Jean-Pierre Bemba au TPI
 

 

Après l'arrestation de Bemba : celles de Kabila,

Museveni, Kagame, Nkunda, Kabarebe ...

 

 

L'arrestation de Bemba à Bruxelles dans la soirée du samedi 24 avril 2008 est un événement majeur pour la justice internationale.

 

Elle démontre que l'impunité n'est pas la règle et que tout criminel de guerre, quel qu'il soit, n'est pas à l'abri.

 

Quelle que soit la durée nécessaire, la justice internationale exercera son droit.

 

Pour rappel :

     -         le président serbe Slobodan Milosevic, accusé pour des faits remontants à la  

          période 1991-1999, a été arrêté en 2001 et est décédé avant la fin de son procès

          en prison à La Haye en octobre 2007,

-         le président libérien Charles Taylor a été déféré devant le TPI en mars 2006 pour des faits remontants à la période 1999-2000.

 

Pour des faits similaires en Afrique centrale – commençant en 1995 lors de l’exportation de la haine raciale du génocide rwandais au Zaïre qui va déstabiliser et faire sombrer dans le chaos toute la sous-région et perdurant aujourd’hui - il faudra attendre l'arrestation de Bemba ce 24 avril 2008 pour les événements de Bangui durant les mois d’octobre et novembre 2002.

 

Bemba est le premier seigneur de guerre de la sous-région à être déféré devant le TPI.  Jusqu'à présent seul des petits officiers l'ont été.   

 

Bemba et Kabila lors de l’élection présidentielle de 2006

 

Les défenseurs crédibles des droits de l'homme que nous devons être ne peuvent que remarquer que :

 

-1-  il faudra expliquer comment un homme qui a participé au processus électoral congolais de 2006 organisé par la communauté internationale (le commissaire au Développement Louis Michel en tête), qui en a été la meilleure caution, qui à failli devenir président et qui avait « accepté l’inacceptable pour donner une chance de démocratisation à son peuple » se retrouve déféré devant le TPI pour des faits antérieurs au processus électoral : quel crédit peut-on encore accorder aux élections « démocratiques »  de 2006 ?

 

-2-  cette vague d’arrestation s’arrêtera-t-elle à Bemba ou tous les seigneurs de guerre de 1997 à 2003 subiront-ils le même sort ?

 

-3-   l'argumentation avancée pour justifier l'arrestation et le transfert de Bemba au TPI (crimes de guerre, viols organisés en territoire étranger ...) est également d'application pour justifier l'arrestation :

+ du président « congolais » Joseph Kabila pour, au moins, les massacres de Tingi-Tingi,

+ du président ougandais Yoweri Museveni lors de l’invasion de la RDC par son armée,

+ du président rwandais Paul Kagame ainsi que son ancien chef d’état major James Kabarebe et ses petits chefs rebelles satellites dont le plus connu est Laurent Nkunda pour ce qui s'est produit à l'est du Congo (essentiellement dans les Kivu et l'Ituri) depuis 1995 et ce qu'il continue de s'y produire aujourd'hui même ...

 

-4-   il est à se demander pour quelles obscures et inavouables raisons le régime de Joseph Kabila n’a pas encore contacté le TPI pour lui demander de s’occuper de plaintes contre Museveni, Kagame, Kabarebe, Nkunda …

 

Pour le Procureur Luis Moreno-Ocampo, ‘‘L’arrestation de M. Bemba est un avertissement sérieux à tous ceux qui commettent, encouragent ou tolèrent les crimes sexuels. Il y a une nouvelle loi, le Statut de Rome. En vertu de cette loi, ils seront poursuivis…Il n’y a pas d’excuses pour un chef qui ordonne, autorise ou tolère que ses troupes commettent des viols et des pillages…’’

 

Il est à rappeler que la justice espagnole a émis en février 2008 des mandats d'arrêts internationaux contre les 40 plus hauts dignitaires du régime rwandais pour "génocide", organisation d'affrontements ethniques dans les années 90 afin de s'emparer du pouvoir et mise en place d'un "régime de terreur". Kagame est pour l’instant protégé pour son immunité de président en service.

 

Les couacs diplomatiques auxquels nous assistons ces dernières semaines sont-ils annonciateurs de l'accomplissement de la justice internationale dans toute la sous-région ?

 

Les défenseurs crédibles des droits de l'homme que nous devons être ne peuvent qu’ardemment l'espérer.