Séance 6: Stratégies nationales et européennes de croissance

Stratégies nationales et européennes de croissance :

Quelles réformes de la protection sociale et de son financement ?

 

Sixième séminaire du programme

Modèles nationaux de croissance et protection sociale

du CEE et du LIEPP de Sciences Po, du CEPREMAP et de la DREES

 

Jeudi 23 et vendredi 24 janvier 2014

 

Sciences Po

Salle Goguel

56, rue des Saints-Pères

75007 Paris


Contributions et supports aux contributions

Présentation des contributeurs

Au cours des dernières années, les différents pays européens n’ont pas suivi les mêmes stratégies économiques (insistance sur le rôle premier du capitalisme financier en Grande Bretagne, sur celui de l’industrie manufacturière en Allemagne, sur celui de la flexicurité au Danemark ou aux Pays-Bas). Dans chacun de ces pays, ces stratégies ont eu des conséquences particulières pour les systèmes et dispositifs de protection sociale : privatisation ouvrant de nouveaux marchés aux acteurs financiers dans les pays anglo-saxons, austérité salariale, flexibilisation partielle du marché du travail et réduction de certaines prestations d’assurances sociales en Allemagne, flexibilisation du marché du travail, maintien d’un haut niveau de protection des personnes et insistance sur la formation et l’accompagnement des transitions au Danemark, etc…).

Au niveau européen, depuis la fin des années 1990, l’Europe cherche en principe à définir un modèle de croissance pour ses Etats-membres, défini par le slogan de la stratégie de Lisbonne (« faire de l’Europe l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d’une croissance économique durable, accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale ») dans lequel une protection sociale « renouvelée » devait jouer un rôle. Dans sa reformulation récente, la stratégie Europe 2020 pour une croissance « intelligente, durable et inclusive » cherche de nouveau à associer les réformes de la protection sociale et des indicateurs sociaux à la stratégie économique et environnementale globale. Enfin, plus récemment, c’est principalement sur le marché du travail et dans les politiques sociales que les recommandations de la Commission européenne aux Etats membres proposent d’agir (par la réduction des coûts et la flexibilisation) dans le cadre des plans d’assainissement financiers.

La sixième séance du programme « modèles nationaux de croissance et protection sociale » portera sur la comparaison et la discussion de différentes stratégies de croissance et du rôle que celles-ci assignent aux politiques sociales et à leurs réformes.

  

Jeudi 23 janvier après-midi, 14h30 - 18h

 

14h30 – 18h : Analyse des relations entre stratégie de croissance et réformes du Welfare State dans trois pays

 Allemagne - Anke Hassel (Hertie School of Governance, Berlin)

 La stratégie de croissance des gouvernements allemands dans les deux dernières décennies a été presque entièrement focalisée sur la compétitivité des entreprises allemandes. Le débat politique sur la compétitivité a changé au fil du temps, en suivant quatre étapes : de la réduction des coûts à la flexibilité, puis de l'innovation à l'éducation. Les réponses politiques apportées doivent être considérées dans le contexte de restructuration massive des entreprises provoquée par la réunification, l'UEM et l'ouverture à l'Europe de l'Est. Les politiques visaient à faciliter la restructuration des entreprises dans le cadre des institutions existantes, tandis que dans le même temps les gouvernements luttaient contre les déficits publics et pour l’activation du marché du travail.

 Corée du Sud - Moo-Kwon Chung (Yonsei University, Wonju)

Cette présentation vise à expliquer le cheminement historique de la Corée du Sud depuis le début de l'industrialisation dirigée par l'État jusqu’aux changements actuels, en se concentrant sur les institutions centrales de l'économie politique, et en mettant l'accent sur ​​la façon dont la stratégie nationale de croissance économique et les politiques sociales ont interagi en faveur des performances économiques et de la redistribution. Il s’agit d’expliquer les changements dynamiques de l'économie politique de la Corée en analysant les relations entre les régimes de production et de protection sociale dans une perspective de Variétés de capitalisme.

Les pays nordiques - Jon Erik Dolvik (Oslo University)

 Après avoir subi une série de crises profondes au début des années 1990, le Danemark, la Finlande, la Norvège et la Suède ont ajusté leurs modèles économiques et sociaux et récupéré rapidement. Souvent positionnés en tête des classements en termes d'efficacité et d'équité dans les années 2000, ces pays ont également assez bien résisté à la grande récession. Ces deux périodes de crises sont liées aux échecs des politiques économiques et à la crise financière bien plus qu’au modèle social lui-même. Etant donné leurs différences en matière de base industrielle et de liens à l'Union économique et monétaire, les pays nordiques sont cependant susceptibles de faire face à des perspectives économiques et sociales divergentes dans les années à venir.

