11 novembre 2008 : Déclaration de l'ONIC 

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En octobre, les peuples indigènes de Colombie, les paysans, les communautés afro-colombiennes et divers secteurs sociaux se sont mobilisés au niveau régional, dans les  villes et sur les routes du pays, avec notre Minga nationale de résistance indigène et populaire. Nous demandions à l’Etat et au Gouvernement que nos vies et nos droits fondamentaux soient protégés, que l’on porte attention à la tragédie humanitaire qui ensanglante et condamne à la misère des millions de citoyens colombiens ; et nous dénoncions devant la communauté nationale et internationale les allégations infâmes et criminelles du Gouvernement qui attribue un caractère terroriste à nos luttes sociales et qui traite de délinquants les leaders et les autorités ou organisations représentatives qui les conduisent.

Nous nous mobilisons :

  • pour exiger que le Gouvernement honore les engagements  souscrits par l'Etat avec les peuples indigènes,
  • pour défendre nos droits territoriaux ancestraux et les ressources naturelles que, comme gardiens de la nature, nous avons protégées durant des millénaires,
  • pour exiger la dérogation des lois anticonstitutionnelles et non discutées démocratiquement qui nous dépouillent des droits acquis
  • et pour solliciter que l’état colombien signe sans réserve la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples.

Nous nous mobilisons pour démasquer les mensonges accompagnés de statistiques faussées et les discours populistes du Gouvernement qui cherche à justifier ses manquements dans l’accomplissement de ses fonctions constitutionnelles et son absence de volonté politique pour garantir la réalisation de nos droits légaux et humains.

En réponse à notre Minga qui a toujours eu un caractère pacifique et reste dans les limites des droits légaux à la protestation sociale, à la liberté d’expression et d’association, le Président Uribe -seigneur de guerre et de violence- a ordonné aux forces publiques de nous traiter comme des terroristes et des objectifs militaires. Résultat : La police et l’armée nationale, démontrant une fois de plus leur brutalité et leurs excès contre la population civile désarmée, ont massacré trois frères et estropié par des balles officielles et des engins non conventionnels une centaine de nos compagnons.

Par dignité et pour l’honneur de nos morts, nous exigeons un débat ouvert avec le Président Uribe pour que, face à la communauté nationale et internationale, il réponde de ses politiques génocidaires et explique les mesures gouvernementales qu’il entend prendre pour conjurer les menaces sur la vie, l’intégrité, le maintien et la survivance d’amples secteurs de la population colombienne.

Il convient de signaler que depuis plus de quatre ans, nous, les peuples indigènes, demandons un dialogue direct avec le Président, sans que cela ne soit possible… Le président n’aime guère les auditoires qu’il ne peut coopter et où son « ego » -en permanente campagne électorale- pourrait être questionné. Il n’aime pas les vérités publiques, et encore moins, nous qui les proclamons et travaillons à la création d’un état social pluriethnique, multiculturel, ouvert à tous, tolérant, respectueux des libertés citoyennes, garant des droits de l’homme et respectueux du droit international humanitaire.

Après de multiples difficultés, après des morts, après la violence et le terrorisme d’état, la Minga a enfin obtenu le 2 novembre de se réunir avec le Président à la réserve La María de Piendamó.

De cette rencontre avec le Gouvernement qui n’a pas pu aborder, ni satisfaire les points du débat, il est clair pour nous :

  • que le président ne s’intéresse pas à la protection et à la garantie des droits collectifs, humains et du travail des citoyens Colombiens
  • que le président s’obstine à désigner comme objectif militaire -en tant que terroristes et alliés de la guérilla- ceux qui défendent les droits humains des Colombiens et refusent, parce qu'anticonstitutionnel, le Traité de Libre Commerce avec les Etats-Unis
  • que la Politique de Sécurité Démocratique utilise le génocide, l’alliance avec les paramilitaires, les crimes d’état,  les « falsos positivos » (assassinats camouflés en attaque terroriste) et l’utilisation intensive de la violence pour intimider ceux qui s’opposent à la remise des ressources naturelles de tous les Colombiens aux compagnies transnationales.
  • Il est aussi tout à fait clair qu’au-dessus du bien-être, de l’avenir et des droits des citoyens Colombiens, il y a les intérêts des compagnies transnationales et des entrepreneurs alliés au Gouvernement
  • que le Statut de Développement Rural est une stratégie législative du Gouvernement pour légitimer l’expropriation de territoires opérée à feu et à sang par les paramilitaires pour imposer les monocultures et les agrocombustibles au détriment de la sécurité alimentaire des Colombiens
  • que le Gouvernement continuera à impulser le Plan Colombie, pour nous obliger au déplacement forcé de nos territoires.
  • Mais surtout, il est clair que la comptabilité de la Sécurité Démocratique ne se contente pas seulement d’additionner les assassinats perpétrés par la force publique contre les civils colombiens désarmés et sans protection, mais encore qu’elle s’attache à transformer les soldats et la police de la patrie en assassins et criminels pour satisfaire la haine viscérale que son Commandant en chef des forces armées professe aux secteurs sociaux, populaires et démocratiques de la nation qui s’opposent à sa violence militaire, politique et économique.

