Pourquoi quitter un homme violent est-il aussi difficile?


 

À partir des dires d’un certain nombre d’analysantes et de la lecture de publications de psychanalystes, de psychiatres et de psychologues, l’impression peut naître et progressivement s’affirmer que les femmes sont animées par un penchant à endurer plus aisément que les hommes un nombre important de situations qui leur apportent souffrances psychiques ou physiques. D’autre part, il semblerait aussi que certaines femmes, soumises à des expériences traumatisantes dans leur enfance, présentent une tendance à chercher, à l’âge adulte, la reproduction d’expériences douloureuses équivalentes alors que les hommes auraient plutôt tendance à faire subir à d’autres ce qu’ils ont subi enfant. (...)

« D’après certaines observations en provenance de plusieurs centres français d’aide aux femmes battues, il semblerait qu’une femme sur six soit régulièrement battue par son mari (estimation étonnante mais impossible à vérifier), que la majorité d’entre elles ne quittent pas leur mari et qu’un pourcentage important de celles qui le quittent (20 à 50 %) retournent chez lui après l’avoir quitté. Celles qui n’y retournent pas reforment souvent un couple avec un compagnon ou un mari aussi violent que le premier. D’après une enquête publiée dans La documentation française et basée sur des interviews téléphoniques, ce chiffre semble surévalué. « Seulement 2,5 % des femmes déclarent avoir subi une agression physique conjugale dans l’année écoulée. Néanmoins, 0,9 % déclarent avoir été victimes d’une violence sexuelle, 4,2 % avoir subi des insultes et 8 % avoir été l’objet de harcèlement psychologique. Ces diverses violences conjugales étant considérées globalement, les chercheurs concluent que 9 % des femmes vivent dans un climat de violence conjugale, ce pourcentage s’élevant à 12 % pour les 20-24 ans ».

Ces observations cliniques trouvent des échos dans plusieurs enquêtes qui, dans le domaine du comportement observable, indiquent à leur tour que les femmes témoignent d’une certaine tendance à subir plutôt qu’à agir les maltraitances physiques et sexuelles familiales. Ainsi, il s’avère que, dans le couple, elles sont bien plus souvent battues que battantes et qu’elles semblent se trouver dans une relative impossibilité psychique de se soustraire à cette violence. D’autre part, en ce qui concerne les maltraitances physiques ou sexuelles des enfants, les femmes n’en sont pratiquement jamais l’agent actif tandis que les filles constituent 70 à 80 % des victimes. Des enquêtes auprès d’adultes sur les abus sexuels subis dans l’enfance et l’adolescence confirment cette disproportion : les filles sont davantage abusées que les garçons et elles le sont aussi plus longtemps. Notons encore que les recherches empiriques indiquent que les conséquences de ces abus sont le plus souvent, pour les filles, des symptômes physiques récurrents et/ou une compulsion à la répétition du traumatisme dans leurs relations de femme adulte. (...)

D’une part, beaucoup de femmes témoignent  d’une soumission sans limite au désir exigeant de l’autre. D’autre part, elles disent le faire soit par amour, soit pour conserver l’amour, soit encore pour le conquérir. On peut ici évoquer cette étrange angoisse d’une jeune prostituée, angoisse que son père apparaisse dans l’encadrement de la porte ouverte au client suivant… Par ailleurs, d’après leurs thérapeutes, déjà cités, certaines des femmes battues qui quittent leur compagnon violent deviennent perdues, comme pourraient l’être des mères désespérées et coupables d’avoir abandonné leur méchant petit garçon alors qu’il est incapable de se passer d’elles. D’où leur fréquent retour au foyer conjugal, jusqu’à ce qu’un nouveau danger de mort les pousse à nouveau vers le refuge. À cette dimension maternelle s’ajoute sans doute aussi pour certaines une satisfaction du masochisme– érogène ou moral –, hypothèse interprétative qui doit néanmoins être tempérée par les constatations des psychosociologues qui ont pu repérer les composantes socioéconomiques de ces retours à l’enfer du couple. Une autre dimension entre aussi en jeu dans cet attachement des femmes à leur compagnon violent : la nécessité de reproduire la violence qu’elles ont vécue dans leur famille d’origine. Soit celle dont elles furent elles-mêmes l’objet, soit celle dont leur mère fut l’objet. Cette compulsion à la répétition est fort bien illustrée par une patiente qui ne parvenait pas à quitter un homme violent qu’elle avait choisi après avoir quitté, « sans trop savoir pourquoi », son premier mari qui était un homme « communément calme ». Ceci nous amène à nous reposer la question de savoir pourquoi les femmes cherchent plutôt la reproduction de la situation de victime alors que les hommes, je l’ai déjà signalé, font dans leur grande majorité subir aux autres ce qu’ils ont subi eux-mêmes lorsqu’ils étaient enfants. (...)

                                                                                                                                                                   Patrick de Neuter

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