Épilogue

Lettre du Secrétaire d'État aux Affaires extérieures 
 
                  Ottawa le 14 décembre, 1970           
Cher M. Choquette

Vous pouvez imaginer avec quel soulagement et quelle joie j’ai accueilli la  nouvelle de l’élargissement de M. James Cross. Cette heureuse issue de son enlèvement, nous le devons en grande partie au brillant succès des forces de police dirigées et coordonnées par le gouvernement du Québec, ainsi qu’aux arrangements de sauf-conduit auxquels les autorités québécoises ont fait  une contribution si notable.

Nous avons déjà eu l’occasion de remercier M. Robert Demers qui a tant fait pour la mise au point du mécanisme de sauf-conduit et qui  a mené les négociations vitales du 3 décembre avec une habileté et une imagination remarquables. Je serais heureux, M. le Ministre, si vous vouliez bien transmettre aux autorités policières du Québec l’expression de mon admiration pour le travail qu’elles ont accompli, pour le calme et la discipline qu’elles ont manifestés lors de la découverte des ravisseurs de M. Cross, et pour l’appui efficace qu’elles ont apporté à l’opération de sauf-conduit.

Point n’est besoin pour moi de souligner le rôle de premier plan que vous avez joué vous-même dans les évènements qui viennent de se dérouler. Qu’il me suffise de vous dire combien j’ai été heureux d’avoir pu maintenir avec vous, M. le Ministre, au cours de la période douloureuse qui vient de s’achever, une consultation et des rapports étroits qui ont beaucoup contribué à éclairer le gouvernement canadien.
Celui-ci a pu prendre connaissance, en bonne partie par votre entremise, des points de vue et des initiatives du gouvernement du Québec, qui ont joué un rôle si crucial dans la solution de cette crise. Je ne doute pas que ces échanges  entre nos gouvernements se poursuivront à l’avenir, dans l’estime et le respect mutuel, pour le plus grand bénéfice du Québec et du pays.
 
                                                 Je vous prie d’accepter, cher M. Choquette, l’expression de mes meilleurs sentiments.
                                                 Mitchell Sharp         
 
 
 
L’Honorable Jérôme Choquette
Ministre de la Justice
Hôtel du Gouvernement
Québec,P.Q.  
 
 
Les meutriers sont arrêtés                                                 
 
Le 6 novembre 1970 a marqué l’arrestation de Bernard Lortie, un des ravisseurs de Pierre Laporte.  La police l’avait arrêté dans le quartier Côtes des Neiges, à Montréal. À la fin de décembre 1970, j’ai appris que les 3 autres ravisseurs : Paul Rose, Jacques Rose et Francis Simard avaient aussi été arrêtés. Après la libération de James Cross, ma vie avait repris son cours normal, mais lorsque j’ai appris cette dernière nouvelle, j’ai communiqué avec Me Jacques Ducros, procureur-chef de la Couronne et sous-ministre associé, pour lui demander s’il avait appris comment Pierre Laporte était décédé. Le communiqué du FLQ émis lors de la mort de Pierre Laporte attribuant à une nouvelle cellule l’exécution de Pierre Laporte, à mon avis, ne tenait pas debout. Le rapport d’autopsie établissant la mort par étranglement par le col de son chandail et la chaîne qu’il avait dans le cou, l’oreiller et la couverture trouvés dans la valise de l’auto où reposait le corps, tout cela m’avait donné l’impression que l’on cachait la vérité.
 
Me Ducros m’a confié que Bernard Lortie avait déclaré aux policiers qu’alors qu’il se cachait à Côtes des Neiges avec Paul Rose et qu’il attendait l’arrivée de Francis Simard et Jacques Rose avec Pierre Laporte, il avait entendu Paul Rose parler au téléphone avec son frère Jacques. Par la suite, Paul Rose lui a dit que Laporte avait été tué dans une échauffourée qui s’était produite lorsque Jacques Rose et Francis Simard avaient voulu que Pierre Laporte prenne place dans la valise de l’auto contre sa volonté et qu’il s’était alors mis à crier. Cette version de la mort de Pierre Laporte m’apparaissait bien plus vraisemblable. Bernard Lortie a par la suite donné une version différente et a refusé de confirmer sa déclaration initiale. Paul Rose a même prétendu qu’il était présent lors de la mort de Laporte, alors que tous les rapports indiquent le contraire. Que s’est-il vraiment passé? Jacques Rose et Francis Simard en étouffant Pierre Laporte l’ont-ils fait volontairement ou dans un accès de rage, de colère, de panique? À mon avis nous ne le saurons jamais, car j’ai appris par mon expérience dans cette affaire que le mensonge est l’une des armes privilégiées des terroristes.

 

Par la suite, les meurtriers de Pierre Laporte ont tous été condamnés à de lourdes peines de prison par les tribunaux. C’était la fin de la crise d’Octobre, une bien triste page de l’histoire du Québec. On ne le savait pas à l’époque, mais c’était aussi la fin du FLQ.

 

 
Fin
 
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