pensait que de chaque individu se dégageait une subjectivité qui rejoignait, même après sa mort, la subjectivité de l’humanité entière. En quelque sorte, si je puis résumer ainsi, la beauté qui émane plus ou moins de chaque individu vient rejoindre une sorte de voie lactée générée par l’humanité, réalisant un capital (pardon aux clercs antilibéraux) de la beauté, de la sensibilité et de l’intelligence culturelle, qu’il ne faut pas confondre avec la culture académique de l’intelligence.

         C’est cette façon de ressentir Dieu qui, certainement, me permet d’être touché à ce point, aussi bien par certains chants liturgiques que par les cathédrales, par la poésie de Charles Péguy. Je sais bien que ni le paradis, ni le purgatoire, pas plus que l’enfer car j’ai trop manqué de talent dans la pratique du pêché, ne m’attendent après la mort. Je me console en imaginant qu’ une parcelle de moi-même a déjà rejoint l’Esprit universel.

         Et si vous dites que cet esprit se nomme Dieu, je ne vous apporterai pas la contradiction. Je ne fais pas partie des coupeurs de cheveux en quatre, grâce à Dieu.


Un poème,

 

 

C’est la source qui surgit, dansante,

Délivrée des pierres et du temps,

C’est la nuit éclairant l'ombre des jours.

C’est un visage que l’on contemple sans entendre.

C’est la voix que l’on écoute sans même comprendre

C’est un sourire que l’on cueille comme une fleur

C’est la fleur belle comme un sourire

C’est la guerre même, quand la chante Apollinaire

C’est l’amour quand il est lointain

C’est la brise, quand l’arbre nous bénit de ses branches

C’est le regard de l’enfant qui ne sait rien du monde

C’est la mer ponctuée de goélands

 

Et c’est toi,

Toi, quand tu contemples la mer

 

 

 

La mer

 

La mer frissonne,

Si grande, si calme,

À contempler le ciel

Et l’infini du bleu.

 

De la poupe du navire,

Une femme, cheveux au vent,

Suit du regard le long sillon,

Procession de papillons blancs ;

Pèlerins pressés de brûler leurs ailes

Aux feux du crépuscule

Et sombrer, tout contre lui.

 

Elle se retourne…

Une cendre d’or dans les yeux.
 

 

La chinoise rousse

 

 

Dans le wagon elle est assise,

La jeune fille aux cheveux roux.

Ses yeux clos en secret se disent

Des contes de chevaux mandchous.

 

Tendres quartiers de mandarine,

Ses lèvres reposent, sereines,

Caressées par un vent de Chine,

Ou frôlées d’un songe de reine.

 

Dessus le fracas des essieux,

Elle émerge tendre sirène

Et nous lance à nous, malheureux,

 

Pour apaiser nos impatiences,

Bravant du bruit la fureur vaine,

Quelques notes de son silence.

 


 

Pont-Neuf

 

         Perché sur le Pont-Neuf, je respire Paris. Par les yeux, par le bruit, par la Seine. Je m’insinue entre les maisons jumelles, vers la place Dauphine, reviens jeter un regard à la Samaritaine, puis retourne longer la Conciergerie, en rêvant à Marguerite qui, non loin de là, recevait ses amants dans la Tour de Nesle, pauvre Marguerite.

         Plus loin, l’ancienne place de Grève, où les âmes des pendus hantent peut-être encore l’Hôtel de Ville, à moins que, traversant l’Île de la Cité, elles ne se soient réfugiées dans les tours de Notre-Dame et chevauchent à heures fixes, l’appel des cloches.

         Sur le quai de la Mégisserie, on aperçoit les boîtes des bouquinistes, serrées les unes contre les autres, les boutiques de grainetiers, et la foule qui semble calmement accompagner le mouvement du fleuve, accrochée parfois, juste un instant, par un livre, une plante ou un animal, comme par un écueil.

         Et la procession des ponts sur la Seine, bras tendus entre les rives…et tout cela qui m’a un peu fait ce que je suis.



 

HEINRICH HEINE

 

Transposition en français de Serge Dinerstein.

 

aus dem Buch der Lieder.                                            du Livre des chants

 

Sie sassen und tranken am Teetisch,           Ils sont assis prenant le thé

 

Und sprachen von Liebe viel.                           Parlant d'amour à satiété,

 

Die Herren, die waren ästhetisch,                  Les hommes surtout esthétiques,

 

die Damen von zartem Gefühl.                         Les dames plutôt romantiques..

 

 

Die Liebe muss sein platonisch,                       L’amour doit être platonique           

Der dürre Hofrat sprach                                      Décrète le Conseiller du Roi. 

Die Hofrätin lächelt ironisch                             La Conseillère sourit, ironique,

 

Und dennoch seufzte sie « Ach ! »                    Puis soupire : N'importe quoi !

 

 

Der Domherr öffnet den Mund weit                Le chanoine ouvre grand la bouche:

 

 « Die Liebe sei nicht zu roh,                              Gare à l’amour trop violent

 

Sie schadet sonst der Gesundheit. »               Car la santé sinon en souffre. 

Das Fräulen lipselt :  « Wieso ? »                      La pucelle murmure :  vraiment ? 

 

Die Gräfin spricht wehmütig:                              La comtesse mélancolique 

« Die Liebe ist eine Passion ! »                             Dit : L’amour est une passion ! 

Und präsentieret gütig                                            Et tend, le sourire angélique,

die Tasse dem Herrn Baron                                   La tasse à Monsieur le Baron.

 

Am Tisch war noch ein Plätzchen,                      A table restait une place

Mein Liebchen, da hast du gefehlt.                     Las, chérie, tu n’y étais pas.

Du hättest so hübsch, mein Schätzchen,          Tu aurais avec tant de grâce,

Von deiner Liebe erzählt.                                        Mon trésor, conté nos ébats.

 
 
 
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Serge Dinerstein,
5 nov. 2008 à 04:24
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