La grève des coupeurs de canne à sucre

Coordination Populaire Colombienne à Paris

En español


 Accueil          Contre le Paramilitarisme         Migrations         Qui sommes-nous  

Initiatives

Communiques

Non à l'oubli

Tribunal TPP

Colombie / Europe

Liens

Autres résistances

Document UITA. Trad° CPCP. 22/10/2008

Depuis le 15 septembre 2008, près de 18.000 travailleurs des entreprises sucrières du Valle del Cauca sont en grève : Ils exigent des salaires et des conditions de travail décents, et surtout, la fin des pseudo-coopératives de travail associé.

Au Sud-Ouest de la Colombie, dans le Valle del Cauca, 50% des terres du département sont plantées de canne à Sucre (soit 198.000 hectares). En 2007, 21.1 millions de tonnes de canne y ont été broyées et ont produit 275 millions de litres d'éthanol et 2.28 millions de tonnes de sucre dont 31% ont été exporté.

Quatre-vingt dix pour cent des 18.000 coupeurs de canne de la région sont liés au secteur sucrier par le biais de 23 coopératives de travail associé. Ces pseudo-coopératives qui se sont développées sous la houlette des politiques gouvernementales de "protection entrepreneuriale" constituent un système laboral parrallèle au droit du travail. Elles imposent un régime contractuel informel pour la majorité des travailleurs et des travailleuses qui assument les tâches les plus lourdes du processus agro-industriel du sucre.

Ces "coopératives de travail associé" ont un antécédent au Brésil où, dans le secteur du sucre et de l'éthanol, la responsabilité de l'employeur est diluée dans la tertiairisation et la sous-traitance. Par ce mécanisme, c'est un régime semi-esclavagiste qui s'impose dans les relations de production et de travail :

"L'objectif de ces pseudo-coopératives n'est pas de créer de nouveaux emplois. Sa finalité est de dégrader au maximum les conditions de travail des employés, en limitant les droits et en affaiblissant la force des syndicats puisque les ouvriers se transforment en "associés" de l'entreprise" affirme la Fédération des Employés Ruraux et des Salariés de l'Etat de Sao Paulo (FERAESP).

De son côté, l'Union Argentine des Travailleurs Ruraux et des dockers (UATRE) lutte depuis plus de dix ans contre ce type de fausses coopératives. Selon Geronimo Venegas, secrétaire général de UATRE : "Nous alertons les travailleurs, le secteur des entreprises, le gouvernement et la société en général sur l'existence de pseudo-coopératives qui empêchent les travailleurs et les travailleuses d'accéder véritablement aux droits du travail et qui dénaturalisent l'origine solidaire du coopérativisme. Généralement, elles servent à éviter de payer les charges de Sécurité Sociale et elles nuisent directement aux travailleurs en leur empêchant de bénéficier de la protection sociale : Allocations familiales, système de pensions et de retraites, allocations chômage, etc..."

La machine à broyer les hommes

En Colombie, les effets concrets des coopératives de travail associé se traduisent par des rythmes qui atteignent les 70 heures hebdomadaires et des salaires aux alentours de 230 dollars. En plus, avec le système pseudo coopératif, le coupeur de canne est responsable de payer ses charges de sécurité sociale puisqu'il est à la fois travailleur et son propre patron.

En l'absence de médecine du travail et de prévention des risques professionnels, les cas de paralysies totales et partielles prolifèrent, les lésions des extrémités se multiplient ainsi que les poussées infectieuses dûes aux eaux contaminées et aux agrotoxiques. Problèmes à la colonne vertébrale, arthroses, hernies discales, lésions dues aux efforts répétitifs (LER) ne reçoivent pas l'attention médicale nécessaire et ne sont pas qualifiées comme des maladies professionnelles. Les hommes et les femmes qui ont de graves lésions de la colonne vertébrale ne sont pas pris en charge par l'employeur qui affirme n'avoir aucune responsabilité juridique envers ces travailleurs et travailleuses. Il en va de même avec le droit à la retraite qui en fait, n'existe pas. Il n'est pas rare de voir des personnes d'un âge très avancé obligées de travailler pour ne pas mourir de faim.

TLC, éthanol et pauvreté : Le coktail de "L'énergie alternative"

Selon la CUT (Centrale Unitaire des Travailleurs de Colombie) : "Telle qu'elle se déroule actuellement, la production d'éthanol dans la région est une imposition des pays du Nord : Ils ont besoin de résoudre leur déficit énergétique et peu leur importe que ce soit à travers des oligopoles locaux qui s'enrichissent en développant la monoculture de la canne à sucre, au détriment des travailleurs, des communautés indigènes, des agriculteurs et des consommateurs, de l'environnement et de la souveraineté alimentaire".

La production d'éthanol en Colombie reçoit d'importantes subventions. La CUT explique : "L'éthanol est exempté de TVA (16%), de la sur-taxe sur l'essence (25%) et de l'impôt global. Soit environ 153 millions de dollars annuels qui n'entrent pas dans les caisses de l'Etat et qui restent dans les entreprises sucrières. En plus, le gouvernement a déclaré les territoires des entreprises du secteur des agro-combustibles en "Zones Franches Spéciales" ce qui leur permet de ne payer que 15% d'Impôt sur le Revenu".

En Colombie comme pour les coupeurs de canne du Brésil, les bénéfices extraordinaires enregistrés par le secteur du sucre et de l'éthanol n'arrivent jamais ni aux travailleurs, ni aux paysans. "Pire,la vie et les conditions de travail des coupeurs de canne sont toujours plus terribles. Cela nous oblige à lutter pour des revendications qui rappellent le temps des colonies, des conditions d'esclavage. Et même les cultivateurs de la canne à sucre regroupés au sein de PROCAñA, propriétaires des terres qui fournissent les entreprises sucrières, s'en sont très mal sortis.Aujourd'hui, ils reçoivent 30% de moins pour la matière première destinée à l'éthanol" informe la CUT.

Tous coupeurs de canne du Valle del Cauca

La grève des travailleurs du sucre du Valle del Cauca a besoin de l'accompagnement et de la solidarité nationale et internationale. Face à cette situation, Artur Bueno de Camargo, président de la Fédération Latinoaméricaine des Travailleurs du Sucre de la UITA a affirmé : "Dans cette situation, il apparaît clairement une fois de plus que les traités de Libre Commerce avec les Etats-Unis(*) servent uniquement les oligarchies nationales. L'éthanol, nouvelle vedette des combustibles alternatifs, n'apportera aucun bénéfice aux travailleurs et aux paysans si on ne change pas le modèle de production. C'est une véritable absurdité au niveau social, économique et environnemental".

"Faire nôtre la lutte des travailleurs du Valle del Cauca, soutenir de toutes nos forces leurs justes réclamations, sera fondamental pour approfondir la lutte globale pour une société juste et solidaire où, entre autres choses, les demandes du parc automobile des Etats-Unis et de l'Europe ne passent pas au dessus de la qualité de vie et de la souveraineté alimentaire de millions de personnes". 

(*) Note du traducteur : Le TLC avec les Etats-Unis... Et les Accords d'Association avec l'Union Européenne !