Séance 4: (In-)égalité, croissance et protection sociale

Contributions ou supports aux présentations

Présentation des contributeurs


Une des fonctions traditionnelles de la protection sociale est d’organiser une redistribution des revenus. Cette redistribution fausse-t-elle le jeu de l’économie  ou bien au contraire permet-elle un surcroit d’efficacité ? Au-delà du thème classique des relations entre efficacité et équité, il est ici question des relations entre inégalités et croissance économique, certains prônant la nécessité de certaines inégalités pour la croissance économique tandis que d’autres soulignent les performances économiques supérieures des sociétés égalitaires. Un système généreux est d’autant plus stable d’un point de vue d’économie politique que le niveau des inégalités primaires est faible (ce qui implique une faible redistribution et le fait qu’une majorité de la population bénéficie du système). A l’inverse, de fortes inégalités primaires impliquent une générosité faible pour limiter la taille de la redistribution.

Cette séance du séminaire modèles nationaux de croissance et protection sociale visera tout d’abord à mieux comprendre les liens entre croissance et (in-)égalité. Elle sera aussi l’occasion de se demander pourquoi les inégalités ont augmenté au cours des vingt dernières années, et comment elles ont évolué au cours de la crise. Au-delà des simples inégalités de revenu, les inégalités d’accès à l’emploi, les inégalités de genre et les questions de redistribution inter-générationnelles seront abordées. On s’interrogera aussi pour savoir s’il est possible de concevoir de nouveaux modèles de développement partant d’une réflexion sur développement économique et inégalité. Il s’agira enfin de se demander comment sont abordées les questions de redistribution et d’inégalités dans les mesures qui sont actuellement envisagées pour réformer les prestations familiales, de santé ou bien de retraites.

(In-)égalité, croissance et protection sociale

 

Quatrième séminaire du programme

Modèles nationaux de croissance et protection sociale

  

 20-21 juin 2013, Sciences Po

 

Sciences Po 

Salle du CERI, 56 rue Jacob, 75006 Paris


Jeudi 20 juin 2013, 14h30 -18h30

14h30 – 14h45 : introduction, présentation du séminaire « modèles nationaux de croissance et protection sociale », rappel des acquis des trois premières séances

14h45 – 16h30 : égalité, inégalités et croissance

Erling Barth : “The Equality Multiplier: How wage setting and welfare spending make similar countries diverge” (joint work with Karl O Moene, University of Oslo)

The complementarity between wage setting and welfare spending can explain how almost equally rich countries differ in economic and social equality.  More wage equality increases the welfare generosity via political competition in elections. A more generous welfare state  fuels wage equality via an empowerment of weak groups in the labor market. Together the two effects generate a cumulative process that adds up to a social multiplier. Within a vintage approach to the process of creative destruction, wage compression also fuels investments, enhances average productivity and increases the mean wage by allocating more of the work force to the most modern activities. This is another channel through which the support for a more generous welfare state is enhanced.

Michael Förster : « Les inégalités de revenus dans les pays de l'OCDE: tendances à long terme, forces sous-jacentes et impact de la Grande Récession »

Durant les trois décennies précédant le récent ralentissement économique, les inégalités de revenus des ménages ont augmenté dans la grande majorité des pays de l'OCDE. Ce phénomène a même touché les pays traversant une période de croissance durable de l'économie et de l'emploi. Cette présentation - qui résume les analyses de l'OCDE issues du rapport "Toujours plus d'inégalité : pourquoi les écarts de revenus se creusent" - discutera des principales forces sous-jacentes à l'origine de cette évolution: les rôles de la mondialisation, du progrès technologique et des réformes institutionnelles et réglementaires ;  mais aussi des effets des évolutions dans la formation des familles et dans la composition des ménages et comment les systèmes d'imposition et d'indemnisation des pays ont changé leur processus de redistribution des revenus des ménages. Dans un deuxième temps, la présentation portera sur les développements les plus récents et la façon dont la crise amoindrit les revenus des ménages et met une pression supplémentaire sur les inégalités et la pauvreté. La présentation discutera également les politiques les plus prometteuses pour contrer l'augmentation des inégalités.