Face aux déclarations mensongères du Gouvernement lors de la rencontre de La María, à sa défense outrancière de la violence et du génocide pour défendre des intérêts étrangers et légisférer en leur faveur, à son manque d’engagement pour protéger et garantir les droits humains, légaux et collectifs des citoyens Colombiens et à sa volonté de continuer à massacrer et appauvrir le peuple colombien :

La Minga a décidé de sortir des territoires indigènes et de marcher sur Bogotá, capitale de la République, pour se transformer tout au long de son parcours en une Minga Nationale des victimes de la violence, criminalisées, exclues, et rendues invisibles par l’Etat, le Gouvernement, les compagnies transnationales, le modèle paramilitaire de développement et tous ceux qui prétendent se remplir les poches au prix de la faim, de la misère et du manque de bien-être et d’avenir pour la majorité des colombiens.

Du 10 au 25 novembre, la Minga se trouvera entre les villes de Calí et Bogotá, pour partager au cours de la marche, recueillir et additionner les clameurs pour la vie, la liberté et la souveraineté de tous les Colombiens et pour se transformer en un forum social itinérant : Le temps de l’unité communautaire, sociale et populaire la plus grande de notre histoire.

Maintenant, la Minga, c’est tout le pays, nous, les étudiants blessés dans leur dignité, les travailleurs méprisés et sans protection, les syndicalistes, les journalistes et artisans assassinés parce que nous pensons à une Colombie pour tous, les défenseurs de l’eau et des ressources naturelles comme biens publics, les victimes de la violence d’état et des groupes illégaux, les défenseurs des droits de l’homme qui demandons un processus de vérité, justice et réparation pour les crimes de guerre.

Maintenant, ce sont aussi les chômeurs et tous ceux qui sommes blessés dans nos droits légaux et humains.

Maintenant, nous sommes la Minga Nationale de ceux qui demandons avec dignité la souveraineté du peuple colombien, de ceux qui ont été assassinés par les soldats de la patrie pour satisfaire, avec des « falsos positivos », le nombre de morts qu’exige la politique de Sécurité Démocratique. Nous sommes la Minga de ceux qui nous opposons aux politiques génocidaires et xénophobes de l’actuel Gouvernement et qui ne voulons pas qu’elles se prolongent par une réélection présidentielle de plus.

Nous sommes la minga des paysans « des étables et des basses-cours », la minga des afrocolombiens qui ne voulons pas que les cultures de palmier se substituent aux produits de notre sécurité alimentaire. Nous sommes la nation des chrétiens et catholiques qui croyons à la paix dans la justice sociale comme condition pour la réconciliation nationale et pour surmonter les causes structurelles du conflit. Nous sommes aussi la Minga de ceux qui refusons et nous opposons aux néocolonialismes et aux esclavages économiques et militaires modernes, ces vieilles pratiques qui mettent à ce jour au bord de l’extinction 18 de nos peuples indigènes.

Maintenant, nous somme la nation qui se dirige vers la Place Simon Bolivar de Bogotá pour exiger du Gouvernement qu’il réponde du génocide, des crimes de lèse humanité et des disparitions forcées qui sont des assassinats d’état.

Qu’il réponde pour la misère, la dénutrition de nos enfants et le manque d’avenir pour nos futures générations.

Nous sommes la nation qui dit « non » au Traité de Libre Commerce, qui exige le démantèlement de l’actuel modèle de développement et demande que toute la législation d’expropriation soit annulée puisqu’elle n’a pas été discutée démocratiquement et qu’elle est contraire aux droits des peuples.

Nous sommes la nation qui lutte pour ses droits à la terre et à la récupération des territoires dont ont été expropriés les légitimes propriétaires, la Nation qui demande au Gouvernement de tenir les engagements souscrits avec le peuple Colombien.

Maintenant nous somme la nation qui demande à la communauté internationale et à ses organismes de protection de droits de l’homme qu’elle nous accompagne et dénonce la crise humanitaire dont nous souffrons, nous les Colombiens.

Maintenant, nous sommes une nation en résistance sociale et pacifique qui demandons à la Cour Pénale Internationale qu’elle intervienne dans notre pays pour châtier les responsables de notre tragédie.


CONSEIL SUPERIEUR DU GOUVERNEMENT INDIGENE, ONIC.

Bogotá, 11 novembre  2008