~ Les capitelles de nos plateaux

 
Extraits de : BARAQUES ET CORTALS DU ROUSSILLON OU LE MYTHE DES « CAPITELLES » ET DES « ORRIS »

de Christian Lassure sur l'excellent site : http://www.pierreseche.com

 
COMMENT BARAQUES ET CORTALS SE MUENT EN "CAPITELLES" ET "ORRIS"

Dans les diverses publications :

- la cabane pastorale reçoit le nom de "capitelle" emprunté à la région nîmoise, le mot "cabane" étant réservé aux abris de vignerons, de cantonniers ou de douaniers ;

- la bergerie de haute altitude devient "orri" lorsqu'elle est voûtée en pierres sèches et garde son appellation de "cortal" lorsqu'elle est toiturée ;

- l'abri non voûté, inclus dans un mur ou un pierrier, est baptisé "raparo" (orthographié également "raparro", "raparrou"), terme catalan signifiant abri ;

- dans la région des Garrotxes (au nord-ouest d'Olette), les cabanes sont désignées par le nom de "cove" ("cova" en catalan), signifiant grotte.

 

 

Désigner la bergerie de haute montagne à voûte d'encorbellement par le terme d' "orri" semble à première vue justifié : le terme perdure sous forme de lieuxdits et apparaît dans quelques actes des XVIIe et XVIIIe siècles (pour les plus récents). L'ennui, c'est que le terme "orri" y désigne non pas une construction mais soit un gîte non couvert, soit un quartier de pâturage pour les ovins, la demeure des gardiens, dite "barraque" (sans doute la transcription francisée du terme catalan), s'y trouvant incluse.
Au vu du contexte où se trouvent employés les termes "orri" et "barraque" dans ces phrases, il ne fait guère de doute que l' "orri", dans le massif du Canigou, au XVIIIe siècle, désigne le terrain de dépaissance du bétail. L' "orri" du texte n'est donc pas une construction servant de bergerie; ce n'est pas la partie, c'est le tout.
Enfin, désigner la "bergerie toiturée", "la bergerie en maçonnerie" par le terme de "cortal", c'est désigner la partie pour le tout, le "cortal" étant au sens premier l'enclos servant de refuge aux bêtes la nuit et dans un sens moins restrictif le terrain de dépaissance du bétail. Dans la mesure où, par évolution métonymique, "cortal" en est venu à désigner le bâtiment lui-même, la bergerie, son emploi semble justifié. Mais il convient alors de discerner si, dans les textes anciens ou dans les toponymes où il apparaît, il désigne le tout ou la partie.

Il s'agirait donc de bâtiments érigés en des lieux voués à la culture des céréales ('plas', ou plateaux) il y a encore I50 ans; ils servaient d'abris et de resserres-à-outils pendant les travaux de mise en culture, de magasins pour les grains et d'abris pour les bergers et les agneaux, d'entrepôt pour le lait et de cave à fromages.

Par ailleurs, les vestiges céramiques rencontrés dans ces édifices permettent de tenter une datation : aucune poterie médiévale n'a été recueillie.
 
DES ENCLOS DE PIERRE SÈCHE
Les vastes ensembles de plusieurs centaines d'enclos repérés en divers points de l'Aude (à Fitou et à Leucate) et des Pyrénées-Orientales (à Opoul, à Estagel, à Latour-de-France) ont en commun de se trouver en bordure des Corbières et en terrain calcaire. Leurs enclos sont entourés de murs tirés au cordeau, parementés sur une ou deux faces et retenant ou enserrant du cailloutis, et sur lesquels on peut circuler.

- à Fitou, où chaque famille avait autrefois son troupeau, les enclos étaient de maigres pâtures plantées en luzerne où l'on mettait le bétail

- à Estagel, les enclos étaient plantés en vignes

Des traces encore visibles sur ces sites témoignent d'une ancienne vocation agricole : de nombreux enclos sont en effet coupés de murs de soutènement parallèles et comportent encore des souches d'oliviers et d'amandiers.
Ces vastes murs des enclos, étant donné la masse de matériaux qui y est accumulée, sont nécessairement le fruit de l'épierrement des parcelles qu'ils entourent par les gens qui les exploitaient.