 Discutant-e-s :

Jenny AnderssonPatrick Le Galès, Bruno Palier (Sciences Po, CEE, CNRS)

 NB : Ces trois interventions se feront en anglais


Vendredi 24 janvier matin, 10h - 12h30

 10h – 11h : Emplois européens : les « spécialisations » nationales

Deniz Ünal  (CEPII)

La désindustrialisation, fortement ressentie en France depuis les années 1990, traduit une mutation structurelle des emplois dans l’ensemble de l’Europe engagée dès avant les années 1970. Le Vieux Continent, où les emplois augmentent plus rapidement dans les services que dans les biens, est à cet égard dans une phase de rattrapage par rapport aux Etats-Unis, tandis qu’au Japon le processus a démarré encore plus tardivement qu’en Europe. L’évolution sectorielle des emplois dans la production des biens et services en Europe est ici analysée sur la période 1970-2010 pour identifier les branches les plus créatrices d’emplois. Elle est ensuite comparée à celles des États-Unis, du Japon et de la Chine. Enfin, la structure par branche de chacun des quatre grands pays européens (Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie) est comparée à la structure du bloc UE15 pour mettre en relief les particularités nationales.


11h – 12h30 : Les modèles de croissance et modèles sociaux européens et d'Amérique latine

 François Bourguignon (EHESS et PSE)

Carlos Winograd (PSE et Université d'Evry-Val-d'Essonne)

  

Vendredi 24 janvier après-midi, 14h - 18h30

 

14h – 15h45 : Quel modèle de croissance et quelles dimensions sociales pour l’Europe ?

Colin Crouch (Professor Emeritus, University of Warwick)

La présentation analysera les évolutions de l’insécurité et de la sécurité sur le marché du travail, dans les pays européens, au Japon, en Russie et aux Etats-Unis depuis la crise financière de 2008. S’appuyant sur la tradition initiée par Walter Korpi et Gøsta Esping-Andersen, l’hypothèse principale sera que la plus ou moins grande capacité du conflit de classe à s’opposer à l'ordre du marché constitue l’élément déterminant de la forme prise par les différentes composantes du fonctionnement du marché du travail.

Bengt-Åke Lundvall (Aalborg University)

La crise actuelle de l'Europe s’explique par le fait que l'intégration économique a été poussée en avant sans une intégration politique correspondante et, en second lieu, au fait que l'élaboration des politiques européennes a été dominée par la philosophie économique néolibérale. Il est aujourd’hui nécessaire de faire une pause dans l'intégration économique de façon à ce que la gouvernance politique puisse rattraper le mouvement. Les idées sous-jacentes à la stratégie de Lisbonne, visant une compétitivité fondée sur la connaissance, l'apprentissage et la cohésion sociale, étaient correctes, mais n'ont jamais été comprises ni intégrées par les ministères des Finances ni par la Commission. Les prochaines étapes de la construction européenne doivent être fondées sur la solidarité, et viser la mise en place d’une économie de l’innovation et de l’apprentissage (learning economy) et un Etat-providence européen. Un nouveau New Deal avec une taxe européenne sur les millionnaires et un investissement massif dans l'amélioration des compétences des plus faiblement qualifiés et des régions les plus faiblement développées constituerait un bon signal.

Ces deux interventions se feront en anglais avec traduction simultanée

 

16h - 18h30 : Table ronde :

Stratégie de croissance et réformes de la protection sociale et de son financement : quel modèle pour la France ?

A partir d’un retour sur le modèle de croissance français et sur les stratégies retenues au cours des dernières années, il s’agit de s’interroger sur les orientations nouvelles à donner à la stratégie de croissance en France, et sur le rôle que devrait y jouer les réformes de la protection sociale et son financement.

Philippe Askénazy (PSE, CEPREMAP)

Jean-Hervé Lorenzi (Université Paris-Dauphine) et Hélène Xuan (Chaire Transition démographique, transition économique)

Olivier Passet (Xerfi)

Bruno Palier (Sciences Po , CEE & LIEPP)

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Croissance Protection sociale,
17 janv. 2014 à 04:31