Nicolas Duvoux : « Les répertoires nationaux de l'égalité et de l'inégalité dans les systèmes de protection sociale en France et aux Etats-Unis »

Loin d'être réductibles à leur mesure objective, les inégalités sociales font l'objet de constructions sociales et politiques différentes selon les sociétés. De ce point de vue, les Etats-Unis et la France présentent des situations très contrastées mais qui ont en commun de prétendre mettre en œuvre des valeurs universelles dont  l'égalité. Aux Etats-Unis, la légitimité des inégalités sociales va de pair avec une valorisation du collectif souvent sous-estimée au profit d'un  individualisme. A rebours, en France, la valorisation explicite de  l'égalité masque une organisation sociale et des valeurs donnant la primauté au statut. Cette présentation étudiera les répertoires nationaux de l'égalité et de l'inégalité et leur inscription, convergente ou divergente avec les valeurs affichées, dans des systèmes de protection sociale, entendus dans une acception large. 

16h30 – 16h45 : Pause

 16h45 – 18h30 : Les évolutions des inégalités, depuis la fin du XXème siècle et pendant la crise

 Wiemer Salverda : « Evolving inequalities and social and political impacts »

After a brief introduction to the GINI project (which is now almost finalised), part of its findings will be presented for 30 countries since 1980. The findings regard, first, the evolution of inequalities in different fields: household income in itself, and in relation to individual earnings, household wealth and debt, and individual educational attainment. Educational inequalities have decreased very significantly but the other inequalities have grown across the board. However, levels and trends differ significantly between countries, and the evolution is often episodic: bringing inequality to another plateau, instead of gradual. Secondly, the results concern the impacts of changing inequalities in two different fields: social and political. Direct and societywide impacts of income inequality are seldom found but often important gradients exist, especially by educational attainment, and gradients seem to be steeper in more unequal societies. Policies of redistribution, activation and education have also been considered in the project but can be presented only very summarily in the time available (they may can be discussed though on the basis of the GINI Summary of Results).

 Brian Nolan : “Income Inequality in the Crisis”

Income inequality has been on a generally increasing trend across OECD countries in recent decades, though with considerable differences across countries and some notable outliers and exceptions. This has generated a great deal of debate about the causes and consequences of increasing inequality. That forms the backdrop against which to focus on the impact of the current economic crisis on the distribution of income. Has its impact been to reinforce underlying pressures towards increasing inequality, or interrupt those trends? We draw first on a recent study by Jenkins, Micklewright, Brandolini and Nolan eds. The Great Recession and the Distribution of Income (OUP, 2013) to tease out the complex channels through which recession feeds through to incomes in different parts of the distribution, and highlight what has been learned from previous recessions. We then combine empirical findings of that study with even more recent available evidence to assess what has been happening to income inequality and poverty in the course of the present economic crisis across the European Union. The variation in experiences across countries is brought out, the importance of institutions and policies emphasised, and medium-term prospects and challenges considered.

 Jérôme Accardo : « Inégalités de niveau de vie et pauvreté en France 2002-2010 »

La crise économique qui a débuté en 2008 a affecté la distribution des niveaux de vie en France. L'exposé revient sur les évolutions entre 2008 et 2010 de l'inégalité des niveaux de vie et du taux de pauvreté et les compare à celles observées lors de l'épisode de ralentissement économique survenu au début des années 2000.


Vendredi 21 juin 2013, 9h – 13h

 9h – 11h15 : Diversité des inégalités. Inégalités de genre et de génération

 Kimberly Morgan : « Inégalités de genre et marché du travail »

Les inégalités de genre dans la division du travail domestique contraignent souvent la participation des femmes au marché du travail, et amènent même les femmes en emploi à réduire leur temps de travail ou leur investissement dans leur carrière. Par le biais de différentes politiques, les pays de l’OCDE ont développé différents arrangements de dispositifs publics et privés dans le domaine du ‘care’ qui compensent partiellement ces pressions, mais qui ne permettent que partiellement de modifier les arbitrages entre ‘care’ et emploi au sein de  la sphère domestique. De plus, les différents arrangements publics et privés mis en place influent sur d’autres formes d’inégalités de genre et de classe – renforçant notamment la ségrégation professionnelle ou exacerbant les inégalités de classe. Cette présentation passera en revue les différentes stratégies politiques et les compromis qui en résultent, à partir des exemples de la France, la Suède et les Etats-Unis.

