La polyphonie médiévale

Qu'est-ce que la polyphonie ?

La polyphonie constitue la grande révolution de la pratique musicale en Europe médiévale. Contrairement à la musique orientale, qui développe avec un suprême raffinement la ligne monodique, l'Occident, à partir du IXe siècle, explore un univers sonore qui superpose plusieurs lignes mélodiques simultanément.



Le terme polyphonie vient de poly, plusieurs, et phonê, sons, donc un chant à plus d'une voix. Il faut comprendre ici par voix, une ligne mélodique, que cette ligne soit exécutée par une ou plusieurs voix (ou instruments).



Timidement d'abord, l'espace sonore s'enrichit de résonances nouvelles qui atteignent leur plein épanouissement dans les grandes cathédrales gothiques qui se construisent dans le Nord de l'Europe dans la deuxième moitié du XIIe siècle.
  • L'art gothique s'exprime, entre autres, par une exaltation de la lumière et de la verticalité que permettent les nouvelles techniques de construction. La musique polyphonique médiévale peut ainsi se comprendre comme une architecture sonore qui s'élève vers Dieu, dans cet espace de pierre qui préfigure la Jérusalem céleste. L'épanouissement du chant polyphonique est également à mettre en rapport avec l'art de l'enluminure des manuscrits.
La pratique du chant polyphonique est d'abord improvisée par les chantres qui tentent ainsi de donner plus de relief à certains fêtes importantes (Noël et Pâques).
  •  À partir d'un chant monodique, une seconde voix se détache pour doubler la première à une certaine distance, puis revient ensuite à l'unisson à la fin de la pièce. La seconde voix doit impérativement se déployer selon des règles déterminées pour assurer l'harmonie de l'ensemble. Ce sont les règles de la consonance. Il faut comprendre que pour pour les clercs médiévaux, héritiers en cela des Anciens, le chant sacré est porteur de l'Harmonie divine.En fait la polyphonie est une architecture sonore dont la fonction est d'embellir le chant liturgique selon les règles de la consonance.
    • Consonances parfaites : unisson et octave ; consonances moyennes : quinte et quarte ; consonances imparfaites : tierces. Dissonances parfaites : seconde, triton, septièmes ; dissonances imparfaites : ton, sixtes.
  • Au XIIe siècle, les grands  maîtres de Notre-Dame ajouteront une troisième (triplum) et une quatrième voix (quadruplum) à l'édifice polyphonique offrant ainsi aux fidèles une expérience sonore et spirituelle d'une richesse incomparable. La polyphonie provoque ainsi une véritable révolution au plan de l'esthétisme musical en Occident.
La polyphonie ne cessera d'évoluer pour atteindre son âge d'or à la Renaissance, au sein de l'école franco-flamande, et connaître son ultime épanouissement dans l'oeuvre de Jean-Sébastien Bach (1685-1750).

Faites l'expérience de la polyphonie avec ce Kyrie de la messe de Noël

tel que pratiqué par les chantres de Notre-Dame de Paris au milieu du XIIe siècle.
Chacune de trois phrases (Kyrie eleison, Christe eleison, Kyrie eleison) est d'abord chantée par le soliste
dans la tradition monodique du plain-chant, est reprise à deux voix selon la technique du bourdon,
puis est finalement chantée une troisième fois à deux voix selon la méthode du déchant.