 Clément Carbonnier : « Le quotient conjugal et l’activité féminine - ou le creusement des inégalités par un mécanisme fiscal non discriminant »

Cette contribution présente l’analyse de l’impact du système du quotient conjugal sur les décisions de participation des femmes mariées au marché du travail. Le système du quotient conjugal consiste, dans le cadre d’une imposition progressive des revenus, à imposer les deux membres d’un couple sur la base de leurs revenus moyens et non de leurs revenus individuels. Ceci crée un avantage fiscal vis-à-vis de l’imposition individuelle uniquement dans le cas où les revenus sont différents, pouvant inciter le pourvoyeur secondaire de revenu (majoritairement la femme) à se retirer du marché du travail. L’analyse économétrique montre effectivement que ce mécanisme intervient via un effet revenu au niveau des classes moyennes et via un effet taux d’imposition pour les ménages les plus aisés.

 Hyppolite d’Albis : « Dynamique des inégalités entre les âges en France depuis 30 ans »

L'exposé présentera les derniers travaux de l'équipe en charge de l'élaboration des Comptes de Transfert Nationaux (NTA) pour la France. Elle mettra l'accent sur les profils par âge de la consommation et des revenus du travail et sur leur évolution depuis 1979. Une évaluation globale des transferts publics et privés permettant le financement de la consommation des jeunes et des seniors sera proposée.

11h15-11h30 : Pause

11h30 – 13h : Peut-on construire une stratégie de réformes de la protection sociale et de nouveaux modèles économiques de développement, en partant d’une analyse des inégalités actuelles et à venir ?

Henri Sterdyniak : « Après la crise, quelle stratégie pour l’Europe sociale ? »

La crise qui a débuté en 2008 a re-légitimé l’Etat social, tout en le déstabilisant financièrement. Elle a montré les risques en termes de cohésion sociale et de stabilité économique de la stratégie néo-libérale impulsée par les classes dirigeantes européennes. Elle amène à questionner les stratégies de « modernisation de la protection sociale » et d’ « investissement social » préconisées par la Commission. Faut-il sacrifier la protection des revenus à l’incitation à l’emploi, pour les femmes, les seniors, les chômeurs ? Faut-il réduire fortement le poids de la protection sociale pour gagner en compétitivité? Faut-il respecter les systèmes nationaux ou chercher à les insérer dans un projet d’Europe sociale ?

 André Masson : « France : comment sauver financièrement la protection sociale et rendre la société moins patrimoniale »

En matière de protection sociale et d’inégalité sociales ou entre les âges, notre pays est confronté à deux enjeux cruciaux : la soutenabilité financière globale de l’État-providence d’une part, le caractère de plus en plus patrimonial de notre société d’autre part. Cette intervention propose de répondre à ces enjeux par un « carré d’or » de réformes destinées à assurer un avenir plus fiable et cohérent pour la protection sociale française. Les deux premières, qui visent à sauver financièrement le modèle social français, portent sur le travail et sur la retraite : il s’agirait de travailler plus longtemps mais dans des conditions améliorées ; et de lier les dépenses publiques d’éducation et de retraite, sur le court comme sur le long terme. Les deux autres concernent tant l’héritage que l’épargne ou le patrimoine : il s’agirait de taxer plus lourdement et plus progressivement les (seuls) héritages familiaux au sein des transmissions patrimoniales ; et de rendre liquide le patrimoine sur les vieux jours pour la consommation ou la transmission, grâce à des viagers innovants qui offriraient aux acheteurs professionnels la possibilité de drainer l’épargne longue des ménages actifs.

 Bruno Palier : « Construire un avenir de qualité pour toutes et tous »

L’incapacité de notre économie à créer des emplois de qualité, à générer une croissance forte, alimente le pessimisme ambiant. Il est essentiel aujourd’hui de réconcilier l’économique et le social, et de créer des synergies positives entre perspectives économiques, monde du travail et vie quotidienne des français. Deux valeurs fondamentales pourraient fonder la cohérence d’un nouveau modèle social: l’égalité et la qualité. La stratégie qui doit permettre de les remettre sur le devant de la scène repose sur trois piliers : la qualité des produits et des services made in France, la qualité de tous les emplois et la qualification de toute la main d'œuvre, enfin l’amélioration des conditions et du cadre de vie de toutes et tous.

13h00 – 14h30 : Pause buffet


Vendredi 21 juin 2013, 14h30 – 16h30

 

Comment sont pensées les redistributions et les inégalités dans les projets de réformes de la protection sociale en cours ?

Présidence : Anne-Marie Brocas

Mireille Elbaum (Présidente du Haut Conseil du Financement de la protection sociale)

Bertrand Fragonard (Président du Haut Conseil de la Famille)

Vincent Lidsky (Vice-président du Haut Conseil pour l’avenir de l’Assurance Maladie)

Yannick Moreau (Présidente de la Commission pour l’avenir des retraites, sous réserve)